Covid-19 : les mesures sanitaires en question dans plusieurs lycées de Gironde
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Covid-19 : les mesures sanitaires en question dans plusieurs lycées de Gironde

Les enseignants de lycées girondins se mobilisent pour un renforcement du protocole sanitaire contre l’épidémie de coronavirus. A François-Mauriac (Bordeaux), ils ont fait jouer leur droit de retrait, et à Sainte-Foy-la-Grande, réclamé la création de demi-groupes afin de limiter les brassages d’élèves.

Contrairement à d’autres villes de France, aucun blocage de lycée ne s’est pour l’heure déroulé en Gironde, même si selon nos informations quelques élèves ont manifesté au lycée François-Mauriac ce mardi.

Dans cet établissement bordelais, plus de 20 professeurs avaient fait valoir leur droit de retrait, motivé par « un danger grave et imminent » indique Mathieu Dumoulin, représentant local du syndicat Snes-FSU :

« Ce danger, c’est l’annonce par l’administration du lycée que malgré les annonces angoissantes sur la situation sanitaire, elle ne prendra pas d’autres mesures que celles déjà en vigueur (NDLR : l’obligation du port du masque pour tous les élèves). Il y a un grand écart entre d’un côté la situation sanitaire qui nous est annoncée et l’angoisse d’une grande partie de la population, et de l’autre la réalité des faits et le protocole ne nous permettant pas de garantir la santé et la sécurité au travail. »

La direction du lycée – que Rue89 Bordeaux n’a pas pu contacter ce mardi – aurait pour l’heure répondu aux enseignants ne pas avoir les moyens humains (pourvus par la Région) d’assurer la désinfection des salles et des poignées de porte, ou d’organiser la circulation des élèves pour éviter les attroupements à l’entrée et à l’intérieur de l’établissement.

Diviser les classes

Surtout, il appartient au rectorat d’autoriser une division des classes en demi-groupes, travaillant une partie de la semaine dans les établissements, et l’autre à distance, comme cela avait été instauré dans les écoles et collèges après le premier confinement.

C’est une revendication phare des syndicats de l’éducation nationale, qui veulent ainsi alléger des classes regroupant jusqu’à 35 élèves, et où il n’est pas possible de respecter les distances physiques. L’académie de Bordeaux a donc été interpellée par les enseignants de plusieurs lycées girondins, notamment Elie-Faure à Lormont et Elisée-Reclus et Paul-Broca, à Sainte-Foy-La-Grande.

Après l’hommage à Samuel Paty, lundi matin, les professeurs de cet établissement ont demandé à pouvoir se réunir une heure dans l’après-midi pour débattre du protocole sanitaire. Ils l’ont fait malgré le refus de la direction, qui a aussitôt déclaré gréviste la majorité des 70 enseignants.

Protocole alternatif

Soutenus par les deux organisations de parents d’élèves (PEEP et FCPE), ceux-ci ont élaboré une proposition de protocole sanitaire envoyé au rectorat (qui, contacté par Rue89 Bordeaux, n’a pas répondu à nos questions).

« Nous préconisons un enseignement en alternance, 2,5 jours au lycée et le reste de la semaine chez soi, explique Eric Barthélémy, délégué syndical SNES au lycée Elisée-Reclus. Ces demi-groupes permettraient de limiter les contacts entre élèves, qui sont brassés en permanence depuis la réforme du lycée, les premières et terminales changeant fréquemment de groupes et de salles en fonction des options choisies. »

Dans une salle de classe (Snes-FSU/DR)

Autre revendication des syndicats : l’allègement des programmes imposés aux élèves pour les premières épreuves du bac fin janvier.

« On est en train de se rendre compte des énormes lacunes accumulées par les élèves depuis le confinement, avec cinq mois passés loin du lycée, et cela nous met dans une position intenable », poursuit Eric Barthélémy.

Grève le 9 novembre ?

« Même si le quartier de la Bastide se gentrifie, nous avons encore des gamins éloignés du fait scolaire, et issus de familles en difficulté sociale avec lesquels il n’est pas facile de raccrocher wagons, abonde Mathieu Dumoulin. Aujourd’hui ces difficultés s’étendent aux 3/4 des effectifs et tout ça fait un cocktail détonnant. Il faut à tous prix éviter un confinement total, qui serait un désastre sociétal. On est attachés à notre métier comme à notre santé et à celle des élèves. »

Outre les enseignants qui ont signifié leur droit de retrait, une quarantaine de professeurs de François-Mauriac ont lancé une procédure d’alerte, démarche également engagée par des personnels du lycée Max-Linder à Libourne. Les établissements peuvent renforcer leur protocole sanitaire jusqu’au 9 novembre. Sans réponses du rectorat à cette date, les personnels de l’éducation nationale affirment qu’ils pourraient se mettre en grève.

L'AUTEUR
Simon Barthélémy
Simon Barthélémy
Journaliste, rédacteur en chef de Rue89 Bordeaux

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