Ecologie  Portrait 

En finir avec les pesticides (4/6) : « Mon neveu va reprendre l’élevage mais c’en est fini des vignes »

actualisé le 08/12/2016 à 10h54

Ces viticulteurs en ont marre de la came qui tourne dans les vignes du coin. Avec leurs armes, ils luttent. Certains depuis le début de leur métier, d’autres après des années plongés dans les pesticides. Il y a les réussites, les doutes, les échecs et surtout une grande dose de détermination. Bernadette Meneghel va malgré tout cesser d’exploiter ses 7 hectares à Caplong. Suite de notre série de portraits signés Baptiste Giraud et Xavier Ridon.

De sales histoires poursuivent Bernadette depuis 1994. Avec son accent chantant du Sud Ouest, elle raconte en peu de mot son dur parcours dans l’Entre-deux-Mers, aux portes de la Dordogne, à Caplong.

Elle a des vignes, des vaches sur 25 hectares et… un frère malade. Son foie et son pancréas sont mangés par le crabe après « avoir été empoisonné par le traitement des vignes », jure-t-elle. En 1994, il meurt. Elle élève son neveu, reprend l’exploitation et stoppe l’utilisation de désherbant.

Elle tient. Mais le vent de la tempête Klaus, qui passe en 2009, porte un nouveau coup à son exploitation. Le toit de l’étable est arraché. Ses vaches laitières disparaissent. Le dossier est toujours au tribunal.

Qu’importe, elle se met au bio l’année suivante. Elle avait bien remarqué que les vins de Duras étaient en agriculture biologique depuis plus longtemps que les Bordeaux. Mais, c’est désormais connu, les ennuis (pour être poli) volent en escadrille. En 2011, voilà qu’elle se casse la jambe. Clouée chez elle, elle ne peut constater l’état du ruisseau qui passe dans sa propriété.

Bernadette, éleveuse et viticultrice dans l'Entre-Deux-Mers (XR/Rue89 Bordeaux)

Bernadette, éleveuse et viticultrice dans l’Entre-Deux-Mers (XR/Rue89 Bordeaux)

Ce qui ne tue pas rend plus fort

Or, le Soulège est pollué. Des produits qui ont servi à nettoyer les cuves y sont déversées. Et les vaches en font à nouveau les frais, exterminant en grande partie le troupeau et par la même occasion les aides de la politique agricole commune (Pac). Pas de veau, pas d’aides.

« Y’a pas de bio dans le coin, à part moi. »

Elle en rit presque, elle qui est entourée de viticulteurs possédant selon elle plusieurs centaines d’hectares, voire frôlant le millier. Pourtant, elle est fière de voir la mortalité de ses vignes baisser. En 5 ans de bio, « seul un pied de merlot est mort sur trois de [ses] hectares alors que mon voisin avait 5 pieds fichus sur un seul rang de vignes. »

Elle a aussi observé une tentative d’un voisin :

« Il avait passé 90 hectares en bio sur ses 300 mais quand il y a une maladie, il fait marche arrière. Il faut accepter de vivre avec le temps et de perdre des pieds. Eux, il n’y a que l’appât du gain qui les intéresse. »

Ses voisins, elle ne les porte pas franchement dans son cœur. Pas plus que les huissiers qui la poursuivent suite à son redressement judiciaire. Heureusement épaulée par l’association AME Paysans Gasconne, elle attend désormais de nouvelles aides de la Pac. Elle semble presque heureuse de passer la main, de bientôt transmettre ses terres.

« Mon neveu va reprendre l’élevage mais les vignes, c’est fini. »

Un crève-cœur ? « Sans plus. » Elle ne cache pas préférer sa quarantaine de bêtes à ses vignes, qui, il faut le dire, n’ont pas épargné sa famille.

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