Première et éphémère femme maire de Bordeaux, Calmels au bout du compte
Politique 

Première et éphémère femme maire de Bordeaux, Calmels au bout du compte

Alain Juppé convalescent – il a récemment été opéré du genou –, sa première adjointe, Virginie Calmels, a présidé ce lundi le conseil municipal, ce qui pourrait ne pas se reproduire de sitôt. Le compte administratif 2017 a monopolisé les débats, peu après les critiques de Laurent Wauquiez contre la « caisse cramée » et les remontrances de la chambre régionale des comptes.

« C’est un moment historique : pour la première fois nous avons une maire, je veux y voir un signe positif pour l’avenir. » Ainsi Michèle Delaunay salue-t-elle la présidence du conseil municipal par une femme, évènement inédit à Bordeaux. Ce lundi, l’ancienne ministre socialiste tient donc à gratifier Virginie Calmels d’un « très “Hollandais” merci pour ce moment« .

Son collègue sur les bancs de l’opposition municipale, Matthieu Rouveyre, donne lui aussi du madame « la maire de Bordeaux » à la première adjointe, remplaçante au pied levé d’Alain Juppé, opéré du genou.

« Alain Juppé va bien, c’est un adepte du télétravail et il est totalement sur le pont, même s’il ne peut pas être là pour suivre ses séances de kinésithérapie », explique la numéro 2 des Républicains.

Virginie Calmels parait savourer l’instant, même encadrée en conférence de presse par les mâles gardiens du temple juppéiste  – le dir’cab’ du maire Ludovic Martinez et les adjoints Nicolas Florian, Fabien Robert et Jean-Louis David ont annoncé ce lundi dans Sud Ouest la transformation en parti de leur association, Esprit Bordeaux, en soutien à une nouvelle candidature du maire en 2020 (sans Virginie Calmels).

Tête de liste aux européennes ?

Bien sûr, Virginie Calmels ne « recherche pas un poste » et juge « totalement prématuré » de faire acte de candidature à la tête de liste des Républicains aux élections européennes, en 2019. Si elle ne manque pas de rappeler ses convictions « farouchement pro européennes », celles-ci sont toutefois plus proches de Thatcher que de Simone Veil, et, logiquement, du Laurent Wauquiez 2018 que de Jacques Barrot :

« Pour autant, poursuit-elle, je ne suis pas fédéraliste, je ne suis pas favorable à un élargissement aux pays des Balkans ni à de nouveaux transferts de souveraineté comme le veut Emmanuel Macron. Je suis pour les baisses d’impôts, sûrement pas pour en créer des nouveaux au niveau européen. » I want my money back, quoi.

Correctionnelle

« Seul Alain Juppé peut succéder à Alain Juppé », répète d’ailleurs la première adjointe, interrogée par les journalistes sur son avenir (lire ci-contre). Après son ralliement à Laurent Wauquiez et sa ligne à droite toute (pour certains, elle ferait presque office de gauchiste à ses côtés), Virginie Calmels s’était éloignée de son mentor – et, de plus en plus, des affaires bordelaises. La sortie du patron des Républicains sur Juppé qui a « cramé la caisse » de Bordeaux rendait le grand écart intenable. Il avait fallu une démonstration publique de fidélité réciproque du maire et de son adjointe pour calmer tout le monde.

« Je ne me désolidariserai pas de la gestion remarquable d’Alain Juppé, la transformation de Bordeaux c’est à lui qu’on la doit », martèle donc de nouveau Virginie Calmels.

Et elle s’emporte lorsque Vincent Feltesse (PS), rappelant les critiques formelles de la Chambre régionale des comptes, lui fait remarquer que la municipalité a « frôlé la correctionnelle », un mot qu’elle estime trop connoté…

Virginie Calmels enfin dans le fauteuil d’Alain Juppé (DR)

D’autant que ce lundi, la présentation du compte administratif 2017 – les recettes et dépenses effectivement réalisées l’an dernier –, « permet une bonne fois pour toute de couper court aux arguments sur la situation financière de la Ville », selon Nicolas Florian.

