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« Je vais tout faire pour vous baiser » : après les injures et les menaces, le maire d’Arcachon visé par une enquête

Suite à une plainte de Vital Baude, candidat écologiste battu au premier tour à Arcachon, le parquet de Bordeaux a ouvert une instruction pour injures non publiques, menaces envers un élu public et violences, à l’encontre de Yves Foulon. Si le maire d’Arcachon s’est excusé, il dénonce un « coup monté », et pourrait également être visé par une autre plainte concernant la démolition d’une villa arcachonnaise remarquable dont il est propriétaire.

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« Je vais tout faire pour vous baiser » : après les injures et les menaces, le maire d’Arcachon visé par une enquête

La scène, incroyable, s’est déroulée dimanche dernier, jour du premier tour des municipales. Elle a été captée par un réalisateur, Stéphane Scotto, qui réalisait un documentaire sur les coulisses de la campagne Vital Baude, candidat écologiste à la mairie Arcachon.

Devant un bureau de vote, ce dernier, pourvu d’un micro-cravate pour les besoins du film, croise alors Yves Foulon, le maire sortant (Les Républicains), qui le prend à partie dans un échange d’une rare violence, et qu’a révélé mardi le média Vakita.

« Si je pouvais vous coincer derrière les poubelles pour vous mettre une branlée, ça me ferait plaisir », lâche très rapidement, au conseiller régional de Nouvelle-Aquitaine, l’édile arcachonnais qui ne sait pas qu’il est filmé, la caméra se trouvant alors à plusieurs dizaines de mètres.

« Coup de boule »

Son opposant tente sans succès de raisonner Yves Foulon – « vous ne pouvez pas parler comme ça, Monsieur le maire » –, qui en vient aussitôt à le menacer :

« Je vais tout faire pour vous baiser, je vais trouver dans votre vie personnelle et si je pouvais vous enculer à vous [sic], je le ferai. J’ai envie de vous foutre un coup de boule là mais je me retiens. […] Vous allez voir, 6 ans, ça va être terrible pour vous », évoquant aussi la famille de son opposant.

Entre deux bordées d’injures – « vous êtes un fils de pute », « vous êtes une merde » –, et une bousculade, invisible à l’image mais audible grâce au micro, le maire, qui sera confortablement réélu le soir même (66,51%, contre 20,45% pour Vital Baude), explique le motif de sa colère :

« Vous avez mis ma maison sur votre publication, c’est une atteinte à ma vie privée. »

Il s’agit de la Villa Salesse, une demeure historique du littoral. Datant de 1851, cette demeure était la dernière de style colonial à Arcachon, et avait vu séjourner plusieurs personnalités, dont le peintre Salvador Dali et l’artiste surréaliste Marcel Duchamp. Or le maire l’a rachetée avec son frère, et l’a intégralement démolie pour construire une maison neuve avec un étage – le chantier est toujours en cours.

La villa Salesse avant et après démolition et reconstruction Photo : DR

Salesse des traces

Vital Baude a dénoncé cette démolition pendant sa campagne, mais précise-t-il, sans indiquer qu’elle appartenait à Yves Foulon, même si l’affaire est de notoriété publique.

« J’ai juste indiqué que si nous avions été aux affaires de la ville, jamais nous n’aurions laissé détruire cette villa, jamais nous aurions accordé un permis de démolir. Ça vaut pour lui, ça vaut pour d’autres, c’est notre position sur ce type de villa et sur ce patrimoine à protéger », explique-t-il à Vakita.

Le conseiller municipal a porté plainte au commissariat d’Arcachon pour « injures non publiques », « menace de crime ou de délit à l’encontre d’un élu public » et « violences n’ayant entraîné aucune incapacité de travail ». Une enquête a immédiatement été ouverte pour ces trois chefs par le parquet de Bordeaux, a indiqué ce dernier mardi soir.

Vital Baude affirme que ces insultes et ces menaces ne peuvent être tolérées « de la part du premier magistrat de la ville, qui a la main mise sur la police municipale, sur les caméras de vidéoprotection (…) et qu’il peut mettre à son service potentiellement pour nuire, comme il l’a indiqué dans ses propos ». Il se demande « combien d’autres citoyens qui n’avaient pas la chance qu’il y ait à ce moment là, par hasard, une caméra », ont pu être victime de ces agissements.

« Coup monté »

Ce mercredi, Yves Foulon a dénoncé un « coup monté » :

« Personne ne peut croire qu’un candidat puisse se promener dans la rue et dans les bureaux de vote équipé d’un micro dissimulé et d’une caméra cachée. »

Il affirme que son opposant l’a « pris à partie » dans « un échange tendu qui ne figure pas dans la vidéo », entraînant de sa part « un comportement inapproprié et la tenue de propos que je regrette profondément ». Le maire s’excuse envers « ceux que j’ai pu heurter et blesser » assurant que « la pression et le stress l’ont emporté sur la raison et l’intelligence ».

Plus tôt dans la journée, le président des Républicains, Bruno Retailleau, avait critiqué sur BFMTV, des « propos inacceptables », expliquant avoir demandé à Yves Foulon de « clarifier sa position » et de présenter ses excuses. Plusieurs responsables de gauche, dont Olivier Faure, premier secrétaire du Parti socialiste, et Marine Tondelier, secrétaire nationale des Ecologistes, ont demandé l’exclusion d’Yves Foulon de LR et la démission de ce dernier de la mairie :

« Les habitant-es doivent savoir qu’Yves Foulon est un individu ordurier, homophobe et menaçant. Il est une honte pour la République », écrit Marine Tondelier sur X.

Une autre plainte à venir

Sur le fond de l’affaire, l’élu LR martèle lors de son altercation que le dossier de la villa Salesse est clos, le conseil d’Etat ayant rejeté le 23 décembre 2024 le recours de l’Association de sauvegarde du site d’Arcachon (Assa) visant les permis de démolir et de construire accordés par la mairie d’Arcachon.

« C’était en fait une omission à statuer car la démolition totale avait déjà eu lieu, précise Jacques Storelli, président de l’ASSA. Or celle-ci n’était pas autorisée par le plan local d’urbanisme en raison de la présence de trois éléments remarquables du bâti – les colonnettes, qui ne pouvaient supporter la construction d’un étage sur cette maison de plein pied, les lambrequins et le lanterneau. Même si le bâtiment n’était pas classé par la DRAC, sa démolition reste illégale, et relève du pénal. »

L’ASSA s’apprête donc à déposer plainte contre X sur ce point auprès du procureur de la République, et, parallèlement, saisir à nouveau le tribunal administratif pour constater que le nouveau bâtiment en cours de construction n’est pas conforme aux permis. Ceux-ci pourraient être annulés a posteriori, comme l’ont été les permis de construire des villas de plusieurs promoteurs immobiliers au Cap Ferret, et entraîner l’obligation de démolir, à défaut d’avoir sauvé la villa Salesse, comme l’a récemment été l’ancien aquarium d’Arcachon.


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