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Après Alternatiba, c’est quand qu’on va où ?
Politique  Société 

Après Alternatiba, c’est quand qu’on va où ?

par Simon Barthélémy.
Publié le 14 octobre 2014.
Imprimé le 21 septembre 2021 à 14:12
13 452 visites. 10 commentaires.
La Vélorution dans Bordeaux, samedi 11 octobre (Photo Agir pour le climat)

La Vélorution dans Bordeaux, samedi 11 octobre (Photo Agir pour le climat)

En rassemblant 15000 personnes le week-end dernier à Bordeaux, Alternatiba a touché au delà des cercles militants habituels. Le mouvement doit passer la surmultipliée pour mobiliser plus largement sur l’enjeu global du changement climatique, et les dossiers plus locaux comme la LGV Bordeaux-Toulouse ou le barrage du Testet.

« Une énorme réussite ». Olivier Louchard, des Amis de la Terre Gironde, association coorganisatrice d’Alternatiba, est tout sourire à l’issue de ce week-end militant à Sainte-Croix. Le public a, il est vrai, répondu présent : 15000 participants, « malgré la météo capricieuse », 150 exposants dans le village des alternatives, dont les ateliers pratiques (réaliser un four solaire ou un balcon potager…), plus de 25 débats, rassemblant parfois jusqu’à 200 personnes dans des salles si remplies qu’elles ont souvent refusé du monde.

« C’était pour moi une surprise de voir des salles aussi bondées , avec des gens très réceptifs vus les questions posées, et beaucoup de jeunes qui se posent des questions et ont envie d’agir », observe Anne-Sophie Novel, journaliste-blogeuse intervenue sur plusieurs débats.

Le pari, inédit à Bordeaux, d’installer un tel événement alternatif en centre-ville plutôt que dans un lieu fermé est, selon la fondatrice bordelaise d’Ecolo-Info, réussi. Bémol entendu cependant ici ou là : Alternatiba aurait avant tout prêché des convaincus.

« Pour être honnête, les conférences du samedi ont surtout attiré un plutôt public averti et engagé, reconnaît Dominique Hofmann, présidente de la Maison de la nature et de l’environnement, coorganisatrice d’Alternatiba. En revanche, la journée du vendredi nous a permis d’expliquer à des étudiants très intéressés ce qu’on entendait par écologie. Et le dimanche, on a vu beaucoup de familles et de badauds qui ne connaissaient pas du tout Enercoop, la Nef ou les grands combats que nous menons, c’est très positif. »

Alternatiba, combien de divisions ?

Pour les organisateurs, l’événement a aussi permis de lancer « une belle dynamique », attirant par exemple 350 bénévoles « parfois loin de la cause environnementale et plutôt investis dans les domaines culturels ou sociaux », poursuit Dominique Hofmann.

« Surtout, Alternatiba a fédéré de nombreuses associations qui ne se connaissaient pas ou cultivaient des querelles de chapelle. Or les pouvoir publics jouent sur ces divisions pour régner. On a réussi à leur montrer qu’en réunissant 15000 personnes, ils ne peuvent plus nous ignorer. Et on veut être écouté, notamment pour que la métropolisation de la Communauté urbaine de Bordeaux ne soit pas une affaire de grands élus et de technocrates qui dépouille un peu plus les communes et les citoyens de leurs pouvoirs. »

Le grand écart entre les tendances d’Alternatiba était néanmoins parfois criant, par exemple lors du débat sur la consommation, où les Objecteurs de croissance ont critiqué le cataplasme sur la jambe de bois que sont selon eux des initiatives telles que la Ruche qui dit oui ou autre modèle d’économie collaborative. Mais d’après Olivier Louchard, « la surprise vient désormais d’organisations plutôt “développement durable” qui n’ont pas hésité à signer nos conclusions radicales contre le capitalisme ou le nucléaire ».

débat sur les grands projets inutiles, avec entre autres le journaliste Hervé Kempf et le zadiste Vishnou (Photo Xavier Ridon/Rue89 Bordeaux)

Débat sur les grands projets inutiles, avec entre autres le journaliste Hervé Kempf et le zadiste Vishnou (Photo Xavier Ridon/Rue89 Bordeaux)