Coupes sombres

« Les chiffres parlent tout seul », estime l’adjoint aux finances : la mairie a dégagé un résultat (positif) de 21 millions d’euros, contre 16 millions l’année précédente, et 4,5 millions en 2015. Et la capacité de désendettement se situe à 6,18 années, contre 11,6 années fin 2016, « presque deux fois inférieure au nouveau plafond fixé par la loi à 12 ans ».

« Il a fallu absorber désengagement massif , hors norme, de l’État, et il a fallu restructurer les politiques publiques, poursuit Nicolas Florian. Mais cela a été l’occasion avec la mutualisation (des services municipaux à la métropole, NDLR) de rationaliser les politiques. »

Ce sont les coupes sombres discrètement opérées par rapport au budget initial que l’opposition attaque en conseil municipal. Matthieu Rouveyre critique ainsi l’annulation de 37 millions d’euros de crédits d’investissements, « supérieurs à l’excédent du compte administratif » : par exemple, 21 millions ont finalement été investis dans l’enseignement, au lieu des près de 26 millions prévus, ou encore 1,4 million dans la politique famille au lieu de 4,7 millions.

« Les investissements dans le quotidien, c’est la variable d’ajustement de vos dépenses. Les Bordelais payent 34% d’impôts en plus que les habitants des villes de tailles comparables et même s’ils sont heureux, comme nous, de vivre dans une des plus belles villes de France, ils se plaignent et c’est assez légitime parce que vos choix politiques font qu’il manque des piscines, il manque des écoles, il manque des équipements de proximité, il manque des logements. »

Alors que la Ville a engagé 2,2 millions d’euros de moins que prévu sur le logement (soit 8 millions en 2017), en particulier le logement social, Nicolas Guenro s’émeut d’une politique « en décalage total » avec la situation des Bordelais, « étranglés par la hausse des prix ».

Bon Coin et mauvais points

Déclenchant les railleries de la majorité, l’élu apparenté PS raconte alors que la moitié des 125 annonces trouvées le matin sur le Bon Coin pour un appartement de 70m2 dépassent les 1000 euros, et soient donc hors de portée pour un célibataire avec enfants gagnant 2400 euros par mois (ce qui le place pourtant dans le tiers des ménages les plus riches de France)…

L’élue écologiste Delphine Jamet abonde dans le même sens ; elle s’alarme de la situation de plusieurs crèches associatives ou de la situation de certains groupes scolaires :

« On peut s’interroger sur le report systématique sur plusieurs années de travaux d’investissement comme c’est le cas par exemple pour l’école Alphonse-Dupeux, Loucheur ou Labarde », indiquant que pour la première citée, 6025 euros ont été réalisés en 2017, contre 458719 prévus.

Les dossiers de ces trois écoles « sont pris en compte », avec « une vraie volonté politique de mener à bien tous ces programmes », répond Emmanuelle Cuny, adjointe à l’éducation.

« Il a fallu choisir les maitres d’œuvre et je regrette ces glissements liés à des aléas techniques. Mais l’école Labarde est en travaux, et ceci seront finis en décembre 2018. Quant à Alphonse-Dupeux, sa rénovation prend du temps pour s’inscrire dans le projet du quartier (Saint-Augustin). Les modifications à Loucheur  sont prévues pour 2020. »

Seul au monde

Quant à la méthode, Nicolas Florian considère que l’opposition « ne peut pas nous reprocher aujourd’hui d’annuler des dépenses après nous avoir reproché (tout comme la chambre régionale des comptes, NDLR) par le passé de maintenir ces dépenses, et les crédits allant avec », pour assurer l’équilibre budgétaire.

L’opposition (socialistes, écologistes et extrême droite) vote contre le compte administratif, adopté malgré tout par le conseil municipal. Virginie Calmels loue le « travail d’équipe » de la majorité, qu’elle risque fort de ne plus présider, à moins de nouveaux pépins de santé pour le maire de Bordeaux. Sera-t-elle encore à ses côtés en 2020 ? « Ce sera à Alain Juppé d’en décider », répond-elle. Comme le chantait Fabienne Thibeault, « au bout du compte, on se rend compte… »

L'AUTEUR
Simon Barthélémy
Simon Barthélémy
Journaliste, rédacteur en chef de Rue89 Bordeaux

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