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À Cenon, une installation sonore et lumineuse sur un immeuble voué à la destruction
Culture 

À Cenon, une installation sonore et lumineuse sur un immeuble voué à la destruction

par Victoria Berthet.
Publié le 25 mars 2022.
Imprimé le 07 juillet 2022 à 12:39
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Pendant plus d’un an, un collectif d’artistes a investi un appartement du quartier Palmer, à Cenon, dans un immeuble qui doit être démoli. Une installation sonore et lumineuse baptisée « La Grande Installation » viendra clôturer le projet, vendredi 25 et samedi 26 mars au soir.

Quelques jours avant la fin du projet, l’heure est aux derniers réglages aux numéros 4 et 6 de la rue Louis-Pergaud, dans le quartier Palmer à Cenon. La porte de l’appartement 1255 est ouverte, laissant passer les allées et venues des uns et des autres. Pourtant, prochainement, les 4 et 6 seront détruits dans le cadre du renouvellement urbain du quartier. Objectif : « désenclaver » celui-ci en créant un passage en lieu et place de cet immeuble de 4 étages et 18 appartements.

Depuis janvier 2021, quatre artistes ont investi les lieux pour le projet « j’habite ici et je vous vois de ma fenêtre » : Éric Blosse, créateur lumière ; Aline Chambras, créatrice sonore ; Samuel Enjolras, architecte paysagiste ; et Claire Lafargue, photographe. Ils ont répondu à l’invitation de Domofrance, bailleur social des immeubles, du Collectif Jesuisnoirdemonde et du bureau d’accompagnement C’est Carré qui se sont associés pour inventer un dispositif artistique singulier.

La vie des gens

Sophie Robin, comédienne, a co-fondé le collectif Jesuisnoirdemonde. Elle souligne « l’ancrage naturel » du projet dans la vie du quartier :

« Pendant 14 mois, des artistes ont occupé un appartement pour travailler sur un projet de médiation artistique. Nous sommes d’abord allés à la rencontre des habitants pour expliquer notre démarche. Chaque artiste, selon son domaine, a initié des ateliers. Il n’y avait pas d’inscriptions ou d’heure fixe. Chacun venait quand il voulait, parfois juste pour discuter et prendre un café. Nous sommes devenus des voisins. »

Des ateliers avec les habitants ont rythmé les 14 mois du projet (Claire Lafargue)

Pendant un an, les artistes ont aussi recueilli la « vie des gens ». Aline Chambras a ainsi réalisé un documentaire sonore baptisé « Les voix de Pergaud ». Les locataires des immeubles voués à la destruction y racontent leurs souvenirs : le concours des balcons fleuris, les pâtisseries apportées par les voisins lors des mariages, les jeux les soirs d’été sur l’herbe… Certains ont hâte de « partir », quand d’autres, nostalgiques, ont plus de mal à tourner la page.

Sur les murs en crépi blanc des cages des escaliers, la photographe Claire Lafargue a accroché une série de portraits d’habitants du quartier. Elle a arpenté les rues avec deux chaises de jardin, demandant à celles et ceux qu’elle croisait s’ils acceptaient d’être photographiés. À deux ou seul, les habitants ont pris place dans les chaises, le temps d’une photo, entre les allées de voitures, sur le macadam ou la pelouse. Claire Lafargue ne compte pas enlever les photos des murs, malgré la destruction prochaine des immeubles, comme une « trace » laissée dans le béton.

Entre les murs

« La Grande Installation » vient clôturer ces 14 mois d’échanges et de créations avec les habitants. Une manière, selon Sophie Robin, de « sublimer » l’expérience partagée et de proposer une œuvre singulière :

« L’idée de départ, c’est le quotidien d’un immeuble : les soirs de fêtes, les portes qui claquent, les bruits de clés… Des enceintes, des luminaires, des plantes ont été disposés dans les différents appartements. C’est comme si l’immeuble racontait une histoire. »

« La Petite Installation » réalisée en juin 2021 (Claire Lafargue)

Les « derniers » locataires ont aussi accepté de « prêter » leurs balcons pour les soirées. Ils sont encore quatre à loger sur place, attendant une proposition de relogement du bailleur social. « La Grande Installation » ne se veut pas un « spectacle » statique :

« Nous ne sommes pas dans un théâtre ni dans une salle d’exposition. S’il y a du bruit, du mouvement, ce n’est pas grave. C’est un projet pensé dans un quartier qui vit. Passer dans la rue, c’est quelque chose que tout le monde fait. »

Comme une invitation à « s’arrêter », à regarder, et pour certains, à se souvenir.

  • La Grande Installation : vendredi 25 et samedi 26 mars, à partir de 20h, devant la façade du 4-6 rue Louis-Pergaud

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L'AUTEUR
Victoria Berthet
Journaliste, diplômée de l'IJBA. Du terrain, des faits et de la nuance.

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