Parfum de Mai 68 à l’Université de Bordeaux
Société 

Parfum de Mai 68 à l’Université de Bordeaux

Près de 500 étudiants se sont rassemblés ce jeudi devant l’université à la Victoire pour exprimer leurs solidarité envers les opposants à la loi Vidal, violemment évacués mardi dernier par la police. Réunis en AG, ils ont demandé la démission du président de l’Université, Manuel Tunon de Lara.

C’est à la directrice du Collège des Sciences de l’Homme, Virginie Postal Le Dorse, que revient la mission délicate de renouer le dialogue avec les étudiants. Devant près de 500 personnes réunies ce jeudi midi sur le parvis de l’université, place de la Victoire, en soutien aux opposants à la loi Vidal, elle tente de leur apporter quelques garanties.

L’amphi Gintrac, dont une quarantaine d’étudiants ont été violemment expulsés mardi dernier sur ordre de la présidence de l’université, est ainsi remis à leur disposition, tous les jours de semaine de 8h30 à 19h, « à la seule condition qu’il n’y ait pas d’occupation nocturne, ni de blocage de l’entrée de l’université ».

Virginie Postal Le Dorse annonce par ailleurs que l’administration et les enseignants feront preuve de « bienveillance » en tentant de déplacer les cours des étudiants qui voudront participer aux prochaines journées d’action nationale, les mouvements des fonctionnaires puis des cheminots, les 15 et 22 mars.

Avec ou sans filtre

Alors que le campus de la Victoire était resté fermé ce mercredi, la directrice du collège promet un retour à la normale, « avec, si ça se passe bien, ouverture sans contrôle d’identité le plus rapidement possible ». Car le filtrage est désormais en vigueur à la faculté, comme en atteste cette vidéo visible sur la page Facebook Université Bordeaux Victoire contre la sélection :

Après ces déclarations, les réactions des étudiants, qui enchainent les prises de parole sur le perron de la faculté, sont mitigées. Pour certains, il faut saisir « cette main tendue de l’administration » et profiter de l’émotion causée par les évènements de la semaine pour remobiliser la jeunesse.

« On est peut être 400 aujourd’hui, déclare l’un d’eux, mais il y a 4000 étudiants qui travaillent sur le campus de la Victoire, et ils ne sont pas tous favorables à la sélection » – ces fameux prérequis ou « attendus » pour entrer en licence que pourront exiger les universités à la rentrée 2018, suite au vote de la loi Vidal.

D’autres, toujours sous le coup de l’indignation, appellent à squatter l’amphi, autorisation ou pas.

« N’oubliez pas que du sang a été versé, et que des étudiants ont été frappés, traînés à terre, traités comme des voleurs et des violeurs », dit l’un d’eux.

« L’amphi n’est pas une concession, c’est le strict minimum, dit un autre. On se retrouve à devoir se battre pour demander le simple droit de se réunir dans notre université, et de ne pas exiger plus ! »

Rassemblement devant l’université de Bordeaux, place de la Victoire, le 8 mars 2018 (SB/Rue89 Bordeaux)

Interdictions de séjour

Car ce droit de se déplacer dans les locaux de l’université, plusieurs étudiants en sont aujourd’hui privés par un arrêté du président Manuel Tunon de Lara, comme Rue89 Bordeaux l’indiquait ce jeudi.

Selon nos informations, une trentaine d’étudiants ayant participé aux actions du 1er mars et une vingtaine impliqués dans les évènements de mardi dernier aurait reçu cette interdiction écrite de fréquenter l’université en dehors de leurs heures de cours. Selon l’association OSB IV, une personne désormais non grata à l’université n’aurait même été présente à aucune de ces deux journées de mobilisation.

Douze étudiants se sont joints au recours déposé en justice par OSB IV contre cet arrêté jugé « très étonnant, disproportionné et inédit » par l’association étudiante. Loin de mater le mouvement, cette décision souffle plutôt sur les braises de la contestation.

« Tunon, démission ! » scandent ainsi les manifestants en se dirigeant vers l’amphi Gintrac (qui comme a pu le constater Rue89 Bordeaux, ne porte pas traces de dégradations). Ils franchissent en masse les portes du campus, empêchant ainsi tout contrôle individuel d’identité. Alors que le mouvement contre la sélection mobilisait poussivement quelques poignées d’étudiants, les voici ainsi plusieurs centaines à débattre de la suite des évènements !

Lors de leur AG, ils votent alors plusieurs décisions, dont plusieurs s’attachent à élargir le mouvement et « dépasser les corporatismes » : sensibiliser les lycéens, « qui seront les premiers concernés par la sélection à l’entrée », ainsi que les étudiants de l’université Bordeaux Montaigne, avec une AG commune aux étudiants des deux établissements ; entamer des discussions avec les cheminots en vue de la manifestation du 22 mars, ainsi qu’avec les ouvriers Ford.

Dans l’amphi Gintrac ce jeudi 8 mars (SB/Rue89 Bordeaux)

Ultimatum

Les étudiants exigent en outre la démission de Manuel Tunon de Lara « avant lundi midi », faute de quoi ils occuperont l’amphi Gintrac « jour et nuit ». Sollicitée par Rue89 Bordeaux, la présidence de l’université n’a pas donné suite à nos demandes d’entretien.

« Il y a 50 ans, des étudiants ont fait leur AG dans un lieu interdit, rappelle un participant à l’AG (en référence à l’occupation de la salle du conseil des professeurs de la faculté de Nanterre par ce qui va devenir le Mouvement du 22 Mars, auquel participait Daniel Cohn-Bendit, NDLR). Cela se passait en mars, quelques semaines après c’était la grève générale. Nous, on doit déjà revendiquer le droit pour tous de faire des études pour se cultiver, et pas forcément pour devenir prof d’histoire ou de socio. »

En 1968, les étudiants revendiquaient la liberté de circuler comme ils le souhaitaient dans les locaux des facs (et notamment les chambres des cités U…). En 2018, ils demandent le droit d’entrée pour tous à l’université. Les rapports de force sont loin d’être identiques. Mais ce jeudi, certains étudiants bordelais sont chauds bouillants : ils poussent l’assemblée à voter une manif sauvage, partie vers 15h en direction du rectorat. Celle-ci s’est dispersée dans le calme en fin d’après-midi, sans intervention policière.

« Tunon démission » réclamait la banderole, en tête de cortège (BG/Rue89 Bordeaux)

L'AUTEUR
Simon Barthélémy
Simon Barthélémy
Journaliste, rédacteur en chef de Rue89 Bordeaux

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