Société 

L’aéroport de Bordeaux veut contrer le choc LGV

L’aéroport de Bordeaux affiche des chiffres radieux, annonce de nouveaux vols vers les destinations européennes, et lance de grands investissements. Suffisamment pour ne pas prendre du plomb dans l’aile après l’ouverture de la LGV Paris-Bordeaux ?

L’aéroport de Bordeaux Mérignac a ses voyants au vert. L’année 2016 a été « exceptionnelle » selon son directeur Pascal Personne, avec des records pulvérisés. Le nombre de passagers frôle les 5,8 millions avec une hausse de 8,9% par rapport à 2015 (voir encadré).

Chiffres clés

470000 passagers ont été gagnés sur l’année, soit une croissance de 8,9% par rapport à 2015 bien supérieure aux moyennes de croissance des trafics européen et français (+4,3 et +25%). L’Euro 2016 a contribué à ces résultats puisque 225 vols en plus ont dû être affrétés pour 21600 passagers.

En 7 ans, le nombre de passagers a décollé de 73% à Bordeaux mais la piste est loin d’être saturée. Dans les heures les plus chargées, 18 atterrissages ou décollages ont lieu par heure alors que l’aéroport pourrait en accueillir 40 à l’heure.

Les vols à bas coûts sont devenus la « locomotive » de cette croissance précise Pascal Personne (+15,9% en 2016 soit 350000 passagers supplémentaires). Cette activité représente 75% de la croissance. Et le low cost correspond désormais à 45% de la part du marché de l’aéroport de Bordeaux. EasyJet est à la pointe de ces vols, devant Ryanair et Volotea. Cela dit, Air France reste la principale part de marché de l’aéroport (40,4%).

Mieux vaut se rassurer avant l’ouverture de la LGV Paris-Bordeaux, le 2 juillet 2017. En gagnant une heure de trajet et en devenant au moins aussi compétitive que l’avion, la SNCF veut capter 2,3 millions de voyageurs dont, selon une de ses études, les deux tiers voyageraient actuellement par les airs.

Or ce chiffre de 1,5 million de passagers correspond exactement au nombre de clients de l’aéroport sur cette ligne. Si l’hypothèse d’une forte baisse du trafic aérien est sur la table, Pascal Personne ne croit pas à un effondrement :

« Est-il raisonnable de penser que ça va prendre l’ensemble du trafic ? Nous, on veut que le gâteau croisse. »

Leurs propres estimations pronostiquent dans le pire des cas une perte de 800 000 passagers. Air France, qui assure les vols, a déjà promis le maintien d’un seuil plancher. Sur les 14 correspondances quotidiennes avec Orly, au moins 10 seront sauvegardées en cas de chute d’affluence. Les 6 liaisons vers Roissy seraient maintenues.

De nouvelles destinations en compensation

Et quand bien même, une disparition des passagers sur Paris-Bordeaux serait vite compensée, estime Geneviève Chaux Debry, présidente du conseil de surveillance SA Aéroport de Bordeaux-Mérignac. :

« Avec 470 000 voyageurs gagnés cette année, sauf bouleversement majeur, en 2 ou 3 ans, l’aéroport aura absorbé le choc TGV. »

Il vaut mieux donc regarder ailleurs et 8 nouvelles lignes sont déjà programmées. De mars à juillet prochain, de nouveaux vols s’ouvriront vers Hambourg, Francfort, Madrid, Malte, Bergame, Bucarest, Ajaccio et Calvi – il ne s’agit pas en revanche de nouvelles destinations, car celles-ci sont actuellement déjà desservies par d’autres compagnies depuis Bordeaux. D’autres annonces devraient être faites vers les pays scandinaves.

Pour continuer son développement, l’aéroport de Bordeaux va construire un bâtiment de 12000 m2 faisant la jonction entre les halls A et B. L’objectif est d’améliorer « le confort et le parcours de passagers » indique la direction avec l’idée que le passager soit un plus grand consommateur dans cette « nouvelle expérience shopping ».

L'aéroport de Bordeaux-Mérignac sous une bonne étoile (XR/Rue89 Bordeaux)

L’aéroport de Bordeaux-Mérignac sous une bonne étoile (XR/Rue89 Bordeaux)

Contrairement à la situation actuelle, les deux tiers des commerces se trouveront derrière les portiques des postes d’inspection filtrage. L’équipe de la maîtrise d’œuvre sera choisie cette année pour une ouverture espérée en 2020. L’investissement s’élève à 40 millions d’euros, un pari jugé risqué par certains spécialistes de l’aéronautique.

Le 45e parallèle à peine décalé

Et ce n’est pas tout : les parkings seront eux aussi revus. Le nouveau parc P1 et ses 375 places a déjà ouvert en novembre dernier. Le P2, plusieurs fois saturé cette année, sera redessiné et en travaux d’août 2017 à février 2018.

En 2018, un nouveau bus à haute performance (autrefois appelé bus à haut niveau de service) Pessac Bersol-Le Haillan desservira l’aéroport. Puis, à l’été, les travaux débuteront pour un nouveau dépose-minute et une aire de stationnement des deux roues.

Surtout, l’aéroport est convaincu de l’intérêt d’un arrêt de la ligne A du tramway sera face à l’entrée du hall B. La mise en service de cette extension devrait intervenir en 2020. Il faut donc construire un nouveau pôle intermodalité. Ses aménagements et construction de bâtiments devraient coûter  42 millions d’euros.

Mais l’aéroport de Bordeaux ne perd pas de vue non plus le 45e parallèle. Annoncé en janvier dernier, ce projet qui comprend hôtel haut de gamme, centre de conférence, bureaux, resto et parking a failli faire partie des disparus de 2016. L’entreprise qui le portait, Thalium a en effet été placée en liquidation judiciaire. C’est finalement Nexity qui reprend ce chantier évalué à 80 millions d’euros.

La promesse faite par l’Etat, propriétaire des lieux, d’une autorisation d’occupation temporaire est transférable au repreneur, tout comme les permis d’aménagement et de constructions qui étaient obtenus presque en même temps que Thalium coulait. Pascal Personne peut souffler. Il s’attend à une année « palpitante ». Sans doute quelques suées froides sont aussi déjà sur les rails.

L'AUTEUR
Xavier Ridon
Xavier Ridon
Rémois, devenu journaliste à Tours, installé à Bordeaux. Bref, file vers le Sud avec un micro et un stylo.
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