Premiers pas et premiers revers des maires Verts à Lyon, Bordeaux et Strasbourg
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Premiers pas et premiers revers des maires Verts à Lyon, Bordeaux et Strasbourg

À Lyon, Bordeaux et Strasbourg, des écologistes élus avec des majorités d'union à gauche ont pris cet été les manettes des mairies et des métropoles. Avec parfois une communication hésitante, voire des faux pas, mais aussi des décisions politiques tentant de coller à des programmes pro-environnement. Les trois médias indépendants Rue89 Lyon, Rue89 Bordeaux et Rue89 Strasbourg vous proposent ici une analyse chorale et en six volets de ces premières semaines.

1 - Premiers couacs dans la communication

Elu maire par ses conseillers municipaux, Pierre Hurmic endosse l'écharpe (Rue89 Bordeaux)

Tous élu.e.s maires pour la première fois, Grégory Doucet, Pierre Hurmic et Jeanne Barseghian découvrent l’exercice du pouvoir. Certains propos ont choqué (le Tour de France "polluant" et "machiste"), et certaines décisions ont semé le trouble, parce qu’elles ont été annoncées sans préavis ni concertation (le sapin de Bordeaux). Ou ont paru contraires aux valeurs défendues par les écologistes, comme la sobriété (augmentation des indemnités de Bruno Bernard, président de Lyon Métropole) et la transparence (disparition des vidéos d’archives du conseil municipal).

Maladresses et népotisme à Lyon

Grégory Doucet à la Ville et Bruno Bernard à la Métropole de Lyon se sont présentés en binôme soudé pendant la campagne électorale. Toutefois, les styles sont en réalité différents voire opposés. Quand Grégory Doucet, comme d’autres maires écologistes juste élus ailleurs en France, baissait ses indemnités, Bruno Bernard, lui, faisait le choix d’augmenter les indemnités des vice-présidents. De 2736,55 euros bruts mensuels, les indemnités passent à à 3810 euros mensuels.

Raison ? Le nouveau président souhaite que ses VP ne se dédient qu’à leur activité politique. L’enveloppe dédiée aux indemnités des élus ne pèsera toutefois pas plus lourd dans le budget global de la Métropole de Lyon car, par le même temps, les conseillers métropolitains voient leurs propres indemnités baisser de 500 euros. Le président de la Métropole quant à lui ne touche pas à ses propres émoluments (de 5000 euros bruts par mois).

Le choix le plus problématique porte le sceau du népotisme, bien loin de la posture éthique qui a aiguillé toutes les annonces. Bruno Bernard a choisi de placer une personne de confiance à la tête de Grand Lyon Habitat, premier bailleur de logement social dans la métropole lyonnaise, en la personne de son oncle. François Thévenieau est à la tête d’Alynea, une association de lutte contre la précarité. Mais c’est à lui qu’il a tout de même confier le prestige du poste à la tête du puissant office HLM. Preuve que le président de la Métropole n’était pas très à l’aise avec le sujet ? Il s’était bien gardé de claironner ce lien de parenté autour de lui, ou encore simplement de prévenir un certain nombre d’élus de sa majorité qui ont découvert le pot aux roses dans la presse locale.

Dans les cafouillages de communication, dus à des réflexes non intégrés, difficile de ne pas relever le tollé qu’ont provoqué les propos du maire de Lyon concernant le Tour de France. A l’occasion du passage de la compétition cycliste dans la ville, Grégory Doucet a regretté l’image machiste que le Tour véhicule dans le sport (pas de pendant féminin et des hôtesses pour remettre les maillots) ; et le fait qu’il ne soit pas “écoresponsable” (un grand nombre de véhicules dans la caravane et des goodies jetés au public).

Ce tollé est allé au-delà des adversaires politiques de Grégory Doucet, globalement jugé méprisant dans sa prise de position. Le nouveau maire s’est pris une vague à laquelle il ne s’attendait pas, enchaînant les plateaux télé-radio pour s’expliquer. Il a choisi en dérapage contrôlé de faire courir des personnalités féminines sur des vélos et, se dédisant pour moitié, il s’est finalement retrouvé sur le podium pour remettre le maillot vert.