Besoin de tout le monde

Et il y a même eu quelques couacs : pendant le débat sur la métropolisation, les Zadistes (opposants au projet d’aéroport de Notre-Dame-des-Landes, NDLR) ont chahuté contre les élus invités, en l’occurrence Anne Walryck, adjointe en charge du développement durable, qui remplaçait le maire de Bordeaux Alain Juppé, initialement annoncé. Or les Zadistes faisaient partie des signataires de l’appel d’Alternatiba, et intervenaient lors du débat sur les « grands projets inutiles et imposés » (GPII)…

« Nous n’étions pas contents contre les Zadistes, ce n’était pas la peine de mettre la pagaille comme ça, affirme Dominique Hoffman. Mais on a besoin de tout le monde : de l’engagement soft et traditionnel à l’engagement plus radical qui attire l’attention, chacun doit trouver sa place. »

Ce dont conviennent les intéressés eux-mêmes, à la tribune du débat sur les GPII :

« L’alliance des “citoyennistes” (sic) et des anarchistes permet de créer un rapport de force, déclare Vishnou, de la Zad de Notre-Dame-des-Landes. Un collectif citoyen permet de créer de l’expertise, mais il sera toujours plus timoré à se mettre en effraction que des activistes qui n’ont pas grand-chose à craindre des forces de l’ordre. »

C’est cette convergence des luttes qui a sans doute permis à l’aéroport nantais de ne pas (encore ?) être sorti de terre, estime le journaliste du site Reporterre, Hervé Kempf :

« Malgré tous les arguments de la Sepanso contre l’autoroute Pau-Langon, qui se vérifient maintenant que l’A65 est faite, ils n’ont pas bénéficié de la même mobilisation populaire que Notre-Dame-des-Landes. Si ce combat n’est pas encore gagné, il continue parce que certains n’ont rien lâché. »

Les débats ont souvent refusé du monde, comme celui sur le traité de libre-échange transatlantique (XR/Rue89 Bordeaux)

Les débats ont souvent refusé du monde, comme celui sur le traité de libre-échange transatlantique (XR/Rue89 Bordeaux)


Alternatiba monte à Paris

Ne rien lâcher : voilà le programme d’autres luttes représentées à Alternatiba, notamment celle contre la LGV Bordeaux-Toulouse et Bordeaux-Espagne, dont l’enquête publique démarre, ou celle contre le barrage du Testet, dans le Tarn, où doit se tenir un grand rassemblement le 25 octobre.

Quant à la coordination européenne des Alternatiba, mouvement rappelons-le né l’an dernier à Bayonne, elle compte faire des petits (le prochain à Tahiti) jusqu’à la Cop 21 en décembre 2015 à Paris. Ce sommet international sur le climat sera déterminant pour parvenir à un accord contraignant sur la réduction globale des émissions de gaz à effet de serre. Quelques semaines avant, 100 000 personnes sont espérées en septembre à Paris, histoire de mettre la pression en amont des négociations.

« Comme les Incroyables Comestibles, Alternatiba a réussi en quelques mois à dupliquer et transposer le modèle partout, de Lille à Agen, c’est remarquable », note Anne-Sophie Novel – la journaliste travaille elle-même à accueillir 600 blogeurs militants à Paris pour la Cop 21, dans un espace baptisé Place to B, près de la Gare du Nord, donc de la ligne B du RER menant au Bourget, où se déroulera la conférence.

Et à Bordeaux, que va devenir la dynamique amorcée ? Si les organisateurs n’ont pas souhaité associer les partis à leur démarche, et ne regrettent pas une seconde d’avoir ainsi évité les pièges de la récupération, la question du débouché politique se pose évidemment.

« On va réfléchir dans les prochaines semaines à comment poursuivre ensemble pour maintenir cette pression sociale », affirme Olivier Louchard.

Comment éviter de reproduire l’échec du mouvement altermondialiste, dont les forums sociaux ont décliné faute de traduction concrète de leurs idées, c’est pour Alternatiba tout l’enjeu des mois à venir.

Article actualisé le 14/10/2014 à 11h53
L'AUTEUR
Simon Barthélémy
Simon Barthélémy
Journaliste, cofondateur de Rue89 Bordeaux

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