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Effondrements d’immeubles à Bordeaux : un chantier en quête de preuves rue de la Rousselle
Société 

Effondrements d’immeubles à Bordeaux : un chantier en quête de preuves rue de la Rousselle

par Victoria Berthet.
Publié le 23 novembre 2021.
Imprimé le 08 décembre 2021 à 15:10
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Lundi 22 novembre, la mairie de Bordeaux a tenu un point presse sur l’avancement des travaux de sécurisation rue de la Rousselle, quatre mois après l’effondrement de deux immeubles. À l’instar de la première phase de travaux, débutée cet été, la Ville se substitue aux propriétaires pour le financement de ce chantier, qui doit aussi permettre de trouver les preuves des causes de la catastrophe. Les sinistrés, constitués en association, comptent porter plainte contre X pour faire reconnaître leurs préjudices et obtenir des indemnisations.

Quatre mois après l’effondrement des 19 et 21 rue de la Rousselle, la mairie de Bordeaux a présenté lors d’un point presse l’organisation de la deuxième phase des travaux de sécurisation qui consiste, notamment, à déblayer les gravats dans la rue. Le chantier devrait durer 3 à 4 semaines.

Il s’agit de purger les éléments en suspension qui risque de tomber, d’agrafer les façades des numéros 17 et 23, et l’étrésillonnement – pose d’étais – pour renforcer les parois des immeubles pairs. Afin de conserver les preuves, nécessaires aux expertises des procédures judiciaires, des caméras ont été installées.

Point presse, rue de la Rousselle (VB/Rue89 Bordeaux)

Plainte contre X

Pierre Hurmic, en présence de Stéphane Pfeiffer, adjoint chargé du service public du logement et de l’habitat, et de Nadia Saadi, conseillère municipale déléguée pour le quartier Bordeaux centre, a donné les raisons du retard de la deuxième phase des travaux, qui a démarré début novembre :

« Le temps des procédures est malheureusement plus long que le temps opérationnel de sécurisation du site. J’ai donc pris la décision de relancer les travaux, tout en aidant à la préservation de la preuve. C’est pour assurer cette préservation de la preuve que les travaux ont dû être décalés dans le temps. »

Au niveau de la justice, deux procédures ont été lancées. Une information judiciaire a été ouverte par le parquet pour « blessures involontaires » et « mise en danger de la vie d’autrui ». Parallèlement à cette procédure pénale, une procédure civile a été initiée par deux copropriétés, des numéros 15 et 25.

200 000 euros de travaux

Seulement ces copropriétés ne peuvent réunir les fonds pour financer le chantier. C’est donc la mairie qui se substitue pour le financement, comme l’a expliqué Pierre Hurmic :

« Finalement, nous avons décidé de procéder à des commandes directes pour mettre en œuvre ce que l’expert aurait fait, c’est-à-dire pour trier les gravats, filmer le retrait et conserver les gravats qui doivent être analysés par l’expert. »

Cette deuxième phase de travaux de sécurisation est estimée à 200 000 euros, « qui viennent s’ajouter aux 540 000 euros pris en charge lors de la première phase », a précisé le maire de Bordeaux. Parallèlement aux procédures judiciaires, la Ville est en train de travailler avec des « partenaires » pour établir des études complémentaires sur les causes de l’effondrement. « On espère avoir des informations précises et détaillées mi 2022 », a indiqué Stéphane Pfeiffer.

Concernant la situation des 130 personnes évacuées, la mairie a précisé que la majorité étaient relogées par leurs propres moyens, chez des amis ou des proches. Trois personnes sont toujours logées en hôtel et sept autres sont hébergées via le CCAS.

La deuxième phase du chantier devrait durer trois à quatre semaines (VB/Rue89 Bordeaux)

« Nos vies sont impactées sur le long terme »

Propriétaire d’un appartement au numéro 32, en face des immeubles effondrés, Thomas Drouffe préside l’Association des Victimes et Sinistrés de la Rousselle. Depuis quatre mois, il décrit une situation difficile :

« La mairie prend le temps de la procédure et de la réflexion, mais nous sommes dans l’urgence et l’action. Les assureurs arguent que l’éboulement ne figure pas dans leurs clauses. Un assureur a joué le jeu avec trois sinistrés, mais pour tous les autres, c’est à nos frais. Je paye 1 700 euros par mois pour loger mes enfants, il me reste 200 euros à la fin du mois. Je voulais revendre mon appartement, mais là, je suis coincé pour 10 ans. »

Les membres de l’association envisagent des poursuites en justice, notamment pour être indemnisés :

« On va faire en sorte que chaque victime porte plainte conte X. La justice voit deux immeubles écroulés, elle ne voit pas qu’il y a 130 personnes qui sont délogées. Ça permet aussi d’avoir un état des lieux des pertes et préjudices, matériels et immatériels, de chacune. Nos vies sont impactées sur le long terme. Qui plus est, nous n’avons toujours pas la liste du nombre de victimes. »

Le 4 décembre prochain, l’association de sinistrés compte organiser une réunion d’information avec la Fédération nationale des victimes d’attentats et d’accidents collectifs (FENVAC), qui a notamment accompagné les victimes de l’explosion de la rue de Trévise, à Paris.

L'AUTEUR
Victoria Berthet
Journaliste, diplômée de l'IJBA. Du terrain, des faits et de la nuance.

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