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Les « petits patrons » bloquent les caisses régionales du RSI

A l’appel de Sauvons nos entreprises (SNE), une cinquantaine d’artisans et de travailleurs indépendants se sont rassemblés ce lundi devant les bureaux du Régime social des indépendants (RSI) Aquitaine à Bordeaux Lac. Après la journée du 9 mars à Paris, le mouvement est « toujours aussi déterminé ».

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Les « petits patrons » bloquent les caisses régionales du RSI

Rassemblement devant la caisse régionale du RSI en Aquitaine (WS/Rue89 Bordeaux)
Rassemblement SNE devant les bureaux du RSI Aquitaine (WS/Rue89 Bordeaux)

Ils sont venus de toute l’Aquitaine, en covoiturage, et se sont donné rendez-vous devant la caisse régionale du Régime social des indépendants (RSI) à Bordeaux Lac :

« Il y en a qui viennent du Gers, du Lot-et-Garonne, des Landes ou du Pays Basque, précise Hélène, responsable de SNE Aquitaine. Il n’y a personne de la Gironde ! A croire qu’ils n’ont pas de problèmes ou qu’ils ont simplement peur ! »

Car les adhérents de l’association Sauvons nos entreprises (SNE) le disent sans détours :

« Il y a des pressions, des menaces sur les petits patrons. Ceux qui voudraient négocier des échéanciers pour leur retard de paiements préfèrent ne pas faire de vagues. »

Des entrepreneurs « en phase terminale »

Après la réussite de leur manifestation dans les rues de Paris le lundi 9 mars, les artisans et les travailleurs indépendants ont voulu encore une fois faire entendre leur ras-le-bol et faire connaître leur désarroi face aux montants des cotisations qu’ils jugent intolérables.

« Il y a des boulangers, des maçons, des coiffeurs… tous en ont ras-le bol de ne pas savoir où va leur argent », déplore Hélène.

Hélène comme beaucoup d’autres indépendants ont préféré ne pas donner leurs noms de familles par « peur des représailles » :

« C’est une mafia ! Ils ont les moyens de faire pression, insiste Bigoo, responsable de SNE Landes. Regardez, vous êtes le seul ici. D’autres médias étaient conviés et personne n’est venu. »

Autour d’Hélène et de Bigoo, des entrepreneurs en péril et certains « en phase terminale ». Ils se sont rassemblés devant l’entrée des bureaux dès 9h et ils ont déroulé leurs banderoles et inscrits leurs messages sur le bâtiment : « Voleurs », « RSI assassin », « RSI : Racket Sans Interruption ». Deux heures plus tard, les salariés de la caisse ont été évacués.

« Nous n’avons pas été reçus, mais on s’y attendait, précise Hélène. Ils nous prennent pour des voyous, alors que les voyous, c’est eux. Regardez, il y a autant de policiers que de manifestants. Nous ne sommes pas des casseurs. »

« Des patrons, pas des voyous »

Les consignes de l’appel national ont été claires : « SNE décline toute responsabilité en cas de dégradations ou violences. Nous sommes des patrons, pas des voyous. » L’appel invite par ailleurs à ne pas se tromper de combat :

« Attention aux infiltrations des “Libérés de la sécu”. Nous avons vu lors de la manifestation de Paris le 9 mars leurs méthodes de venir tracter en douce pendant que nous manifestions. Là encore nous allons être très clairs ! SNE n’appelle pas à quitter la sécurité sociale, SNE veut sauvegarder ce droit, pour l’intérêt de tous, et pour les générations à venir. […] Attention aux fausses rumeurs qui incitent les indépendants à quitter la sécurité sociale. Ce combat n’est pas le nôtre. »

De l’avis de tous, il ne s’agit pas de supprimer les cotisations. SNE souhaite premièrement la baisse des cotisations sociales :

« Ce serait trop facile de nous accuser de capitalistes. Nous ne sommes pas ces gros patrons qui s’en mettent plein les poches. Nous sommes des petits patrons, précise Yann. J’étais électricien à mon compte, j’ai eu un impayé de 20 000 €. Impossible de freiner la machine des cotisations. Ils n’ont rien voulu savoir et les 20 000 € que je n’ai jamais touchés se retrouvent dans mon chiffre d’affaire sur lequel les cotisations sont calculées. Ça m’a mis à la rue. »

Cet électricien qui paye toujours des dettes contractées pour son entreprise même après la liquidation de celle-ci, est aujourd’hui salarié dans une société et continue à « combattre les injustices et les dysfonctionnements du RSI ».

Un moratoire du RSI

Car au-delà de ses dysfonctionnements, le RSI est accusé de menacer l’existence de nombreux entrepreneurs en France. Les manifestants exigent purement et simplement un moratoire sur le paiement des cotisations.

Depuis la manifestation du 9 mars, un délai d’un mois avait été accordé au gouvernement pour appliquer leur souhait. Ces regroupements régionaux sont une piqûre de rappel avant la date du 9 avril, où SNE a prévenu de grandes actions si aucune mesure n’est prise.

Le RSI a été créé en 2006. Il est l’organisme de protection sociale des travailleurs indépendants, principalement des commerçants, des artisans et des professions libérales. En 2012, la Cour des comptes a publié un rapport dans lequel sont énumérés les problèmes rencontrés par les affiliés au RSI : erreurs dans le calcul des cotisations, retards de paiement des retraites, dossiers perdus, interventions erronées d’huissiers, absence d’appels de cotisations qui ont conduit à des poursuites sans motif ou à de mauvais calcul pour la retraite…

Des réclamations et des suicides

Face à cela, le RSI a ainsi enregistré 2 330 réclamations par mois de la part de ses affiliés. Mais ses dirigeants se targuent d’une baisse par rapport à 2013 : ces plaintes n’ont représenté que 0,11% des cotisants. Elles seraient en baisse de 11% par rapport à l’année précédente.

« Je n’ai pour l’instant aucun problème avec le RSI, précise Hélène. Je peux encore payer mes charges sachant que j’arrive à peine à dégager un salaire décent. Mais je ne vais pas attendre qu’il m’arrive la même chose qu’aux autres. Il y avait 3 500 000 artisans en France en 2014 et 30% ont coulé. D’autres se sont installés mais ça ne suffit pas pour équilibrer. »

Derrière elle, d’autres artisans font le cercle autour d’une plancha où grillent des saucisses. L’un d’eux annonce que « deux artisans se suicident chaque jour en France ». Eux ne sont pas prêts à lâcher le morceau.


#Sauvons nos entreprises

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