Les Capus, un marché qui résiste au confinement « pour garder le lien social »
Société 

Les Capus, un marché qui résiste au confinement « pour garder le lien social »

Pour maintenir l’ouverture du marché des Capucins, la Préfecture de la Gironde a demandé la mise en place d’un dispositif faisant respecter les règles sanitaires. Malgré la baisse de la fréquentation, certains commerçants restent actifs pour garder un lien avec leurs clients de proximité. Ils étaient environ 300 à venir faire leur marché ce mercredi matin.

« Aujourd’hui, tout est gratuit », résonne une voix à l’entrée du marché des Capucins côté cours de la Marne, l’unique accès ouvert au public avec contrôle et filtrage des clients. Depuis ce mardi après-midi, le marché encensé par tous les guides touristiques comme « une étape à faire absolument à Bordeaux » est maintenu ouvert sur décision de la Préfecture de la Gironde mais il ne peut désormais accueillir que 100 personnes à la fois.

Le seul marché ouvert à Bordeaux

Suite à l’interdiction des marchés par le gouvernement, la Ville de Bordeaux n’a souhaité demander une dérogation que pour celui des Capucins auprès de la préfecture. En Gironde, 4 autres communes ont pour l’instant demandé le droit de maintenir leurs marchés – la préfecture ne souhaite pas communiquer les lieux pour ne pas attirer la foule dans ces villes et villages… Les dérogations ne sont accordées que si ces marchés répondent à des besoins d’approvisionnement en produits frais et s’ils garantissent le respect des gestes barrière et de la distanciation sociale.

Fini donc les foules de clients affluant de tout Bordeaux et des badauds venus des quatre coins de la planète pour gambader dans les allées jusqu’à les faire craquer. Dorénavant, le temps du confinement, et pour respecter les consignes sanitaires, un vigile régule les entrées et les commerçants aménagent les allées pour appliquer les gestes barrières et respecter la distanciation sociale.

« Les gens jouent le jeu, explique le vigile à l’entrée. Ce matin il y avait pas mal de monde et ils ont compris qu’il fallait attendre pour ne pas saturer les allées. Comme il fait beau, les gens ont le sourire et ça ne les dérange pas d’attendre au soleil. On verra quand il pleuvra ! »

A vue d’œil, le vigile parle de 300 clients environ ce mercredi matin. « C’est peu, mais il faut que la vie continue. »

Le seul accès au marché des Capucins se trouve du côté du cours de la Marne et les clients sont filtrés (WS/Rue89 Bordeaux)

Un stand fermé sur cinq

Il est midi quand la Boucherie Ribeiro commence à plier bagages. Depuis quelques jours, l’activité n’est plus aussi florissante mais « il fallait ouvrir » :

« Un commerçant sur cinq a préféré fermer son stand. On a choisi de rester ouvert même si les clients ne se bousculent pas. Ceux qui viennent nous voir nous disent merci d’être ouvert, et on leur dit à notre tour merci de venir. Ils sont moins nombreux mais ils prennent de gros paniers. On n’a plus qu’eux. On ne fait plus le demi-gros pour les restaurants qui ont tous fermé. Notre activité a chuté de moitié, mais les beaux jours sont là », conclut le patron avec une touche philosophique.

Charlotte est là aussi, mais c’est son dernier jour. Un brin d’Asie sera fermé à partir d’aujourd’hui pour toute la durée du confinement :

« J’ai eu 5 clients ce matin. C’est peu ! Et comme je ne fais plus les autres marchés, ce n’est pas intéressant pour moi de préparer mes produits pour des petites quantités. Je préfère arrêter complètement. »

Cette jeune commerçante a ouvert son stand aux Capucins il y a deux mois. Elle préfère faire attention à ses économies avec lesquelles elle a voulu lancer son affaire. Ainsi, aujourd’hui, elle est venue ranger et vendre ce qu’elle peut. Ce qui reste est distribué gracieusement à ses voisins commerçants.

On se protège comme on peut (WS/Rue89 Bordeaux)

Commerces de proximité

A La Table de Don Quichotte, Erick a la mine résignée. Sur ce stand de charcuterie tenu d’habitude par lui et ses trois employés, ils ne sont que deux ce matin :

« Je ne peux prendre qu’un employé, mon activité tourne à moitié et j’ai des problèmes de réapprovisionnement. On reste ouvert pour rendre service à nos clients, c’est des habitués et nous sommes pour eux des commerces de proximité, de premières nécessités. On ne voit que ceux du quartier. Fini ceux qui viennent de Caudéran ou je ne sais où. »

Erick insiste sur le respect du protocole de sécurité sanitaire et montre au sol les marquages pour que les clients gardent leur « fameux mètre de distance ». Avec son voisin d’en face, Nicolas du stand Cosi Si Mangia, ils ont alterné le sens des files d’attente « pour que les clients ne se croisent pas » :

« Je veux que mes clients soient rassurés, insiste Nicolas. J’ai une baisse de 80% de mon chiffre et j’ai 28 employés entre ici, mon restaurant et mon stand à la halle Bacalan. J’ai des stocks de produits frais à faire tourner. Je ne peux pas faire autrement que d’ouvrir. »

Et les clients sont ravis. Toujours fidèle, Marlène est venue faire ses courses « comme d’habitude » :

« Je ne veux pas que ma vie s’arrête. Je veux bien respecter les consignes mais aussi retrouver mes repères, retrouver les gens que je connais et qui me sourient, même de loin. Je deviendrais folle sinon. C’est pas une vie de rester enfermé chez soi. On est cinq à la maison, comment on fait ? »

La Cave est repêchée in extremis de la liste des commerces non-indispensables au marché des Capus (WS/Rue89 Bordeaux)

Lien social

Ce lien social, Pierre qui a la Cave des Capucins y tient. Sur la liste des commerces non-indispensables envoyée la veille par la préfecture, il est venu défendre son activité ce matin lors du passage de la commission de sécurité :

« Il y avait la sous-préfète, la maire du quartier Emilie Kuziew et le premier adjoint Fabien Robert. On a échangé et on est arrivé à la conclusion que comme les caves à vin sont ouvertes en ville pourquoi celle-ci fermerait ? »

Pierre insiste tout de même « pour jouer le jeu » des consignes sanitaires. Il relève que « les clients sont attentifs, bienveillants » et « prennent des précautions quand ils payent par exemple ».

« Ils sont ravis de venir. La semaine c’est plus régulier et plus fluide, le week-end, ils sont moins nombreux. »

Malgré l’enthousiasme de tous, les sourires sont timides sur les visages des commerçants : ils avouent ne pas savoir de quoi sera fait demain. Pour l’instant, c’est la gestion du quotidien qui prime, pas la question des aides ou des indemnités. Les consignes de sécurité sont drastiques et ils rivalisent d’imagination pour les respecter : des cagettes en bois pour espacer les files, des casques de soudure faute de masques… « Ils sont géniaux » résume Marlène avant de lâcher dans un soupir : « Pourvu que ça dure. Enfin non, pas le confinement… enfin vous m’avez compris. »

L'AUTEUR
Walid Salem
Walid Salem
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