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Primaire Populaire : rassemblés devant la mairie de Bordeaux, les militants ne lâchent pas l’affaire
Politique 

Primaire Populaire : rassemblés devant la mairie de Bordeaux, les militants ne lâchent pas l’affaire

par Victoria Berthet.
Publié le 3 décembre 2021.
Imprimé le 28 janvier 2022 à 05:59
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Jeudi 2 décembre, des militants de la Primaire Populaire, mouvement citoyen qui plaide pour une candidature commune à gauche pour la présidentielle, se sont rassemblés devant la mairie de Bordeaux. Malgré les refus, pour l’heure, des principaux candidats de gauche à l’élection présidentielle d’y participer, les groupes locaux poursuivent leurs actions. À Bordeaux, ils sont ainsi une soixantaine à se mobiliser pour faire connaître l’initiative. L’objectif : élire fin janvier un candidat unique porteur d’un socle commun de propositions autour de la justice sociale et de l’écologie.

Ce devait être un sit-in devant les murs du Palais Rohan. Et pourtant, à peine arrivé, le groupe de militants pour la Primaire Populaire a été enjoint, par des agents de sécurité de la Ville, de ne pas rester devant la mairie. Pancartes au cou et banderoles entre les mains, les militants ont donc interpellé les passants de manière dispersée place Pey-Berland. Objectif : faire connaître cette initiative citoyenne, lancée en octobre dernier, qui compte rassembler les candidatures de gauche et écologiste dès le premier tour de la présidentielle.

Des militants pour la Primaire Populaire (VB/Rue89 Bordeaux)

70% des électeurs de gauche favorables

Roselyne est une infirmière à la retraite. Bien qu’ancienne syndiquée, elle ne se définissait pas comme « militante » jusqu’à présent :

« Je n’ai jamais été à ce point militante, à sortir de ma zone de confort. Aller dans la rue, aborder les gens, ce n’est pas dans mes habitudes. Aujourd’hui, j’ai trois petits enfants et tout me fait peur : l’urgence climatique, les files d’attente qui s’allongent devant les Restos du cœur… Je me suis dit qu’il fallait se bouger. »

Françoise, elle, a rejoint l’association ATTAC à l’aune du référendum de 2005 sur l’Union européenne. Malgré la victoire du non, « Nicolas Sarkozy s’est assis » sur le résultat, ce qui l’a poussée à « sortir dans la rue pour la première fois ». La seconde fois, pour Françoise, c’est donc la Primaire Populaire :

« J’ai honte. Depuis 20 ans, j’ai voté en traînant les pieds. C’est toujours le même deuxième tour. Je votais pour faire barrage à l’extrême-droite. »

À cinq mois de l’élection présidentielle, 70% des sympathisants de gauche demandent une candidature unique qui réunirait PS, EELV, LFI et PCF, d’après un sondage Ifop réalisé pour le Journal du Dimanche. Un pourcentage important qui vient s’ajouter aux plus de 218 000 signatures de la pétition pour la tenue d’une Primaire Populaire.

Urgence

Des chiffres notables, pour Samy, 29 ans, lui aussi engagé dans le comité local bordelais, qui revendique une soixantaine de bénévoles :

« Yannick Jadot, Anne Hidalgo et Jean-Luc Mélanchon refusent de participer à la Primaire. Ils rejettent cette initiative citoyenne et démocratique, tout en revendiquant le rassemblement… Christine Taubira, elle, ne s’est pas clairement positionnée. Rien n’est fait pour l’heure, nous continuons à nous mobiliser pour montrer aux candidats la nécessité d’une union. »

La position des principaux candidats de gauche est d’autant plus « incompréhensible » pour ces militants que le socle commun (voir encadré ci-dessous) a été élaboré en concertation avec 13 partis politiques de gauche, dont EELV, LFI et le PS. La semaine dernière, les membres du groupe bordelais ont fait un sit-in devant le conseil de Bordeaux Métropole, échangeant avec certains élus locaux, comme le candidat à la présidentielle Philippe Poutou (NPA).

Lila a 15 ans. Si elle ne pourra pas encore voter à la prochaine présidentielle, elle décrit « l’urgence » de la situation :

« C’est tout ou rien. Nous sommes des citoyens, militants ou primo-militants, qui soutenons une démarche démocratique en dehors de toutes logiques de partis. Cette mobilisation citoyenne doit faire comprendre aux candidats de gauche l’urgence de se rassembler. »

Une manifestation le 11 décembre

Pour Pauline, 21 ans, étudiante à Bordeaux, les refus des candidats des « gros » partis (Yannick Jadot, Anne Hidalgo et Jean-Luc Mélenchon ont fait savoir qu’ils ne participeraient pas à une telle primaire, NDLR) ne signent pas l’impasse de l’initiative :

« Ils peuvent refuser mais ne peuvent nier le nombre de citoyens qui sont mobilisés pour un rassemblement de la gauche. En quelques jours, la pétition a recueilli des dizaines de milliers de signatures en plus. Je ne vois pas comment les partis pourraient passer à côté. »

À Bordeaux, une manifestation est prévue le 11 décembre prochain, place Pey Berland, appelant à un « Front populaire écologique face à l’extrême-droite et à Macron ».

Une élection au jugement majoritaire

Sur la base d’un socle programmatique commun, nommé les « 10 propositions de rupture », dix candidats ont obtenus des parrainages citoyens pour figurer dans la Primaire Populaire : Anna Agueb-Porterie, Clémentine Autain, Gaël Giraud, Anne Hidalgo, Yannick Jadot, Pierre Larrouturou, Charlotte Marchandise, Jean-Luc Mélenchon, François Ruffin et Christiane Taubira.

Ces candidats avaient jusqu’au 30 novembre pour officialiser leur participation. Seuls trois candidats ont accepté de participer au vote définitif de janvier prochain : la béarnaise Anna Agueb-Porterie, Pierre Larrouturou et Charlotte Marchandise. Christiane Taubira demandé un délai de réflexion supplémentaire. François Ruffin, Gaël Giraud et Clémentine Autain ne participeront pas car ils ne souhaitent pas s’engager dans la présidentielle, à l’instar des trois principaux candidats déclarés.

Pour faire monter la pression, la Primaire Populaire dévoilera la liste définitive des candidat-e-s le 15 janvier. Du 27 au 30 janvier prochain, un vote aura lieu pour déterminer le ou la candidate à la présidentielle qui sera investi par la Primaire Populaire.

Particularité : ce scrutin se fera au jugement majoritaire. Il ne s’agit pas d’un vote « pour » ou « contre », mais d’une mention donnée par l’électeur allant de « à rejeter » à « très bien » (sept mentions existent). Le gagnant de l’élection est celui qui a la meilleure appréciation médiane : le plus de mentions favorables, mais aussi le moins de mentions défavorables. Une méthode censée éviter le phénomène de vote utile.

L'AUTEUR
Victoria Berthet
Journaliste, diplômée de l'IJBA. Du terrain, des faits et de la nuance.

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