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L’Opéra de Bordeaux occupé, la « culture des luttes » en scène
Culture  Société 

L’Opéra de Bordeaux occupé, la « culture des luttes » en scène

par Damien Renoulet et Walid Salem.
Publié le 15 mars 2021.
Imprimé le 20 septembre 2021 à 16:58
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Le Grand-Théâtre a été préféré au TnBA et à la Meca pour son emplacement central dans la ville. Une quinzaine de personnes dormiront dans le hall pour cette première nuit d’occupation. C’est le 41e lieu culturel occupé en France.

Ils étaient une centaine venus assister à l’assemblée générale de la Coordination des intermittents et précaires (CIP) de la Gironde ce lundi 15 mars à 14h au bar du Rocher de Palmer à Cenon. L’appel invitait à s’ « associer à la lutte qui se déroule actuellement, notamment dans les théâtres occupés ».

Des membres de la CIP, mais aussi des intermittents du spectacle, des étudiants de l’Estba, et des syndicats (FO, CGT…) ont répondu présent. L’occupation du Grand-Théâtre, « lieu central », a été préférée à celle du Théâtre national Bordeaux Aquitaine (TnBA) ou encore de Maison de l’économie créative et de la culture en Aquitaine (Meca). Elle est intervenue dans la foulée. Cette action, comme le rappelle la CIP 33, revendique « des droits pour tous les précaires et intermittent.e s de l’emploi », et insiste « sur le retrait du projet de réforme mortifère de l’assurance chômage ».

En ce premier jour d’occupation, les revendications n’étaient pas au programme, mais seront définies lors des prochains jours (D.R./Rue89Bordeaux)

« Notre ministre de la culture nous invite au silence. Cela ne va pas être possible »

Vers les 16 heures, les premières banderoles sont dressées devant l’entrée principale de ce haut lieu bordelais. Plusieurs dizaines de comédiens, techniciens, artistes se sont emparés de l’endroit. Nuit et jour, pour un temps indéfini, et dans le respect des règles sanitaires. Le mot d’ordre : « Lutte de la culture = culture des luttes. »

Sur le parvis, on croise Corinne et Sarah, un matelas sous le bras, qui galèrent à pénétrer dans le lieu. La première est « ex-artiste précaire ». La seconde, « galeriste » à Bordeaux, veut « réinstaurer une culture de luttes. » Il y a aussi Emmanuelle, 43 ans, comédienne.

« Notre ministre de la culture nous invite au silence. Cela ne va pas être possible. C’est également un moyen de dire aux gens : ne nous oubliez pas. »

Visiblement, les 20 millions d’euros promis par Roselyne Bachelot n’ont pas fait bouger les lignes.

Dans le hall du Grand Théâtre, pas mal de monde, de tout âge. Sur le sol trônent les premiers sacs de randonnées. Ça frémit un peu, ça discute beaucoup, ça s’énerve un poil sur la question de la jauge à 30 personnes. 

« Il s’agit d’une occupation. Vous ne pouvez pas dire aux gens de ne pas rentrer dans le hall. T’es payé combien pour faire le flic ? », s’emporte un intermittent. « Ce sont les directives gouvernementales (une personne pour 8 m²). Ce n’est pas moi qui fixe les règles », répond celui qui gère la salle.

« On n’a pas barricadé les lieux »

De son côté, la municipalité bordelaise n’a pas opposé de résistance à cette occupation, attendue. « On n’a pas barricadé les lieux. On va leur demander de prendre soin du bâtiment », souligne Harmonie Lecerf, adjointe au maire et vice-présidente de l’ONB. Dimitri Boutleux, président et adjoint chargé de la création et des expressions culturelles, témoigne de sa « totale solidarité ».

« Cela montre que la culture n’est pas morte. Le silence n’avait que trop duré. Les gens font le constat que la majorité de la vie commerciale a repris alors que la culture est mise de côté. On pourrait très bien organiser le retour d’une partie de la vie culturelle et faire du sur-mesure au niveau local. »

Ce lundi, 18h30. Première réunion des occupants qui sont autorisés à dormir dans le hall d’entrée de l’opéra (D.R./Rue89Bordeaux)

Sur place, du matériel a été mis à disposition des occupants : une table, des chaises, des prises… En revanche, seul le hall d’entrée, dont le sol particulièrement fragile a été protégé d’un tapis rouge par les équipes techniques, sera occupé. Olivier Lombardie, administrateur général de l’ONB :

« Il faut pouvoir continuer à travailler notamment avec L’Escale du livre (festival qui se tiendra du 24 au 28 mars prochain en distanciel, NDLR), le chœur répète également en ce moment. »

Dimitri Boutleux précise que les occupants « gèreront leur propre sécurité la nuit. Ils auront uniquement accès à l’extérieur au niveau du péristyle pour prendre l’air, fumer des cigarettes. On leur fait confiance ».

Pour cette première nuit, une quinzaine de personnes dormiront sur place : des intermittents, un brocanteur, des étudiants… Casquette vissée sur le crâne, Stéphane, de la CIP 33, imagine déjà l’occupation d’autres lieux à Bordeaux.

L'AUTEUR
Damien Renoulet et Walid Salem

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