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150 personnes marchent contre les centres de rétention administrative et le projet de loi immigration 

Suite à un appel national, le collectif Anti-CRA et les Etats généraux des migrations de la Gironde ont organisé à Bordeaux, ce samedi 18 février 2022, une mobilisation pour s’opposer à l’enfermement des personnes étrangères et à la futur loi Immigration. Près de 150 personnes sont parties de la Victoire pour une marche jusqu’au commissariat de Mériadeck où se trouve l’actuel centre de rétention administrative. 

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150 personnes marchent contre les centres de rétention administrative et le projet de loi immigration 

« Les centres de rétention administrative sont les seuls lieux où sont enfermées des personnes innocentes », s’époumone un militant du collectif Anti-Cra devant la centaine de personnes présentes sur la place. Alors qu’un nouveau centre de rétention de 140 places doit bientôt sortir de terre, les organisations bordelaises engagées pour l’accueil des personnes étrangères ont tenu à répondre à l’appel national de la Marche des solidarités.

Aux alentours de 15 h, un cortège de 150 personnes s’est engagé dans la rue Sainte-Catherine en direction du commissariat de Mériadeck pour protester contre la loi immigration, ou « loi Darmanin », et l’enfermement des personnes étrangères dans des centres de rétention administrative (CRA) avant leur expulsion vers leur pays d’origine.

La banderole de tête de cortège du collectif antiCRA Photo : CT/Rue89 Bordeaux

« C’est le refus d’accueil qui coûte cher »

Présentée en mars au Sénat, le projet de loi Darmanin prévoit une série de mesures pour faciliter les expulsions des étrangers – en premier lieu ceux condamnés pour des actes de délinquance –, une réforme du système d’asile et du contentieux des étrangers, ainsi qu’un volet intégration notamment par la régularisation de certains travailleurs sans-papiers dans les métiers dits en « tension ».

Ce dernier point indigne particulièrement le milieu associatif. Nathalie Dugravier, bénévole à La Cimade, dénonce un « utilitarisme honteux » : 

« Un être humain n’a pas à être utilisé. Les personnes en situation irrégulière contribuent à la richesse de la France et on leur délivre un permis de travail seulement le temps de leur contrat de travail. Cela repose sur le faux présupposé que l’immigration coûte cher. Or selon un rapport de 2021 de l’OCDE, les personnes étrangères rapportent à la France 1,02% du PIB [contre 1,56% sur l’ensemble des pays, NDLR] de plus que ce que les politiques contre l’immigration coûtent. Pourtant, entre les murs anti-migrants dont l’Union européenne finance les finitions, la police, les juges, les CRA… c’est la non-immigration et le refus d’accueil qui coûtent cher. »

La batucada féministe a animé la marche de sa musique Photo : CT/Rue89 Bordeaux

20 personnes enfermées sous terre

À Bordeaux, jusqu’à 20 personnes peuvent être enfermées au sous-sol du commissariat avec pour unique lumière naturelle un minuscule puits de jour grillagé. Nathalie Dugravier s’y rend chaque lundi. Elle constate un durcissement de la Préfecture. Pauline Racato, salariée de La Cimade et membre du collectif antiCra, affirme de son côté :

« On voit des personnes qui sont arrivées à 3 ans en France et qui ne parlent pas la langue de leur pays d’origine se faire renvoyer là bas alors qu’ils n’ont parfois plus aucun proche sur place. On voit des personnes venues de pays à risque comme le Soudan ou l’Erythrée se faire renvoyer malgré le risque qu’elles encourt d’y être arrêté ou exposé aux conflits armés dont les populations civiles sont les premières victimes. »

Alors que durant la pandémie, les associations étaient parvenues à faire baisser le nombre de personnes enfermées de 20 à 14, le centre est désormais plein presque en permanence depuis deux, trois mois. 

“Dès qu’une place est vidée, un nouveau détenu l’occupe. D’une part, après une pause durant la pandémie, les expulsions ont repris. D’une autre, les arrestations dans la rue et les placements en CRA ont de nouveau un rythme très élevé”, poursuit Pauline Racato.

Le 4 mars prochain, un nouvel appel national pour une mobilisation contre le projet de loi immigration a été lancé. Le collectif antiCra et les Etats généraux des migrations de la Gironde doivent encore décider de l’organisation, ou non, d’un évènement local.


#centre de rétention administrative

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