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À Bordeaux, les internes en médecine ne veulent pas d’une traversée du désert médical

Vendredi 14 octobre, un cortège d’une centaine d’internes en médecine générale ont manifesté contre une quatrième année d’internat à réaliser « en priorité » dans les déserts médicaux. Plusieurs étudiants ont dénoncé une « fausse solution » qui mettrait « à la fois en danger les patients et les soignants ». 

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À Bordeaux, les internes en médecine ne veulent pas d’une traversée du désert médical

« Non, non, non, à la coercition ! » Vendredi 14 octobre, les étudiants en médecine ont scandé leur désaccord avec l’instauration d’une année d’internat à réaliser « en priorité » dans les déserts médicaux. Cette proposition, qui s’appliquerait dès la rentrée 2023, figure dans le prochain projet de loi de financement de la Sécurité sociale (PLFSS).

Depuis la faculté de médecine jusqu’au siège de l’Agence régionale de santé (ARS), les carabins ont exprimé leur désaccord avec cette mesure que beaucoup voient comme « une punition ». 

Colère

Parmi les étudiants, la plupart sont lassés de devoir « supporter » des réformes pour lesquelles « on ne les a pas consultés ». Sarah, interne en médecine générale, vit cette annonce comme la goutte d’eau qui fait déborder le vase :

« On n’a pas de vie étudiante, on souffre sans arrêt, on prend sur nous et là on vient nous dire qu’il faut sacrifier nos proches et notre vie personnelle pour aller exercer notre métier ? Ce n’est pas possible. »

Même avis pour Léna, externe en 5e année, qui, après beaucoup d’efforts, ne sait plus quoi penser :

« J’ai redoublé ma PACES à trois reprises car je voulais vraiment être médecin, je n’avais pas de doutes. Aujourd’hui, j’ai peur pour ma santé physique et mentale. »

Pour d’autres, la quatrième année n’est pas forcément « une mauvaise idée ». Mais « améliorer la formation actuelle dans un premier temps » serait préférable :

« Sur nos trois ans d’internat, deux se déroulent en hôpitaux, dans des services en sous-effectifs tels que les urgences ou la pédiatrie. Là encore, on bouche les trous alors qu’on devrait plutôt être formés chez des médecins généralistes », regrette Solène, également interne en médecine générale. 

Les internes en médecines générale, devant le siège social de l’Agence Régionale de Santé Photo : AG/Rue89 Bordeaux

Pas d’accompagnement

« L’absence de projet pédagogique » est également un élément décrié par les étudiants. Dans les déserts médicaux, ils craignent de se retrouver seuls, sans tuteurs :

« Le but est d’être formé, donc on doit être avec des médecins référents. On ne peut pas juste servir de médecin tout en étant payés comme des internes », explique Roxane, interne et vice-présidente du syndicat des internes de médecine générale d’Aquitaine.

Un constat une fois de plus approuvé par Léna, selon qui, cela pourrait « à la fois mettre en danger les patients et les soignants ». 

Sit-in

Dans un entretien donné à Libération hier, le ministre de la santé François Braun a promis que « les internes auront des maîtres de stage universitaires », et qu’il « n’est pas question de les lâcher seuls dans la nature. » 

Cependant, Roxane pointe « un manque de médecins volontaires pour réaliser ces tutorats actuellement ». Selon Thomas, en dernière année d’internat, « les tuteurs sont rarement disponibles pour les étudiants » :

« On n’a aucun suivi individuel. Pour ma part, j’ai parlé seulement une fois à mon tuteur sur Whatsapp. Je crois que le ministre fait des promesses qu’il ne sera pas en mesure de tenir. »

Quelques kilomètres après le départ, la manifestation s’est terminée en sit-in devant le siège social de l’ARS, afin de « symboliser l’inaction du gouvernement » face à leur détresse.


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