Face aux inquiétudes des aides à domicile, la Gironde à l’heure du bilan
Société 

Face aux inquiétudes des aides à domicile, la Gironde à l’heure du bilan

Jean-Luc Gleyze a annoncé ce jeudi le lancement de deux missions de réflexions autour des suites de la crise sanitaire. L’une d’entre elles concerne spécifiquement les aides à domicile, dont la mobilisation ne faiblit pas pour obtenir prime et revalorisation.

Après avoir dressé un bilan inquiétant de la situation sanitaire dans le département, Jean-Luc Gleyze, le président socialiste du conseil départemental de la Gironde, a donné le top départ à deux missions de réflexion en vue d’organiser le post-confinement et la reprise de l’épidémie.

La première, confiée à Jacques Raynaud, vise à dresser un bilan de la période de confinement. La seconde mission concerne l’aide à domicile, un secteur « en souffrance », assure le président, mais aussi en colère contre le département.

Les travailleuses du secteur protestent depuis plusieurs semaines pour une reconnaissance de leur travail et le versement de la prime Covid, promise par le gouvernement mais dont le versement a été délégué aux exécutifs départementaux.

Gouvernement ou département

Une façon de faire qui sied peu au président socialiste de la Gironde, selon lequel « le gouvernement a tendance à être généreux avec le portefeuille des autres. » Aussi, Jean-Luc Gleyze persiste et signe : le département ne versera pas cette prime.

« Je ne vois pas comment le département peut faire. Nous ne sommes pas employeurs, nous sommes tarificateurs. »

Comprendre : le département ne paye pas directement les salariés, il verse de l’argent aux structures qui les emploient. Celles-ci se chargent ensuite de la gestion du personnel ou de la location de locaux par exemple. Jean-Luc Gleyze ajoute :

« J’ai adressé un courrier aux employeurs des aides à domicile. Lors du confinement, et malgré une activité partielle pour une partie de l’aide à domicile, nous avons maintenu une tarification pleine. Les structures ont les moyens de verser cette prime. »

En juin, le département avait également annoncé une hausse de 11,3% du tarif horaire de remboursement de l’allocation personnalisée autonomie pour les Services d’Aide à Domicile (SAAD) non habilités à l’aide sociale [voir encadré].

Jean-Luc Gleyze dans les locaux de l’association d’aide à domicile, Synergies@venir, située à La Brède (WS/Rue89 Bordeaux)

Situation « qui relève de l’État » ?

Une argumentation qui ne convainc pas Karima Amara, déléguée syndicale CGT des auxiliaires de vie et aides à domicile :

L’aide à domicile, le mille-feuille de l’aide sociale

Difficile d’y voir clair tant le dossier est complexe. Pour résumer, il y a plusieurs types de structures :

  • Les structures directement gérées par le département : les salariées sont alors fonctionnaires ;
  • Les structures habilitées : ce sont des structures privées à but non lucratif, généralement des associations, qui interviennent plus spécifiquement sur l’aide sociale, selon une grille de tarifs fixés par le département et grâce aux dotations de celui-ci ;
  • Les structures non habilitées, c’est-à-dire les structures lucratives, qui peuvent intervenir sur de l’aide sociale la grille de tarifs fixées par le département mais qui s’occupent aussi de personnes ne dépendant pas de l’aide sociale

Enfin, dans ces structures, on trouve trois catégories de personnel selon la convention collective de l’aide à domicile : les catégories A, B et C. Les personnes relevant de la catégorie C sont celles ayant un diplôme reconnu par l’Etat, celles appartenant à la catégorie B sont les salariées ayant un diplôme qui n’est pas reconnu par l’Etat. Enfin, la catégorie regroupe les personnes n’ayant pas de diplômes dans le domaine. Ces catégories induisent des différences en termes de salaire : une auxiliaire de vie decatégorie C étant mieux rémunérée qu’une aide à domicile de catégorie A.

« Quand on connait la situation des structures, notamment associatives, on sait très bien qu’elles sont en difficulté. En dehors des dotations, on n’a pas d’argent qui rentre. C’est le département qui fixe nos tarifs, puisque nous sommes en très grande majorité des structures habilitées. »

Karima Amara attaque directement Jean-Luc Gleyze :

« Elle est où la solidarité ? Elle est où la politique de gauche ? Cela fait des années qu’on travaille avec eux, qu’on pointe du doigt les difficultés, et qu’est-ce qu’ils en ont fait ? Rien. Le département méprise les auxiliaires de vie. »

La déléguée syndicale avait pourtant adressé, le 19 mai, une lettre au ministre Olivier Véran dans laquelle elle dénonçait les négociations entre l’État et les départements pour la mise en place d’une prime, considérant que ce n’était pas au département de le faire.

« C’est le gouvernement qui a décidé seul le confinement et nous a demandé de continuer de travailler, c’est donc à lui d’assumer » confiait-elle à Rue89 Bordeaux.

Elle demandait ainsi au ministre de fixer le montant de la prime et de la prendre en charge. « Vous aurez ensuite tout le temps nécessaire de vous mettre d’accord avec les départements pour décider qui va payer ».

Les aides à domicile en danger

Célia Monseigne, désormais en charge du dossier, connaît bien la profession. « Administratrice pendant plus de 20 ans d’un service d’aide à domicile », elle affirme connaître « les difficultés que rencontrent les professionnelles : salaires bas, temps partiels nombreux, un territoire très grand à couvrir, un fort isolement, des difficultés d’accès au matériel, des déplacements avec leurs propres véhicules ».

L’élue veut rendre à cette profession reconnaissance et attractivité. Si le département n’a pour le moment avancé ni enveloppe budgétaire ni nouvelle mesure concrètes, il laisse transparaître des pistes de réflexion : une augmentation des rémunérations, le maintien de la formation, la lutte contre l’isolement avec des groupes de parole et des possibilités d’apprentissage.

« C’est un métier qui ne s’apprend pas à l’école. Ce serait une vraie valorisation pour les professionnelles », estime Célia Monseigne.

Ces pistes ne sont pas nécessairement celles privilégiées par les syndicats, à part bien sûr la revalorisation des salaires. Karima Amara demande que « les nouvelles collègues puissent être formées après un an d’exercice ». Et surtout, elle réclame une hausse du taux de personnel de catégorie C que les employeurs peuvent embaucher. Ce taux est fixé par le département pour chaque structure, mais « il n’est pas suffisant », indique la syndicaliste.

« On se retrouve avec des prestations qui nécessitent un diplôme et qui sont effectués par des personnes non qualifiées, donc moins bien payées, parce que la structure ne pouvait plus embaucher de personne diplômée. »

L'AUTEUR
Théo Uhart
Pousse de journaliste venu faire quelques racines à Rue89 Bordeaux pour grandir. Etudiant à Sciences Po Lyon et au CFJ.

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