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Plus d’un sans-abri sur cinq est mineur selon la Nuit de la Solidarité à Bordeaux
Société 

Plus d’un sans-abri sur cinq est mineur selon la Nuit de la Solidarité à Bordeaux

par Walid Salem.
Publié le 4 juin 2022.
Imprimé le 09 août 2022 à 02:56
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Ce vendredi ont été présentés les résultats détaillés de la Nuit de la Solidarité qui s’est déroulée le 20 janvier 2022 pour le recensement des sans-abris à Bordeaux et Bruges. Le chiffre définitif fait état de 599 personnes dans les rues, les campements et bidonvilles, auxquels s’ajoutent les 297 personnes vivant en squats. Une étude sociologique livre plus de précisions, notamment sur les divers profils et situations.

La mairie de Bordeaux a rendu les chiffres détaillés de sa première Nuit de la Solidarité. Le recensement effectué le 20 janvier 2022 et le recueil des formulaires remplis avec les personnes sans-abri ont été analysés par un comité scientifique composé de deux chercheurs en sociologie de l’Université de Bordeaux, Emmanuel Langlois et Yamina Meziani, spécialisés respectivement dans l’étude des publics vulnérables et dans la mise en œuvre des politiques publiques d’égalité et de justice sociale.

Outre le chiffre définitif annoncé de 599 personnes dans les rues, les campements et bidonvilles, auxquels s’ajoutent les 297 personnes vivant en squats, les résultats ont révélés les profils distincts. A noter que plus de 20 % des personnes sont mineures et vivent très majoritairement en famille, que plus de la moitié des personnes travaillent de manière déclarée ou informelle, et qu’une personne sur deux ne bénéficie pas d’une couverture santé.

Le recensement du 20 janvier 2022 avait mobilisé 450 bénévoles et 165 agents de la Ville (VB/Rue89 Bordeaux)

Le travail comme ressource principale pour la moitié

Plus en détails, les chiffres révèlent que ce sont essentiellement des jeunes gens et des familles qui subissent le « sans-abrisme », majoritairement ressortissants de l’Union européenne. Effectivement, 17 % de l’ensemble des personnes sans-abri interrogées sont de nationalité française (46 % en ville). Dans les bidonvilles, 76 % sont des ressortissants de l’Union Européenne (UE) et 17 % sont des ressortissants hors UE.

En milieu urbain, les personnes dans les rues sont à 81,5 % des hommes, et 69 % d’entre elles ont entre 25 et 55 ans. Dans les campements en revanche, l’installation de nombreuses familles se traduit par une présence féminine plus importante : 43 % de femmes et 56 % d’hommes. La tranche d’âge des 25 à 55 ans y est de 53 %, et 27 % sont des mineurs. Par ailleurs, 36 % des femmes et 25 % des hommes ont moins de 25 ans, un âge concerné par des nombreuses politiques publiques.

Du point de vue des ressources, le travail déclaré est la source la plus citée (29 %), devant le travail non déclaré (19 %), les prestations sociales (18 %) et la mendicité (14 %). Dans les bidonvilles, 58 % des répondants ont indiqué travailler, de manière déclaré ou non.

Une personne sur deux sans couverture santé

Une personne rencontrée sur deux bénéficie d’une couverture santé. Cependant, l’état de santé perçu obéit à un facteur d’âge, les plus jeunes déclarant une meilleure santé. Les personnes en bidonvilles déclarent à 75 % être en bonne ou très bonne santé. 57 % des personnes sans-abri en ville n’ont pas de couverture maladie contre 37 % des personnes en bidonvilles, où la présence des enfants conduit à des consultations plus fréquentes.

La majorité des personnes sans-abri sont arrivées à Bordeaux sans logement (64 % pour les personnes sans-abri en bidonvilles). Pour celles qui avaient un logement et qui l’ont perdu, ce sont principalement des raisons financières qui sont évoquées (perte d’emploi, chômage…), puis l’expulsion locative et enfin les séparations familiales.

A noter que 63 % de l’ensemble des personnes n’ont jamais été prises en charge dans un hébergement d’urgence, étant la principale réponse institutionnelle au sans-abrisme, alors que 45 % des sans-abri n’ont jamais appelé le 115. Ce taux atteint 62 % pour les personnes sans-abri des campements et bidonvilles. En ville, les femmes ont plus recours au 115 que les hommes (54 % contre 39 %).

La déclaration de Pierre Hurmic, en présence de Léa Filoche (à droite), adjointe à la mairie de Paris en charge des solidarités, de la lutte contre les inégalités et contre l’exclusion (WS/Rue89 Bordeaux)

Affaire de tous

Interrogée par Rue89 Bordeaux, Harmonie Lecerf annonce ne pas encore avoir partagé ces données avec les organismes institutionnels concernés, « la présentation se fera à la rentrée ». Pour rappel, la méthodologie du recensement et les annonces faites dans la foulée n’avaient pas été reconnues par la préfecture de la Gironde, selon laquelle « l’amalgame des situations enlève toute crédibilité » à l’opération.

Dans son intervention, Pierre Hurmic déclare alors que « la solidarité est l’affaire de tous » et rappelle que les partenaires institutionnels sont concernés pour « mettre en œuvre les solutions de lutte contre le sans-abrisme ». Il reste donc à se mettre d’accord.

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L'AUTEUR
Walid Salem
Walid Salem
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