Zébu Boy, dernière danse avec les monstres à Madagascar
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Zébu Boy, dernière danse avec les monstres à Madagascar

Premier roman de la Bordelaise Aurélie Champagne, Zébu Boy revient sur un épisode méconnu de l’histoire coloniale française, la répression dans le sang de l’insurrection malgache de 1947. Quatrième coup de cœur de notre série d’été « Pages à plages ».

C’est grâce à son bas de laine rempli de dents en or à l’origine mystérieuse Ambila parvient à acheter un stock d’amulettes au meilleur ombiasy (sorcier) de Madagascar. Ainsi commence ce roman épique, dont le héros est envoyé par les habitants de son village se procurer ces précieux porte-bonheur. Ils cherchent ainsi la protection de pouvoirs magiques, alors qu’en cette année 1947, la colère gronde contre le pouvoir colonial, et la révolte est sur le point d’éclater.

Aurélie Champagne (Axelle Roussé/Monsieur Toussaint Louverture)

Les Français réquisitionnent en effet sans vergogne les récoltes de riz, et traitent sans reconnaissance les milliers d’anciens combattants rentrés sur l’île après la Seconde Guerre Mondiale. Parmi eux figure Ambila. Il est surnommé Zébu Boy, du fait de son adresse à la Savika, la tauromachie malgache.

Mais ça, c’était avant qu’il ne soit réquisitionné dans l’armée de la Très Grande France et qu’après la défaite de 1940, il ne passe l’essentiel du conflit dans les geôles allemandes en France. A son retour sur la Grande Île, Ambila a tout perdu  : son père, le troupeau familial qu’il rêve désormais de reconstituer, l’admiration des autres. Prêt à toutes les roueries pour retrouver son prestige passé, Zébu Boy voit alors comme une aubaine le déclenchement de l’insurrection, au cours de laquelle il se retrouve par hasard en première ligne.

Héro malgré lui

On suit d’abord avec amusement les péripéties de ce héros malgré lui, entrainé dans le soulèvement par l’homme qu’il covoiture entre Tananarive et son village, un instituteur cocufié et pris de coliques. On sourit aux comptes d’épiciers tenus par Ambila à mesure que s’accroit son butin. Mais l’épopée prend une dimension tragique avec la sanglante répression par l’armée française – plus de 100000 victimes au final -, avec son lot d’arrestations arbitraires et de détentions dans des conditions effroyables.

Ce premier livre coup de poing, paru en 2019, Aurélie Champagne, ex journaliste à Rue89, l’a entrepris lorsqu’elle a visité le pays dont son propre père est originaire. Dans un style alerte et une langue enrichie de termes malgaches (on regrette parfois même de ne pas pouvoir se référer à un glossaire), la jeune Bordelaise raconte ces évènements vus par Ambila – le récit passant parfois de la troisième à la première personne du singulier.

Espoirs

Concentrée sur quelques semaines, l’action, imprévisible, est entrecoupée de pauses bucoliques et de flashbacks oniriques, entre la jungle malgache et la forêt francilienne de l’évasion d’Ambila, d’où surgissent les fantômes, ceux de sa mère et du compagnon de captivité, Amadou. Alors qu’à peine sortie du joug nazie la France écrase à son tour les espoirs d’un peuple, Zébu Boy cherchera à recouvrer sa liberté dans ses rêves de gloire.

On referme ce livre dense (250 pages) presque frustré que l’auteure n’ait pas déployé son imagination fertile dans une plus grande épopée – ce qui était semble-t-il le projet initial -, donnant davantage à connaitre cette page d’histoire terrible et méconnue, ainsi que la richesse culturelle de Mada.     

On attend donc avec impatience les prochains écrits d’Aurélie Champagne. Elle est, il faut le souligner, la première auteure francophone publiée chez l’excellent éditeur local Monsieur Toussaint Louverture, qui a entre autres fait découvrir au public français quelques chefs d’œuvre de la littérature américaine.   

L'AUTEUR
Simon Barthélémy
Simon Barthélémy
Journaliste, rédacteur en chef de Rue89 Bordeaux

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