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Philippe Meynard marche contre les AVC
Société 

Philippe Meynard marche contre les AVC

par Simon Barthélémy.
Publié le 22 octobre 2015.
Imprimé le 08 août 2022 à 03:52
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Philippe Meynard (à gauche) et ses camarades de marche en route pour Agen (SB/Rue89 Bordeaux)

Philippe Meynard (à gauche) et ses camarades de marche en route pour Agen (SB/Rue89 Bordeaux)

Victime l’an dernier d’un accident vasculaire cérébral (AVC), l’ex maire de Barsac Philippe Meynard s’engage contre la première cause de mortalité en Aquitaine. Il a entamé un périple entre Bordeaux et Agen pour soutenir la semaine de prévention des AVC.

« Je suis très heureux de me réveiller tous les matins, je vis le moment présent, sans faire de projet. Je m’occupe de mon chien et de mon chat, je vais avoir deux brebis et une ruche. »

Voila ce que répond simplement Philippe Meynard lorsqu’on lui demande si, outre son action contre les AVC, il a pris de nouveaux engagements, professionnels ou militants, depuis son accident en 2014, dont il a réchappé grâce à une intervention chirurgicale in extremis.

« Je fais aussi beaucoup de méditation pour éviter de tomber dans l’anxiété, et de réveiller des troubles antérieurs, ajoute-t-il lors d’une rencontre avec les journalistes au Club de la Presse. Pour vivre l’instant présent, il faut éviter de se projeter. Et cultiver l’humilité. C’est quelque chose d’important, alors que cela devient un défaut dans une société où on valorise le fait d’être fort, où on dresse les gens les uns contre les autres. »

Bâton de pèlerin

Cette semaine, l’ex maire de Barsac (Gironde), 44 ans, a rendu son costume et son équipement de conseiller régional. Ce mercredi, il a enfilé ses chaussures de rando, pris son sac à dos et sa makila (bâton de marche basque) pour parler de prévention des AVC (accidents vasculaires cérébraux) entre Bordeaux et Agen, où il arrivera le 26 octobre.

« 140 kilomètres, c’est du pipi de chat », estime l’ancien élu, par rapport au millier de kilomètres avalés jusqu’en Galice avec les pèlerins de Sain-Jacques de Compostelle.

Objectif : prévenir la maladie, en sensibilisant les gens aux bienfaits d’une activité physique quotidienne (au moins une demi heure marche par jour), d’une alimentation équilibrée et peu salée ou encore d’un contrôle régulier du pouls et de la tension.

Un AVC par heure en Aquitaine

Et l’ancien élu veut s’adresser en priorité aux publics les plus touchés, « les plus de 65 ans dans les départements ruraux », où les infos sur les AVC sont plus compliquées à transmettre, et qui sont éloignées des centres de soin spécialisés – l’Aquitaine dispose en effet de seulement 7 unités neuro-vasculaires (UNV), dans les préfectures des six départements, plus Dax.

Porte-parole de la semaine de prévention des AVC, Philippe Meynard embarquera ensuite dans le « TER Aquitaine : AVC, agissez », qui sillonnera la région jusqu’au 29 octobre.

L’Agence régionale de santé fait en effet de la lutte contre cette maladie une priorité. Une personne est victime d’un AVC toute les heures en Aquitaine, soit 8700 personnes en 2014, et près de 1000 décédées, ce qui en fait la première cause de mortalité dans la région. Et plus d’une victime sur trois gardera des séquelles invalidantes.

3 épreuves et 4h30 pour agir

D’où la nécessité d’agir très vite en cas de symptômes, comme l’explique le docteur François Rouanet, du CHU de Bordeaux :

« Un AVC se déclenche lorsqu’une artère se bouche, ou qu’un vaisseau se déchire, et que les cellules du cerveau ne reçoivent plus d’oxygène et de nutriments. Si la personne a le visage qui se tord ou sent une paralysie d’un bras ou d’une jambe, il y a 3 épreuves : lui demander de faire une grimace, de tendre les deux bras pour vérifier si elle a une faiblesse d’un coté, et de répéter une phrase très simple. Si elle n’en est pas capable, pas d’hésitation, appelez le 15. On n’a que 4h30 pour faire une thrombolyse, injecter le médicament qui permet de désagréger le caillot sanguin. »

Télémédecine

La création des UNV a permis de réduire de 30% le risque de décès ou de handicap, et d’éviter ainsi une centaine de morts par an.  Un réseau de télémédecine se déploie également depuis l’an dernier en Gironde (Langon, Lesparre, Blaye), dans le Lot-et-Garonne et désormais en Dordogne : il permet aux hôpitaux de consulter à distance l’avis d’un neurologue et/ou d’un radiologue, et d’effectuer la thrombolyse sur place avant le transfert vers l’UNV du territoire.

De nouvelles UNV sont en projet à Libourne et Arcachon. Par ailleurs, une « révolution thérapeutique » arrive, indique François Rouanet : la thrombectomie, un micro-cathéter qui permet de retirer mécaniquement le caillot de sang, et permet d’agir jusqu’à 6 heures après le début d’un AVC.

« Société de branques »

Mais mieux vaut prévenir que guérir d’un AVC dont les effets dépassent la santé : les victimes ne peuvent souvent plus travailler, « les deux tiers des couples explosent dans l’année suivant un AVC », et les patients devront prendre des médicaments à vie contre l’hypertension pour éviter la récidive, poursuit François Rouanet.

« On vit dans une société de branques, où le stress et les conditions de travail sont extrêmement inquiétants, souligne Philippe Meynard. La preuve, le quart des personnes touchées par un AVC ont moins de 65 ans, donc sont dans la vie active. »

Phénomène alarmant : l’augmentation du nombre d’AVC chez les femmes de moins de 40 ans.

« Depuis 5 ou 6 ans, leur nombre augmente de 2% par an, c’est énorme, indique le docteur Rouanet. La cause principale, c’est que dès le lycée, les filles fument désormais au moins autant que les garçons. Elles ont donc autant de risque que les hommes d’avoir un AVC, avec même un facteur aggravant : si elles prennent la pilule et son migraineuses, le risque est multiplié par 30. »

Autant donc ne pas laisser son cerveau se faire passer à tabac.

Article actualisé le 28/10/2015 à 22h41
L'AUTEUR
Simon Barthélémy
Simon Barthélémy
Journaliste, cofondateur de Rue89 Bordeaux

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