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La pollution des paquebots à Bordeaux, une tempête dans un verre d’eau ?
Ecologie 

La pollution des paquebots à Bordeaux, une tempête dans un verre d’eau ?

par Manon Gazin et Simon Barthélémy.
Publié le 12 mai 2022.
Imprimé le 28 novembre 2022 à 15:04
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Ce mercredi, les passagers du paquebot Silver Moon ont été réveillés à l’aube par une fanfare de percussions des militants d’Extinction Rebellion Bordeaux. Un moyen selon l’association de sensibiliser à l’impact écologique causé par les embarcations de croisière. Le Grand Port Maritime de Bordeaux et la mairie affirment au contraire que la Charte lancée en 2018 porte ses fruits, et que la pollution des paquebots est relativement modeste et sous contrôle.

Des militants bordelais d’Extinction Rebellion ont mené une action ce mercredi 11 mai, en effectuant une « répétition de batucada » (percussions traditionnelles du Brésil) devant le paquebot Silver Moon. « Au lever du soleil », 25 militants étaient présents pour réveiller les 450 touristes français et étrangers résidant dans l’embarcation.

Durant la fanfare, qui a duré 30 minutes, des banderoles de six mètres de long où était inscrit « Wake up ! Climate is changing » (réveillez-vous ! Le climat change) et « Stop sinking the climate » (arrêter de faire sombrer le climat) ont été déployées. Arrivé mardi dans l’après-midi, le Silver Moon repartira ce jeudi.

Les militants d’Extinction Rebellion devant le Silver Moon (Photo XR)

« Les paquebots touristiques représentent un volet conséquent de la destruction de notre environnement, a déclaré le mouvement écologiste. À l’heure où les scientifiques des rapports du GIEC nous conjurent de remodeler immédiatement notre société de manière profondément plus sobre, l’ineptie des paquebots n’est plus acceptable. »

Les activistes affirment qu’un « paquebot de tourisme moyen émet, chaque jour, autant de particules fines qu’un million de voitures », et que « les impacts de la pollution de ces paquebots peuvent s’étendre sur plusieurs centaines de kilomètres » :

« Les navires mouillant dans les ports de Nice et Marseille induisent une pollution augmentée d’environ 40% jusqu’à Lyon. »

Moins polluants que les voitures

Brigitte Bloch, conseillère municipale chargée du tourisme et de l’économie du vin, indique pour sa part que les bateaux remontant la Gironde sont plus petits – un millier de passagers – que ceux croisant en Méditerranée, qui peuvent transporter jusqu’à 3000 personnes.

Conséquence : leurs émissions à quai sont moins importantes. Laurence Bouchardie, chargée du développement de la croisière au sein du Grand Port de Bordeaux, rappelle donc à Rue89 Bordeaux qu’une étude de l’Atmo (observatoire régional de l’air en Nouvelle-Aquitaine) menée au printemps 2018, lors du pic d’activité de la croisière, jugeait l’influence des paquebots « négligeable sur la pollution de l’air à Bordeaux« .

« Les émissions urbaines, dont le trafic routier, sont les principales responsables de la pollution sur le quai, assure la responsable du port. En outre, le Silver Moon est très récent, il sort de chantier, et rejette donc des émissions moindres. »

La fanfare devant le Silver Moon (photo XR)

Des règles locales plus contraignantes

« Les compagnies renouvellent leurs flottes et les bateaux polluent de moins en moins », affirme Brigitte Bloch, par ailleurs présidente de l’Office de tourisme et des congrès de Bordeaux Métropole. Pour s’en assurer, deux études sont en cours : l’Atmo va ainsi mesurer sur un an, de février 2022 à février 2023, la qualité de l’air ambiant à quai. Capnavir, lancée par l’Ademe et le Cerema, estimera quant à elle les émissions de particule fines et de dioxyde de soufre pour chaque paquebot.

En décembre 2019, le Grand Port Maritime, Bordeaux et la Métropole avaient initié une « charte des bonnes pratiques environnementales pour la croisière », à travers laquelle les compagnies qui l’ont signée devaient s’engager à réduire leurs émissions polluantes.

« Avant la mise en place de la charte, nous étions en deçà de tous les seuils réglementaires sur toutes les émissions étudiées, explique Laurence Bouchardie. Et les autorités de contrôle compétentes et indépendantes du port n’ont jamais constaté d’anomalies lors des contrôles à Bordeaux. Avec cette charte, les mesures vont au delà des réglementations. Comme l’obligation d’utiliser le carburant ayant la teneur en soufre la plus basse du marché dès l’entrée dans l’estuaire, ou encore le fait de ne rejeter aucun effluent » (eaux polluées).

A gauche, les capteurs de l’Atmo sur les quais où le Silver Moon est amarré (SB/Rue89 Bordeaux)

35 paquebots en 2022 à Bordeaux

Et « une deuxième version de cette charte devrait sortir prochainement », afin de garder sous contrôle le nombre de bateaux autorisés à accoster à Bordeaux, assure Brigitte Bloch. Ce nombre reste relativement modeste, en encore loin du pic d’avant la crise sanitaire, poursuit l’élue écologiste :

« Le port de la Lune recevra moins de 35 navires cette année (NDLR : contre 600 à Marseille), soit moins d’un tous les 10 jours. C’est très peu, et ce sont des passagers et des visiteurs importants en termes de retombées pour le territoire, tant pour le secteur touristique qui a beaucoup souffert pendant la pandémie, que pour les professionnels portuaires. Je ne dis pas qu’il n’y pas d’impact [des paquebots de croisière], mais on peut se demander si c’est là qu’il y a le plus gros impact carbone. »

Sur les 4 millions de touristes de l’aire urbaine de Bordeaux en 2019, seulement 40000 sont arrivés par bateau, et la moitié d’entre eux à l’occasion de croisières fluviales. Les navires assurant ces excursions sur la Garonne bénéficient d’ailleurs de l’électrification des pontons de Bordeaux – un premier a été équipé, trois autres sont prévus dans les années à venir. Une technologie pas encore envisagée pour les paquebots maritimes.

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L'AUTEUR
Manon Gazin et Simon Barthélémy

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