Bastide Niel, l’écoquartier que Bordeaux attendait ?
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Bastide Niel, l’écoquartier que Bordeaux attendait ?

Vue des toitures du quartier Bastide Niel (MVRDV/DR)

Vue des toitures du quartier Bastide Niel (MVRDV/DR)

On sait mieux à quoi ressemblera la ZAC Bastide Niel, imaginé par l’architecte Winy Maas et piloté par Bordeaux Métropole Aménagement. 10000 personnes vivront dans cet écoquartier visant l’autonomie énergétique.

Bordeaux tient-il son Vauban ? Toute l’Europe envie l’écoquartier de Fribourg (Allemagne), bâti dans une ancienne caserne française. Les mêmes principes d’urbanisme et d’architecture durables semblent avoir guidé les aménageurs du futur quartier Bastide Niel. 3400 logements (dont 35% de logements sociaux) s’élèveront aussi sur la friche militaire, qui s’étend sur la rive droite des berges de la Garonne et Darwin, jusqu’à l’avenue Thiers.

Intimité, densité, espaces verts ou durabilité sont autant de mots clés que Winy Maas, coordonnateur du projet, s’est attaché à décliner ce mardi chez Bordeaux Métropole Aménagement (BMA), la société qui pilote l’opération avec les bailleurs sociaux Domofrance et Aquitanis. Des préceptes que devront suivre les 126 architectes, en charge de la conception des 140 ilots.

« Sur 35 hectares (soit à peu près la taille de Mériadeck, ou de Saint-Paul et Saint-Pierre réunis), 45% seront dédiés aux espaces publics, avec des voiries crées sur les traces existantes des ilots, c’est un travail spécifique qui n’existe pas dans les autres écoquartiers, estime l’architecte néerlandais. On veut que les habitants se partagent les ruelles, y installent des bancs, des tables… Et ils bénéficieront de six espaces fédérateurs, dont le Village place Niel ou le passage Thiers. »

Vers les lueurs

Les rues seront « apaisées » – Bastide Niel donnera la priorité aux déplacements doux, avec une part de la voiture limitée à 20%, et seulement 4000 places de stationnement mutualisées pour 10000 résidents ou usagers du quartier, qui devront prendre l’habitude de marcher un peu après s’être garés… La circulation sera limitée à 30 kilomètres/heure dans des voies partagées.

« La grande force de ce projet, c’est la proximité, tous les services et les équipements seront disponibles dans un rayon de 200 mètres », signale Elisabeth Touton, adjointe au maire de Bordeaux en charge de l’urbanisme.

Le quartier se veut vert – plus de 1500 arbres vont être plantés, et des « parcs 3D » élaborés par 23 paysagistes- et lumineux : grâce à des toits inclinés à 45% ou 22%, tous les bâtiments bénéficieront de l’éclairage naturel, et 100% auront accès à deux heures d’ensoleillement par jour minimum.

Ces toitures sont censées créer à un paysage particulier et homogène, et participer ainsi à la recherche d’autonomie énergétique des bâtiments, via l’exposition au soleil, la ventilation naturelle (80% des logements sont traversants), et la prévention des ilots de chaleur urbains.

Une vue du quartier depuis le Parc aux angéliques (MVRDV/DR)

Une vue du quartier depuis le Parc aux angéliques (MVRDV/DR)

Autonomie énergétique

Si BMA n’impose pas des promoteurs qu’ils conçoivent des bâtiments à énergie positive (produisant plus d’énergie qu’ils en consomment), les 50000 m2 de panneaux photovoltaïques doivent permettre de couvrir la moitié des besoins en électricité (en autoconsommation locale, à l’image du projet de smartgrid à Rennes), et la connexion au réseau de chaleur de la Rive Droite, de chauffer l’ensemble du quartier.

Les chantiers, qui dureront 12 ans, ne devraient pas démarrer avant 2017-2018. Mais des projets sont lancés pour 3 ilots pilotes (sur 140) : les permis de construire viennent d’être délivrés pour Bord’Ha, une résidence en habitat participatif de 6 logements (plus des bureaux), et pour les Magasins Généraux Sud, qui comprendront des logements, un campus d’écoles privées et une auberge de jeunesse.

Un jury doit en outre départager deux promoteurs concurrents pour l’aménagement de la Tête Noire, à côté du skate park de Darwin (qu’il n’est pour l’heure pas prévu de déménager), soit 50 logements en accession libre, dédiés à des propriétaires occupants.

Des logements sociaux et un hôtel écolo

Par ailleurs, toujours dans le cadre de cette première phase, Aquitanis et Domofrance bâtiront 200 logement sociaux, également du côté de Darwin.

« Nous voulons démarrer rapidement la construction de logements car il y a une forte demande des habitants sur l’agglomération », souligne Pasacal Gerasimo directeur général de BMA, précisant que plus de 7000 personnes vivront dans ce quartier.

Les logements auront en effet la part belle à Niel : ils occuperont 67% de la surface plancher, pour 15% dédiés aux équipements, 8% aux bureaux, 6% aux commerces (notamment dans le passage Thiers, reliant le quartier à l’avenue du même nom), et 4% aux activités de production.

Dans une logique de « mixité fonctionnelle » (associant logement et locaux d’activité), quelques projets emblématiques ont aussi été dévoilés ce mardi : un « hôtel économique et écolo » de 130 chambres, réalisé par la société Eklo, qui installera aussi son siège social à Bastide Niel ; une entreprise de matériel et logiciel de virtualité, Immersion, déjà installée rive droite, va aussi s’implanter dans le secteur. L’école d’architecture, basée à Talence, pourrait aussi franchir la Garonne.

153 millions d’euros d’investissements publics

Côté équipements publics, un groupe scolaire de 18 classes et un centre de loisirs sortira de terre rue Hortense sera le premier équipement public. Une deuxième école avec crèche, un gymnase et une salle polyvalente (dans l’ex-gymnase Thiers) sera ensuite créé. Ces équipements représente un investissement de 37,3 millions d’euros, sur un un total estimé de 153 millions d’euros pour l’ensemble de la ZAC, dont 50 pour le foncier et 72 de travaux d’aménagement.

Reste à trancher la question des trois hectares d’emprise ferroviaire appartenant à SNCF Réseau. Les négociations trainent car l’entreprise publique veut négocier avec la métropole l’ensemble du faisceau, qui traverse également Brazza. Il faudra enfin desservir ce nouveau quartier, avec un transport en commun en site propre – BHNS ou tram – qui reliera les deux rives de la Garonne.

L'AUTEUR
Simon Barthélémy
Simon Barthélémy
Journaliste, rédacteur en chef de Rue89 Bordeaux

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