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Un centre d’hébergement d’urgence ouvert à Bordeaux dans l’immeuble vacant d’une entreprise

C’est « une initiative privée inédite » : un groupe immobilier, Maciflore, a mis à disposition un bâtiment inoccupé pour y ouvrir un nouveau centre d’hébergement temporaire. Géré par l’association Halte 33, il vient d’ouvrir rue Buhan à Bordeaux et propose 35 places jusqu’à fin avril 2023. Le centre accueille des femmes et des hommes sans abri orientés par le 115.

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Un centre d’hébergement d’urgence ouvert à Bordeaux dans l’immeuble vacant d’une entreprise

Il a tout juste 18 ans. Après le divorce de ses parents qui résidaient en Espagne, Esteban (pseudonyme) a suivi son père jusqu’à Toulouse avant que ce dernier « ne [le] mette à la porte ». Après quelques mois d’errance dans la ville rose, le jeune homme est venu à la capitale girondine avec l’espoir de trouver du travail.

« J’ai travaillé dans une brasserie place du Capitole et on m’a dit qu’à Bordeaux ça bougeait plus. On m’avait aussi dit que dormir dans la rue était dangereux alors j’allais tous les soirs à l’aéroport de Mérignac pour passer la nuit. »

Arrivé le 6 décembre, il a « appelé le 115 tous les jours ». Jusqu’à ce vendredi 16 décembre où le Service intégré d’accueil et d’orientation (SIAO) 115 de Bordeaux l’oriente au 5 de la rue Buhan, un nouveau centre d’hébergement temporaire ouvert le jour même.

Une initiative privée inédite

« L’association Halte 33 a sollicité la municipalité lors de sa recherche d’un lieu pour créer des places d’hébergement d’urgence temporaires, et répondre à l’appel à candidature de l’Etat pour l’ouverture de places hivernales. La Ville l’a mise en relation avec un propriétaire d’immeuble souhaitant prêter son bien inoccupé », explique Pierre Hurmic.

Le maire de Bordeaux est venu ce mardi visiter les lieux, accompagné de Philippe Bradfer, directeur adjoint de l’emploi, du travail et des solidarités (DDETS), représentant la préfète de la Gironde. Ils ont été accueillis par Hachouma Chkhim, directrice de l’association, et Corinne Seguin, présidente, ainsi que Gerson Sebban et Florent Fauconnier, tous deux directeurs d’Efikas, société propriétaire de l’immeuble rattachée au groupe immobilier Maciflore.

« Nous avons déposé un permis de construire pour faire des travaux d’aménagement de logements, explique Florent Fauconnier. En attendant le PC, nous avons avec Gerson Sebban proposé à Pierre Hurmic de mettre le bien à sa disposition avec une convention d’occupation temporaire. »

Pour la mairie, c’est « une initiative privée inédite » valorisant les actions « de mécènes et d’acteurs associatifs, pas seulement d’institutionnels ».

Pierre Hurmic et Philippe Bradfer avec Corinne Seguin, présidente de l’association Halte 33, dans l’immeuble de la rue Buhan Photo : WS/Rue89 Bordeaux

Accompagnement social

L’immeuble de quatre étage offrant 300 m2 environ est ainsi confié à Halte 33, association œuvrant aux côtés des services de l’État dans la gestion du dispositif d’accueil, d’hébergement et d’accompagnement des publics vulnérables en Gironde. La préfecture ayant annoncé l’augmentation des capacités de mise à l’abri des personnes en grande précarité avec l’ouverture de « minimum 142 places supplémentaires ».

« Les solutions rapide d’urgence à mettre en place sont habituellement les nuitées hôtelières, explique Philippe Bradfer. Mais au-delà de la simple mise à l’abri, il est nécessaire d’avoir un dispositif qui assure un accompagnement social avec des agents d’accueil et des éducateurs. »

Ainsi, pour le 5 rue Buhan, la préfecture verse 28€ par jour et par personne pour « l’accueil, la mise en sécurité et la fourniture de repas ».

« Nous avons pris en charge ce lieu un mois avant son ouverture, ajoute Hachouma Chkhim. Il a fallu travailler 7 jours sur 7 pour garantir son ouverture à temps. Nous avons 28 lits pour les hommes et 7 pour les femmes. Chaque étage a une salle de bain et une cuisine, ainsi qu’un lieu de détente pour éviter que les personnes s’attroupent dans la rue, ainsi qu’une bagagerie. »

Complet

Car le centre d’accueil n’est ouvert que de 16h30 à 9h du matin. La journée, les bénéficiaires doivent quitter les lieux avec la possibilité de laisser leurs affaires à la bagagerie.

« Une personne peut rester ici 15 jours, poursuit la directrice. Cette période est renouvelable sous certaines conditions mais pas plus de deux mois au total. La décision de renouvellement comme de l’admission sont prises par les services du 115, il n’y a pas d’admission directe. »

Le lieu, ouvert jusqu’à fin avril 2023, affiche déjà complet. Par ailleurs, deux appartements mis à disposition par le même propriétaire pourraient accueillir prochainement des familles.

Ce lundi, Evelyne Cervantes-Descubes et Philippe Poutou, du groupe d’opposition au conseil municipal Bordeaux en luttes, se sont inquiété dans un communiqué de presse de « l’ampleur du sans-abrisme sur la métropole » rappelant la demande des associations de maraude d’ouvrir 1000 places d’hébergement d’urgence supplémentaires en Gironde.


#115

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