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En Gironde, les enseignants continuent de se mobiliser pour la semaine de quatre jours

A Bègles, Lormont ou Mérignac, des enseignants militent depuis deux mois pour le retour à quatre jours, grèves et rassemblement à l’appui. Ce débat a repris de plus belle cette année en Gironde, où 98% des communes ont retrouvé le rythme d’avant 2013.

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En Gironde, les enseignants continuent de se mobiliser pour la semaine de quatre jours
Camille Tastet (Snudi FO 33), Christophe Otharan (CGT Educ’action de Gironde) et Pierre Lansard Ruiz (FSU SNUipp 33) à la sortie de l’audience

La votation organisée en 2021 commence à mal vieillir pour les enseignants de Bègles. À l’époque, 62,4% des parents s’étaient prononcés en faveur du maintien de la semaine de quatre jours et demi dans les écoles de la commune. Devant la mairie mercredi 10 avril, une dizaine d’enseignants n’espèrent qu’une seule chose : pouvoir revenir sur cette décision.

« Il y a la pause de midi qui dure deux heures à deux heures et quart. Les enfants se retrouvent avec des journées qui sont aussi longues que les écoles à quatre jours parce qu’il y a cette longue pause méridienne, ce qui joue sur la fatigabilité de tout le monde », explique Pierre Lansard-Ruiz, enseignant et membre de la FSU SNUipp.

Inquiétude des parents

En 2013, une réforme de l’Éducation Nationale modifie le rythme scolaire : la semaine de quatre jours et demi est introduite sur l’ensemble du territoire. Mais depuis 2017, les communes sont autorisées à déroger à cette même règle : elles sont 93% à avoir fait ce choix là.

En Gironde, quelques communes, et non des moindres – Mérignac, Lormont et Bègles, pour les plus importantes d’entre elles – ont préféré conserver ce rythme, censé mieux répartir le temps de travail des enfants sur la semaine, et leur proposer des activités péri-scolaires. Certaines s’appuient sur les consultation des parents et des enseignants.

Mais les rassemblements pour le retour à quatre jours, organisés dans le département, d’abord majoritairement suivis par les professeurs, commencent, selon Pierre Lansard-Ruiz, à « recevoir le soutien des parents ». Ceux-ci s’inquiètent pour la fatigue des enseignants, et surtout « le départ des collègues » affirme Camille Tastet, pour le Snudi FO 33.

« Il est préférable d’avoir une stabilité des équipes enseignantes, parce qu’on en a besoin pour monter des projets, pour créer du lien avec les familles et pour aider les enfants à vraiment progresser », abonde Pierre Lansard-Ruiz.

117 enseignants en faveur des quatre jours

Sophie, maman d’un jeune garçon de 9 ans, soutient le mouvement. Face à la fatigue de son fils, elle a pris une décision radicale : fini l’école le mercredi, « la maîtresse est prévenue ». De son côté, Muriel est professeure remplaçante depuis quatre ans sur le secteur Bègles-Floirac. Cette volonté de libérer le mercredi, elle l’assume complètement : « On a besoin de ce moment de répit dans la semaine, il ne faut pas que ce soit tabou. »

Muriel assure des remplacements dans des écoles à 4 jours, et d’autres à 4,5 jours. Elle en fait le constat :

« Les enseignants sont très contents de se dire le mardi soir que le lendemain c’est off. Surtout qu’on a des demi-journées de formations le mercredi. On travaille avec des enfants donc on doit être bien pour faire notre boulot correctement », assure l’enseignante.

En octobre 2023, le SNUipp 33 a interrogé dans un questionnaire tous les enseignants de Bègles : sur 137 enseignants, 117 étaient en faveur du retour à quatre jours. « Et je n’en connais pas beaucoup qui ont changé d’avis depuis », ajoute Pierre Lansard-Ruiz.

« Un levier de réussite »

Dans un communiqué, envoyé aux parents d’élèves le 10 avril au matin, le maire Clément Rossignol Puech, maintient sa position :

« Comme je m’y étais engagé lors de la votation, je maintiendrai cette organisation jusqu’à la fin du mandat. […] L’organisation actuelle sur la commune relève d’une vraie volonté politique municipale de faire de l’école un puissant levier de réussite du plus grand nombre et de lutter contre les inégalités. »

Cet argument, la FCPE l’avance aussi, dans un communiqué publié le 9 avril, pour défendre la semaine d’école à cinq matinées. Elle mentionne l’attention accrue dont peuvent faire preuve les enfants le matin.

Pour Corinne Devaux, présidente de la FCPE 33, le retour à quatre jours « creuserait les inégalités » et sonnerait la fin des TAP, ces temps d’activités périscolaires aménagés pendant la pause méridienne pour tous les élèves.

« C’est vraiment très appréciable parce que toutes les familles n’ont pas forcément accès pour tout un tas de raisons, qu’elles soient logistiques ou financières, à ces activités-là. C’est une richesse à laquelle tout le monde a droit. C’est quelque chose qui serait dommage de faire disparaître », affirme-t-elle.

Les derniers bastions  

À la sortie de l’audience à la mairie de Bègles, les visages sont fermés : pas d’avancée significative. « Ils envisagent un scénario pour le prochain mandat », rapporte Camille Tastet.

« Nous sommes enclin au dialogue, mais de manière encadrée », assure Laure Desvalois, la conseillère municipale qui supplée Vincent Boivinet sur l’éducation. Elle affirme que l’école est l’une de leur principale préoccupations : « C’est même notre plus gros budget ». Un nouveau retour est prévu, lorsque « plus de chiffres » seront fournis.

Et les communes comme Bègles se font rares en Gironde. Comme Mérignac et Lormont, elle fait partie des dernières au sein de la métropole bordelaise à maintenir ce rythme dans les écoles. À Saint-Martin-de-Laye, le maire Christophe Galan réitère son attachement à ce fonctionnement, « pour le rythme de l’enfant et son épanouissement » , déclare-t-il à Sud Ouest.

L’édile reconnaît que « cela coûte plus cher, mais c’est un choix ». Des raisons similaires sont invoquées à Braud-et-Saint-Louis. « Nous sommes convaincus des bienfaits, les retours sont plutôt bons », explique le maire Jean-Michel Rigal, toujours à Sud Ouest.

Diagnostic

À Cenon, les élèves vont retrouver la semaine de quatre jours dès la rentrée 2024. Un choix dicté par des pressions financières devenues trop importantes. Pour le maire de Cenon, Jean-François Égron, l’hypothétique suppression du Fonds de soutien aux activités périscolaires (FDSAP), actuellement sur la sellette et dont le sort doit être décidé d’ici la fin d’année scolaire, compromettrait le maintien des heures de TAP hebdomadaires. Même constat à Créon, où la semaine de quatre jours fera aussi son retour pour des raisons identiques, mais à la rentrée 2025.

À Lormont, le maire est un peu plus prudent. « On a un indice de position sociale qui invite à avoir une réflexion spécifique », avance Jean Touzeau :

« La démarche engagée par l’équipe municipale autour du projet éducatif territorial est indexée sur la semaine de quatre jours et demi ; le temps des TAP est essentiel, il n’est pas question d’y revenir dessus. »

Dans l’idée où le FDSAP serait supprimé, « un diagnostic » pourrait être engagé selon l’édile. Mais la piste d’un retour à quatre jours n’est pour l’instant pas la première envisagée.


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