Culture  Ecologie 

L’alimentation, plat de résistance de trois festivals engagés à Bordeaux cet été

Alors que le gouvernement a lancé ses États généraux de l’alimentation, le futur de notre modèle agricole et alimentaire sera au menu de trois évènements festifs et militants à Bordeaux Métropole : le Fermes d’Avenir Tour, qui fait escale du 14 au 16 août à Blanquefort, le Slowfest à la fin du mois à Saint-Médard et Ambarès, et Climax, qui accueillera le ministre de l’écologie, Nicolas Hulot, le 8 septembre à Darwin, et sera « 100% végé ».

Pas vraiment un hasard, mais « un coup de pouce de l’histoire », selon Jean-Marc Gancille, organisateur du festival Climax, dont le sujet sera cette année « alimentation et climat » :

« Lors du choix du programme, on avait une forte présomption que ces États généraux de l’alimentation, évoqués par plusieurs candidats, soient mis en œuvre, mais on ne savait pas que Nicolas Hulot, qui suggérait fortement leur tenue, rentrerait au gouvernement. Sa présence à Bordeaux, confirmée pour l’ouverture des conférences le vendredi 8 août, donnera une caisse de résonance plus forte à Climax. »

Agriculture bio : la Nouvelle Aquitaine échappe à la baisse des aides

« On peut garantir que les aides à la conversion seront versées telles que la région et l’Etat se sont engagées à la faire, et la région Nouvelle-Aquitaine sera une des deux régions, avec peut-être l’Occitanie, où les aides au maintien seront reversées jusqu’en 2020 ».

Pour Dominique Marion, président de la Fédération régionale de l’agriculture biologique de Nouvelle-Aquitaine, c’est le fruit du Pacte conclu par la région avec la commission européenne et l’Etat, et qui garantit que sur les aides de la PAC (politique agricole commune) reversées à la région, 106 millions seront consacrés au bio jusqu’en 2020. Objectif : passer de 4500 à 5500 agriculteurs bio dans la région.

La Nouvelle-Aquitaine échappe ainsi aux récents arbitrages du gouvernement sur le fléchage des aides de la PAC, vertement critiqués par la filière bio. Elle estime que les aides ponctionnées à l’agriculture conventionnelles pour rémunérer les services environnementaux de la bio, via les aides au maintien, sont insuffisantes pour soutenir la forte croissance du secteur.

Et notamment, poursuit le cofondateur de l’écosystème Darwin, aux associations qui « pourront y relayer leurs inquiétudes, alors que la première phase des Etats généraux de l’alimentation s’est terminée sur une note mitigée ». Les organisations représentant la filière bio se sont notamment élevées contre la suppression des aides au maintien (dont devraient être épargnés les agriculteurs de la région Nouvelle-Aquitaine, lire notre encadré ci-contre).

Les Etats généraux de l’alimentation ont démarré le 20 juillet, et Emmanuel Macron, qui a reçu cette semaine les syndicats agricoles,  les clôturera en novembre sans doute par l’annonce d’une série de mesures pour le secteur. C’est donc le moment où jamais d’avancer des idées.

Demain, tous végétariens ?

A Darwin, on débattra ainsi de l’objectif d’une agriculture décarbonée :

« Près de 30% des gaz à effet de serre, ceux-là mêmes qui réchauffent et dérèglent l’équilibre de notre atmosphère, sont émis par notre agriculture, peut-on lire sur le site de Climax. Notre système agro-alimentaire dans son ensemble, du champ jusqu’à l’assiette (dont le contenu fini trop souvent dans nos poubelles), est responsable pour 40% du changement climatique. »

Guest star de Climax en 2016, Nicolas Hulot sera aussi présent pour l’édition 2017 (SB/Rue89 Bordeaux)

Principal accusé : l’élevage, auquel est consacré 70% de la surface agricole mondiale, pour les pâturages ou la production de céréales destinées au bétail, et qui contribue fortement à la déforestation. Le débat de Climax est d’ailleurs sous-titré « Demain, tous végétarien ? », et un autre, consacré à « une alimentation plus respectueuse des animaux », « Steack assez ? ». Et il devrait se poursuivre devant les foodtrucks…

