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Après les incendies hors normes de l’été, la Gironde veut plus de moyens pour ses pompiers
Société 

Après les incendies hors normes de l’été, la Gironde veut plus de moyens pour ses pompiers

par Simon Barthélémy.
Publié le 10 octobre 2022.
Imprimé le 28 novembre 2022 à 16:22
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Après une minute d’applaudissements aux sapeurs-pompiers, le Conseil départemental de la Gironde a voté ce lundi à l’unanimité un vœu pour « lancer les chantiers de l’après-feu ». La préfète Fabienne Buccio et le président Jean-Luc Gleyze ont souligné le « bilan extrêmement positif » de la gestion des incendies de l’été, en réponse à quelques critiques pointées ces dernières semaines. Mais le Département demande à l’Etat et aux communes plus de moyens pour le SDIS.

« Face à deux incendies jamais vus en France, le bilan est extrêmement positif et j’assume ce terme, martèle Fabienne Buccio. On parle de forêts brûlées [28000 hectares lors des cinq principaux incendies, 32000 dévastés au total en Gironde], pas de vies humaines perdues. Et 20 bâtiments ont été détruits, sur plusieurs milliers sauvés. »

La préfète de la Gironde a tenu à défendre le bilan de la lutte contre les incendies de l’été, ce lundi, devant le Conseil départemental de la Gironde qui consacrait une séance plénière extraordinaire au sujet. Ce dernier a adopté à l’unanimité un vœu pour « affirmer le soutien inconditionnel du Département envers le SDIS, ses troupes et son commandement qui ont combattu avec courage et dévouement ces incendies historiques ».

Auparavant, le président de la collectivité, Jean-Luc Gleyze, également à la tête du SDIS (Service départemental d’incendie et de secours), a demandé une minute d’applaudissements pour les sapeurs-pompiers, dont 845 ont été blessés (un seul grièvement). Une fois n’est pas coutume, il a apporté un franc soutien à la préfète de la Gironde.

Le conseil départemental applaudit debout les sapeurs-pompiers de Gironde (SB/Rue89 Bordeaux)

Offensifs

Une façon de maintenir l’union sacrée derrière les soldats du feu girondins, après les huées entendues à La Teste lors d’un JT de France 2, et des critiques sur l’efficacité de la stratégie du commandement girondin émanant d’un syndicat de pompiers des Landes. Celles-ci évoquaient un ratio départs de feu/hectares brûlés sept fois inférieur dans les Landes qu’en Gironde, l’attribuant à une méthode plus « offensive » dans les Landes, où les pompiers pénètreraient dans la forêt, tandis qu’elle serait plus défensive pour le SDIS33, où les hommes se cantonneraient aux abords de pistes.

« Je ne laisserai personne critiquer à tort leur action, martèle Fabienne Buccio. Il est facile de refaire le feu après le feu. Les instructions aux SDIS de Landes, de Gironde et partout ailleurs en France sont les mêmes : la priorité c’est d’abord de sauver les vies humaines, puis les biens et enfin les forêts. En Gironde, sur 614 feux déclenchés cet été, 609 ont été rapidement arrêtés parce que les pompiers ont pénétré dans la forêt. S’ils étaient restés sur les chemins et les routes, leur matériel ne serait pas dans cet état ! »

Le SDIS33 estime en effet que 40% de ses camions sont endommagés. Il pointe par ailleurs un autre facteur de différence avec les Landes : la forte densité d’habitations menacées. 4434 bâtiments au total, et 250 à l’intérieur du périmètre brûlé par le feu de Landiras, nécessitant « au minimum un véhicule et 4 sapeurs-pompiers pour le protéger ».

« Quand vous multipliez ce nombre par les 400 maisons en habitat diffus, inévitablement tous les pompiers ne peuvent pas être sur le front du feu, rétorque Jean-Luc Gleyze. A Landiras 1, celui-ci faisait 66 km, et le maximum a toujours été fait pour faire en sorte de le contenir. »

Morsure du dérèglement climatique

Aussi, la préfète écarte le terme de méga feu pour les incendies de Gironde, employé en Australie ou en Californie pour des incendies devenus incontrôlables et que les pompiers doivent laisser s’éteindre d’eux-même. Seul Landiras 2 s’est approché de ce cas de figure, lorsque 5000 ha ont brûlé dans une nuit caniculaire. Reste que le nombre d’interventions des pompiers est sans équivalent dans l’histoire : autour de 150 000 opérations cette année, contre 82 000 en 2002.

« Le 12 juillet dernier, nous avons mené 493 opérations, ce qui voulait dire qu’un camion sortait de nos locaux toutes les 4 minutes, relève le lieutenant-colonel Philippe Harguindeguy, chef du pôle opérationnel du SDIS de la Gironde. La pression incendiaire était exceptionnelle, hors norme. »

Il rappelle les conditions de l’été – plus de 33 jours successifs de forte chaleur, contre 20 en 2003, une hygrométrie très faible, une sècheresse faisant suite à un hiver très peu pluvieux…

« C’est la morsure brulante du dérèglement climatique dont nous avons fait la douloureuse expérience, affirme Jean-Luc Gleyze. Et 2022 risque de ne pas être une année exceptionnelle. Le risque de feux de forte intensité va augmenter au minima de 30% d’ici 2050. »

(photo SDIS 33)

Penser l’après

Le président du Département, qui chiffre à 15 millions d’euros le surcoût des incendies de l’été, appelle donc les communes et l’État à « conforter les moyens de lutte contre les incendies ». Des discussions sont en bonne voie avec Bordeaux Métropole et devraient s’engager avec les communautés de communes du Bassin d’Arcachon pour abonder au financement du SDIS.

Jean-Luc Gleyze réitère, par ailleurs, sa demande faite au président de la République de positionner en permanence des moyens aériens sur le premier massif résineux d’Europe. Selon la préfète, Emmanuel Macron s’exprimera sur ce sujet avant la fin de l’année, pour pouvoir apporter des réponses avant mars 2023, début de la prochaine saison.

« Seul, le Département ne pourra pas pourvoir à tous les besoins, estime-t-il. Il compte sur la participation solidaire plus que jamais justifiée des communes de Gironde à ce budget et reste dans l’attente de décisions fortes du gouvernement. »

Évolutions à venir

Avec deux leviers qu’il espère pouvoir actionner : un relèvement de la taxe spéciale sur les conventions d’assurance (TSCA), afin qu’une fraction supplémentaire soit accordée aux SDIS, « chaque vie et maison sauvée réduisant la prise en charge assurantielle ». Et une modification de la loi démocratie de proximité, dont les règles de financement des SDIS ne tiennent pas compte de l’augmentation démographique.

« Cette loi de 2002 n’est plus viable 20 ans plus tard. Il est incompréhensible que l’assiette n’ait pas évolué alors que la Gironde compte 380000 habitants supplémentaires. »

Plusieurs travaux, notamment des Départements de France, devraient étayer la réflexion. La préfète Fabienne Buccio évoque, pour sa part, des évolutions à venir : sur le statut de la forêt usagère de la Teste, rendu responsable de la propagation de l’incendie, sur un renforcement de la vigilance contre l’étalement urbain et, a contrario, plus de tolérance sur l’installation de fermes photovoltaïques en forêt, où elle considère qu’elles jouent le rôle de pare-feux.

L'AUTEUR
Simon Barthélémy
Simon Barthélémy
Journaliste, cofondateur de Rue89 Bordeaux

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