Nicolas Florian, nouveau maire de Bordeaux, un « apparratchic » type
Politique  Portrait 

Nicolas Florian, nouveau maire de Bordeaux, un « apparratchic » type

Le successeur d’Alain Juppé a été élu ce jeudi lors d’un conseil municipal extraordinaire. A 49 ans, ce professionnel de la politique est loué pour son sens du dialogue et sa cordialité par ses collègues comme par ses opposants.

« Nicolas Florian a un énorme défaut : c’est un gros fumeur », plaisante (à moitié) Michèle Delaunay. La conseillère municipale socialiste, cancérologue de métier, affirme même avoir fait « de nombreuses tentatives » pour convaincre le futur maire de Bordeaux d’arrêter la clope. Mais à part ça, elle n’a « pas de réserve particulière » à l’endroit du successeur d’Alain Juppé, qui a été élu ce jeudi par le conseil municipal de Bordeaux.

« A ses débuts en tant qu’adjoint aux finances [mais aussi aux ressources humaines et à l’administration générale, après les municipales de 2014, NDLR], nous trouvions ses réponses un peu dilatoires. Il répondait aux critiques par des généralités politiques. Peut-être n’aimait-il pas bosser à fond ses dossiers, mais il a fait de réels progrès. La fonction crée l’organe et celle de maire est susceptible de le révéler davantage. »

Cette réputation de dilettantisme que traîne Nicolas Florian est balayée par un membre (anonyme) de la majorité, cité ce mercredi par Sud Ouest :

« Pas sûr que ce soit vrai. Et puis avec Juppé, on ne fait pas longtemps illusion si on ne bosse pas comme un acharné. »

Villenave nec mergitur

L’argument est imparable tant l’exigence en la matière du désormais ancien maire est elle garantie, au point qu’il avait lancé à ses adjoints « qu’aucun n’avait le profil » pour lui succéder. Finalement, le choix de Nicolas Florian se sera imposé. Dans l’urgence, certes, mais en toute logique.

Depuis 2002, c’est lui qui tient la maison gaulliste, l’UMP (fondée par Juppé) puis Les Républicains, jusqu’en 2018 en Gironde, dans une ligne modérée – juppéiste d’abord, et aujourd’hui proche de Valérie Pécresse.

Sa première élection, il l’obtient en 1995 au conseil municipal de Villenave d’Ornon – où il reste tout de même jusqu’en 2014. Nicolas Florian occupe alors des fonctions stratégiques à la Communauté urbaine de Bordeaux (vice-président aux franchissements sur la Garonne puis à l’économie).

Dans sa ville, avant de lui confier la direction de sa campagne aux municipales de 2014, Alain Juppé l’envoie d’abord au casse-pipe, pour défier sa tombeuse des législatives précédentes, Michèle Delaunay, en 2012. Nicolas Florian ne résistera pas à la vague Hollande, pas plus qu’à la déferlante macroniste en 2017. Il n’a ainsi pour l’heure gagné aucun mandat national.

En revanche, ce professionnel de la politique (étudiant en droit, il renonce au concours d’avocat pour devenir assistant parlementaire du député RPR Jean-Claude Barran, en 1993) a trusté les mandats locaux. De 2001 à 2008 il siégeait au conseil départemental de la Gironde, et il est depuis 2010 élu au conseil régional.

En première ligne

L’élu n’exerce que quelques année dans le privé, en tant que chargé de communication du promoteur immobilier Pichet, de 2008 à 2013 – cela lui vaut d’ailleurs quelques piques de l’opposition lors de la vente sans enchères publiques d’une parcelle de la ville à ce même groupe, en 2016…

Depuis 2014, Nicolas Florian se retrouve il est vrai en première ligne sur les dossiers les plus chauds de la mandature, des procédures contre les PPP (partenariats public-privé) du grand stade et de la cité municipale, aux laccusations de budgets « insincères ».

