L’urgence climatique, déjà oubliée pour la rentrée d’Alain Juppé ?
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L’urgence climatique, déjà oubliée pour la rentrée d’Alain Juppé ?

Pas de nouvelle mesure pour faire face au défi climatique, et satisfaction à l’envolée du trafic de l’aéroport de Bordeaux Mérignac… lors de sa conférence de presse de rentrée, Alain Juppé n’a pas clairement évoqué l’urgence climatique. Contrairement à ses opposants au conseil municipal de Bordeaux.

La démission de Nicolas Hulot « nous incitera tous à réfléchir et à changer » avait tweeté Alain Juppé le 28 août dernier. Quelques jours plus tard, l’édile s’affiche aux côtés d’Edgar Morin à Darwin pour le festival Climax.

Tout portait à croire que l’urgence climatique allait être bien servie lors de la conférence de presse de rentrée accordée ce vendredi par le maire de Bordeaux et président de la Métropole. Finalement, les jours passent…

Mobilité

Pour commencer, Alain Juppé s’est réjoui du climat… local à travers le sondage Ifop (datant du mois de mai) qui a révélé que 93% des Bordelais étaient satisfaits de vivre à Bordeaux pour une moyenne nationale dans les autres villes françaises de 83%. Ces 10 points positifs mettent la pression à l’équipe municipale qui aura à « faire plus et mieux pour la qualité de vie des Bordelais ».

Comment ? En regardant là où la ville pêche. Par exemple : à peine 18% de satisfaits pour le stationnement et 27% pour la circulation. Il s’agit clairement de l’usage de la voiture.

« Priorité à l’amélioration de la mobilité » entonne le maire avant de passer en revue les bouchons de la rocade – « sous dimensionnée malgré sa mise à 2×3 voies » –,  la mise en place depuis juillet du syndicat mixte de transport (Métropole, Département et Région) qui pourrait améliorer le plan rail, et le passage à 130 rames du tramway jusqu’en 2020 (au lieu de 100 actuellement).

Sans oublier l’extension de la ligne C promise début 2019, l’enquête publique pour l’étude de la ligne A jusqu’à l’aéroport, et l’appel de la décision du tribunal administratif concernant le BHNS Gare Saint-Jean – Saint-Aubin.

Alain Juppé lors de la conférence de presse de la rentrée 2018 (WS/Rue89 Bordeaux)

Vélo attend « dineros »

Et le vélo ? Rien, on serait tenté de résumer. Alors que le plan vélo du gouvernement Macron était présenté ce vendredi, pas de grande révélation sur son apport à celui de la Métropole bordelaise (et des autres). Pour promouvoir la petite reine, le gouvernement annonce un fonds de 350 millions d’euros sur sept ans – 50 millions d’euros par an – pour cofinancer des infrastructures avec des collectivités. C’est tout ce qu’on sait.

« Nous avons besoin de pistes plus larges, plus sécurisées, et non-interrompues » précise Alain Juppé. Pour ce faire, « j’espère qu’on aura des dineros » ajoute le maire qui évoque quelques idées rapportées de Copenhague notamment une véloroute circulaire pour la métropole ou pénétrante jusqu’au centre-ville. Précisant au passage que le succès du vélo dans la capitale danoise est dû à « la commodité et à la rapidité du transport » et non pas à un souci environnemental. Entendu.

Le président de la métropole évoque enfin le développement du covoiturage dépendant de la création de parkings relais dont certains sont en projet, et rappelle son intention de lancer un bonus mobilité. dans le même temps, il se félicite du développement du trafic aérien, annonciateur d’emplois, qui « devrait doubler ou tripler » dans les 10 ou 15 ans à venir.

Lundi dernier, Vincent Feltesse, le conseiller municipal PS, prenait déjà le contrepied du maire, se disant « interpellé » par les records de fréquentation de l’aéroport de Bordeaux :

« Est-ce qu’on doit se féliciter du passage à 5, puis 6 et 7 millions de voyageurs par an, ou s’inquiéter des projections à venir, qui annoncent une multiplication par quatre du trafic mondial, avec un coût environnemental fondamental ? »

La transition écologique est pour le candidat déclaré à la mairie de Bordeaux « son seul fil rouge, ou fil vert, car il n’y a pas d’autres alternatives » – « Elle nous oblige à balayer l’ensemble de nos champs d’intervention ».  Vincent Feltesse, qui a présenté lors d’un point presse ses propositions sur « l’urgence de la Nature en Ville », évoque notamment la nécessité de mettre fin aux grandes opérations d’aménagement, et affirme son opposition au le lancement du projet d’urbanisation de la Jallère, qui sera débattue ce lundi en conseil municipal.

Delphine Jammet et Pierre Hurmic, élus écologistes (WS/Rue89 Bordeaux)

« On n’habite pas la même planète »

Sur ses critiques d’une ville trop minérale, avec peu d’arbres voire aucun lors des réaménagements de place, et sur la préservation des marronniers de la place Gambetta, l’ancien président de la Communauté urbaine de Bordeaux se dit proche des élus municipaux écologistes.

Delphine Jamet et Pierre Hurmic ont tenu à répliquer à Alain Juppé ce vendredi lors d’une conférence de presse, pour réclamer « une nouvelle trajectoire ». D’emblée, Pierre Hurmic qualifie Alain Juppé de « hors sol » :

« On n’habite pas la même planète ! Malgré les indicateurs alarmants, il a accompli l’exploit de faire sa rentrée à Bordeaux sans évoquer les problèmes du climat. »

Les écologistes demandent la révision du PLU (Plan local d’urbanisme) pour inciter à la végétalisation, en protégeant les arbres en ville, y compris chez les propriétaires privés. Ils souhaitent « débitumer » les cours des écoles et bannir les bâtiments noirs comme on en trouve à Ginko ou aux Bassins à flot. Quant à la Jallère, ils demandent sa transformation en une forêt urbaine sanctuarisée  de 40 hectares.

Les élus écolos ont par ailleurs l’intention de présenter un vœu de soutien à l’appel pour un « pacte-finance-climat européen » au prochain conseil municipal. Rendez-vous lundi.

L'AUTEUR
Walid Salem
Walid Salem
Co-fondateur de Rue89 Bordeaux et directeur de la publication

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