« On ne pouvait pas plaider pour une agriculture moins carbonée et servir à côté des burgers et des saucisses, estime Jean-Marc Gancille, j’ai donc beaucoup poussé pour alimentation 100% végé sur les sites de Climax (Darwin et Palmer). C’est un parti pris fort, on espère que les festivaliers apprécieront, et pour certains découvriront une cuisine bonne et nourrissante. Certains voulaient promouvoir d’autres propositions carnées, comme les insectes, mais c’était plus simple d’avoir un message sans ambiguïté sur le végétarisme, qui est une voie du futur. »

Stand up militant

Parallèlement, des controverses permettront toutefois de confronter les points de vue, avec notamment un débat sur l’élevage, « pour ne pas avoir que des tables rondes consensuelles », indique Jean-Marc Gancille. Il réfléchit par ailleurs à des prises de paroles des personnalités des « talks » sur scène entre les concerts, et réduire ainsi la distance entre les festivaliers et le propos militant de Climax, soulignée ici l’an dernier.

« Cette coupure risque d’être amplifiée cette année puisque l’ensemble des conférences se tiendront à Darwin et les concerts à Palmer. En revanche, le village des ONG et les foodtrucks seront à Palmer. On aimerait pouvoir toucher les artistes et les convaincre de prendre la parole sur scène s’ils s’estiment pertinents et légitimes. Cela pourrait être le cas d’Alex Kapranos, le leader de Franz Ferdinand, qui a écrit des chroniques sur le bien manger en tournée (pour The Guardian, compilées dans un livre, Sound Bites). J’ai bien aimé les stand-up d’activistes au festival We love green, comme celle de Vandana Shiva à la fin du concert de Benjamin Clementine. L’exercice n’est pas simple car beaucoup s’en de gens s’en désintéressent et vont boire une bière, mais d’autres sont attentifs et peuvent être interpellés. On se tâte pour savoir si on le fait cette année, sans que soit lourdingue. »

Le groupe bordelais Odezenne, en 2016 au festival Climax (SB/Rue89 Bordeaux)

Ouvrir les yeux

Au Fermes d’Avenir Tour (FAT), qui fait escale du 14 au 16 août à la Blanquefort, on parie qu’une manifestation festive peut sensibiliser le grand public aux enjeux liés à l’agriculture. C’est l’objectif de ce mouvement, construit en Touraine autour de l’agroécologie et de la permaculture.

« Le festival aura lieu à la Vacherie, une ferme restaurée à côté du parc de Majolan, très fréquenté par les familles, explique Emeline Bentz, coordinatrice locale de cet évènement national en 27 étapes. On souhaite toucher un public un peu différent, et montrer aux gens dont beaucoup pensent que la bio coûte cher, qu’on peut manger bien et local sans avoir un salaire démesuré. Nous voulons leur ouvrir les yeux sur le monde agricole juste à coté de chez eux, en espérant que de plus en plus de monde s’oriente vers des canaux d’achats alternatifs aux grandes surfaces – Amap, Supercoop… »

Pour cela, le FAT propose plusieurs visites de fermes situées en Gironde : deux maraichers de la métropole, dont Hippotager, un domaine biodynamique des Jalles au Taillan qui utilise la traction animale, deux vignobles bio de Saint-Emilion, ou encore une exploitation de safran à Ambarès. Les visites sont pour la plupart gratuites, l’inscription se fait sur le site web du Tour.

Également au programme des trois jours : des ateliers de permaculture ou de peinture, des concerts, des rencontres, des projections et une table ronde le mercredi 16 août, « Alimenter la Gironde : les défis d’une production en quantité, de qualité et respectueuse de la biodiversité ». L’étape de Blanquefort sera ponctuée le soir du 15 août par une Agricul’teuf, deux concerts (gratuits) de groupes locaux, Paradoxy Call et  Snawt.

Guincher et bien manger seront également les deux mamelles du Slowfest, un festival itinérant qui se tiendra le 30 août à Saint-Médard-en-Jalles, au centre hippique du château de Belfort, et le 2 septembre à Ambarès-et-Lagrave, au lac de la Blanche. Les deux journées commenceront par des ateliers de cuisine slowfood – préparation d’un repas à partir de produits bio et locaux, en favorisant les modes de préparation non énergivores (inscriptions ici). Elles se poursuivront par des animations (randonnées, contes, ateliers de linogravure…) et se clôtureront par des concerts, dont celui le 30 août des  excellents bordelais de Lord Rectangle.

L'AUTEUR
Simon Barthélémy
Simon Barthélémy
Journaliste, rédacteur en chef de Rue89 Bordeaux
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