Les Aides à domicile de Gironde, « oubliées » des primes Covid, sont en colère
Société 

Les Aides à domicile de Gironde, « oubliées » des primes Covid, sont en colère

200 Aides à domicile étaient réunis ce mercredi après-midi devant l’Hôtel du département à Bordeaux pour réclamer le versement de la prime Covid et une revalorisation des salaires.

Il est 14h devant le siège du Conseil départemental de la Gironde ce mercredi où 200 personnes sont rassemblées pour protester. Les aides à domicile (aides-soignantes et auxiliaires de vie notamment) sont en colère et veulent le faire savoir. Car si Edouard Philippe avait promis une prime pour les travailleurs du secteur de l’aide à domicile mi-avril, il a délégué aux départements le versement de la prime et le choix de la verser ou non. Un choix que n’a pas fait la Gironde, mettant en colère les professionnelles du secteur.

« Nous sommes des invisibles »

« Nous sommes des invisibles », s’énerve Roselyne, 60 ans et 39 ans de métier derrière elle. Auxiliaire de vie chez Aidomi, elle confie : « c’est un métier difficile, physiquement et moralement. Il faut beaucoup de patience ». Ni Roselyne ni sa collègue, Marie Hermance, 55 ans et 20 ans de boîte, n’ont arrêté de travailler lors de la crise.

« On n’a pas vraiment calculé. Il y a des personnes qui avaient besoin de nous, alors j’y suis allé », raconte Marie Hermance.

Déléguée CGT chez Aidomi, Karima Amara est en colère. Elle résume les revendications des aides à domicile :

« D’abord, le combat habituel, c’est-à-dire la revalorisation de notre métier et l’amélioration des conditions de travail. Ensuite, le versement de la prime. L’Etat nous dit que oui puis renvoie maintenant la balle aux départements. »

« Miettes »

Cette prime, c’est Edouard Philippe qui l’a promise le 15 avril, dans le projet de loi de finances rectificatives :

« Le gouvernement souhaite également qu’une prime soit versée aux personnels qui remplissent une mission décisive au sein des EPHAD et des services à domicile du secteur médico-social. »

Sauf que depuis, l’État a délégué aux départements, qui sont en charge de l’aide sociale, la décision du montant de cette prime et des conditions de versement. Le département girondin a fait le choix d’une revalorisation salariale pour les personnes du secteur travaillant dans des structures non-habilitées, c’est-à-dire les structures lucratives qui n’embauchent qu’une minorité des salariées du secteur en Gironde, la majorité étant employée par des associations.

« On nous avait promis une récompense pour celles et ceux qui se sont mobilisés, le département nous donne des miettes. Nous, dans nos poches, on recevra strictement rien », ajoute Karima Amara.

Des aides à domicile manifestent devant l’hôtel du département de la Gironde. (TU/Rue89 Bordeaux)

Secteur en manque de moyens

Isabelle est auxiliaire de vie depuis 32 ans. Elle est venue manifester aujourd’hui pour la première fois de sa vie « pour la reconnaissance » et « pour que le département entende ». « Si nous n’avions pas été là, la catastrophe aurait été plus grande », assure-t-elle.

Aujourd’hui, après plus de trente ans de travail dans le secteur, elle ne touche que 1200€/mois. Sandrine, une de ses collègues, se désole du manque de temps :

« On a plus le temps d’avoir de contact avec les gens. On court partout. Il faut qu’on fasse plus avec moins. Pendant la crise, j’ai eu peur. »

Peur car toutes racontent le manque d’équipement, au début de l’épidémie. Certaines fabriquaient leurs propres masques, en attendant que les associations et entreprises reçoivent leurs commandes. Pascale, Olive et Marion, toutes aides-soignantes à domicile, racontent le gel hydroalcoolique compté et l’absence de masques, les protections données au compte-gouttes. Elle dénoncent l’abandon d’un « métier d’utilité publique ».

« On ne peut que survivre avec ce métier. Heureusement qu’on l’aime », souligne Olive, 31 ans, aide-soignante à domicile depuis 10 ans.

Il y avait aussi d’anciennes collègues, venues les soutenir. Cécile, par exemple, est à la retraite depuis deux ans et demi. Elle était TISF ou technicienne de l’intervention sociale et familiale. Elle a travaillé dans le secteur dans les années 80 avant d’y revenir en 2006 et a pu mesurer l’évolution du métier.

« À l’époque, on suivait une famille pendant plusieurs semaines. En 2006, c’était une famille par demi-journée. C’est éreintant moralement, c’est éreintant physiquement. »

Les aides à domicile en colère devant l’hôtel de département (TU/Rue89 Bordeaux)

Vers une journée blanche ?

Une délégation de manifestantes a été reçue par des élus du département cet après-midi. Celles-ci réclamaient le versement de la prime et l’extension de la revalorisation, mais le département n’a pour le moment pas accédé à leurs demandes. Après cette rencontre, Karima Amara précise :

« Le département ne change pas sa position mais on va continuer à se battre. On est prêts à faire une journée blanche, pour leur montrer ce que c’est que la Gironde sans les aides à domicile. »

Plus tard dans la journée, le département a voulu, dans un communiqué de presse, « rappeler un point essentiel » :

« Conscient de l’importance de ce travail auprès des plus fragiles, le Département n’a pas voulu se limiter à une prime de circonstance. Les conditions annoncées par le gouvernement impliquent que cette prime ne serait pas versée à tous, mais en fonction de critères édictés, et pas forcément de 1000 euros. »

Il annonce un nouveau rendez-vous pour la semaine prochaine, « afin de poursuivre le travail engagé pour améliorer la situation professionnelle de ces travailleurs et travailleuses de l’ombre ».

L'AUTEUR
Théo Uhart
Pousse de journaliste venu faire quelques racines à Rue89 Bordeaux pour grandir. Etudiant à Sciences Po Lyon et au CFJ.

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