À Bordeaux, la com’ est un sujet épineux

Un « arbre mort » devenu actu nationale a mis par terre une communication de rentrée censée montrer la nouvelle équipe à pied d’œuvre. Subrepticement lâchée au détour d’une longue conférence de presse, la fin du sapin de Noël géant sur la place Pey-Berland - renversé l’an dernier par une tempête - n’est pas immédiatement justifiée. Et la mairie doit ramer pendant les jours qui suivent pour circonscrire le feu, sur lequel soufflent avec délice l’opposition, qui lance une pétition.

A l’atteinte présumée à la magie de Noël s’ajoutent les accusations d’entorse aux promesses de concertation élargie, et d’intégrisme du maire à l’encontre d’opposants qu’il aurait tous qualifié de “fachos”. Si Pierre Hurmic a été piégé par un titre reprenant ses propos de façon tronquée et tirée de leur contexte, ce n’est pas la première fois que cela se produit. Suite à un des premiers entretiens donnés après son élection, il avait réagi à un titre sur “l’interdiction de la voiture en ville”, accusant le média concerné d’avoir déformé ses dires.

Un autre couac a fait les joies du Canard Enchaîné : le renoncement à l’accueil de la Maison du dessin de presse. Motivée par le souhait de ne pas accueillir d’infrastructure culturelle au détriment d’une autre commune positionnée sur le sujet, la décision reflète une certaine impréparation de la nouvelle équipe sur les dossiers culturels.

Strasbourg : disparition d’archives et mauvaise expression sécuritaire

Les écologistes se distinguent de leurs homologues bordelais et lyonnais par une communication très prudente, sans grand buzz, qui vise à rassurer leurs interlocuteurs inquiets de potentiels bouleversement. Lorsque Bordeaux a annoncé la fin du sapin de Noël, Jeanne Barseghian a répondu dans la journée qu’elle tenait à voir le Grand sapin rayonner sur le Marché de Noël.

La première vraie polémique en conseil municipal a surgi lorsque l’adjointe à la Sécurité, Nadia Zourgui, a semblé plus ou moins valider le principe de “rondes” sécuritaires par de jeunes hommes en quête d’action. La maire et son adjointe ont plaidé à plusieurs reprises “l’erreur d’interprétation”. Autre couac, la disparition de vidéos d’archives du conseil municipal - il faut les demander par mail - au motif de “sobriété numérique”. Une forme de “cancel culture” du passé surprenante pour une liste qui avait fait de “l’urgence démocratique” et l’accès à l’information pour les citoyens un des trois pilier de son programme.

Mais la polémique la plus dure est venue des cercles européens, lesquels ont fait fuiter aux Dernières Nouvelles d'Alsace le refus de la maire de recevoir le titre de "capitale de la Démocratie" pour Strasbourg. L'opposition municipale mais aussi les alliés socialistes et tous les élus LREM et de droite d'Alsace ont unanimement condamné cette décision, reprochant à Jeanne Barseghian d'avoir raté une opportunité de conforter la vocation de capitale européenne de Strasbourg.

2 - Adversaires et oppositions politiques en embuscade

Grégory Doucet, le maire de Lyon (Rue89 Lyon)

“Islamo-gauchistes”, “Ayatollah verts”, “laïcards extrémistes”, “dogmatiques”... Les attaques peu flatteuses des opposants locaux pleuvent sur les nouveaux maires écologistes, qui se retrouvent aussi sous les projecteurs médiatiques nationaux. Les battus de 2020 tentent de poser les bases de 2026. Mais les alliances qui se sont nouées entre La République en Marche et la droite à Lyon, Strasbourg et Bordeaux tiendront-elles sur les bancs de l’opposition ?

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L'AUTEUR
Dalya Daoud (à Lyon), Jean-François Gérard (à Strasbourg) et Simon Barthélémy (à Bordeaux)

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