Grand pourfendeur de la mairie sur tous ces sujets, Matthieu Rouveyre apprécie pourtant l’adversaire :

« Je travaille avec Nicolas Florian au moins une fois par mois, dans le cadre de la commission des finances qu’il préside. Hors du théâtre du conseil municipal, nous avons des échanges d’une grande sincérité. C’est quelqu’un qui a le contact beaucoup plus facile qu’un Alain Juppé. Et après des débuts tâtonnants, il a pris la mesure de ses responsabilité. »

Nicolas Florian cherche son costume (SB/Rue89 Bordeaux)

Bonne pâte

Directeur de cabinet d’Alain Juppé, Ludovic Martinez continuera ses fonctions auprès de Nicolas Florian. Interrogé par France Bleu , il compare ainsi les deux hommes :

« Alain Juppé est un homme d’Etat avec une autorité naturelle. Nicolas en terme de personnalité, c’est tout le contraire. Il est chaleureux. Mais ça veut pas dire, quand on est jovial, qu’on est une bonne pâte dont on peut abuser ! Je trouve qu’il a une autorité, qu’il cultive de manière très habile. »

L’épisode de la désignation sans psychodrame de ses adjoints en serait la preuve. Certains ont vu la patte de François Bayrou dans le choix du Modem Fabien Robert comme premier adjoint (en charge toujours de la culture). D’autres jugent qu’en faisant monter les centristes – Fabien Robert, Alexandra Siarri – dans l’organigramme, Nicolas Florian se prémunit d’une alliance de ceux-ci avec la République en Marche…

Pour Jean-Louis David, un des grognards de l’équipe municipale, Nicolas Florian n’a pas été désigné à l’unanimité des adjoints pour rien :

« Il est très attentif aux autres, beaucoup dans le dialogue et dans la discussion avec chacun. Et puis il aime Bordeaux, il se fond dans la population bordelaise, c’est quelqu’un de simple, d’abordable. »

Maison de la parole

Trop pour les convaincre de l’élire en 2020 et faire oublier Alain Juppé ?

« Je ne remplace pas Alain Juppé, je deviens maire de Bordeaux, explique Nicolas Florian. Son costume sera bien évidemment trop grand pour moi. Je vais le tailler à ma mesure. Démontrer que je suis capable d’occuper la fonction. Et le moment venu prouver que je peux l’occuper après 2020. »

Mais de quelle fibre sera l’habit ? Le Marmandais de naissance a glissé quelques indices ces derniers jours. Au lendemain de sa désignation par l’équipe municipale :

« J’étais le type qui connaissait le fonctionnement de la maison et qu’on venait voir en cas de problème. Il faudra désormais que je sois chef d’équipe et animateur, que je prenne de la hauteur tout en restant accessible. »

Lors de la visite d’Emmanuel Macron à Bordeaux pour le débat avec les élus girondins, le futur maire annonce à la presse sa volonté de créer « une maison de la parole » dans le bastion des Gilets jaunes :

« La relation entre les citoyens et leurs représentants, c’est l’enjeu du XXIe siècle. Je veux créer un espace pour que une ou deux fois par mois, les citoyens puissent s’exprimer et coconstruire avec les élus. »

Intéri-maire

Normal, estime le conseiller municipal écolo Pierre Hurmic, également membre de la commission des finances :

« Sa survie politique passe par cette ouverture, car il ne peut pas faire du Juppé sans Juppé. C’était le maire bâtisseur, à la hussarde, même s’il avait fait des concessions sur le budget participatif ou la Jallère, en acceptant que notre projet alternatif de forêt urbaine soit soumis à la concertation. Aujourd’hui la fonction de maire a changé, les citoyens attendent de leur édile qu’il soit plus un coconstructeur, un facilitateur davantage à l’écoute des habitants. »

Nicolas Florian affirme aujourd’hui qu’il ne veut pas être un « maire intérimaire », alors que le départ de Juppé aiguise les appétits, notamment du côté de la République en Marche. Le nom d’un candidat LREM, le délégué interministériel à la réforme de l’Etat (et bordelais) Thomas Cazenave est régulièrement évoqué. Un technocrate à la conquête de l’ancien monde ?

L'AUTEUR
Simon Barthélémy
Simon Barthélémy
Journaliste, rédacteur en chef de Rue89 Bordeaux

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