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Au conseil municipal de Bordeaux, la feuille de route culture se fait allumer
Culture 

Au conseil municipal de Bordeaux, la feuille de route culture se fait allumer

par Walid Salem.
Publié le 9 février 2022.
Imprimé le 09 août 2022 à 03:19
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Dimitri Boutleux a présenté la feuille de route de sa politique culturelle au conseil municipal de Bordeaux ce mardi, soutenu par une majorité en ordre de bataille. En face, l’opposition n’a pas manqué de tirer à boulet rouge sur « une déclaration d’intention » sans « vision stratégique ».

Le conseil municipal a démarré depuis déjà quatre heures ce mardi 8 février, quand vient l’heure de la présentation de la feuille de route de la politique culturelle. De l’autre côté de l’hémicycle, alors que les élus reprennent place après la pause, Pierre Hurmic encourage son adjoint en charge de la création et des expressions culturelles : « Allez Dimitri, allez ! » Puis c’est le silence en attendant l’exposé, un peu comme le calme avant la tempête.

En quelques diapos, Dimitri Boutleux déroule « l’aboutissement d’une démarche partagée par les acteurs culturels ». Une dizaine de minutes pour évoquer les grands principes basés sur les droits culturels, l’éducation artistique et culturelle, et la coopération, avec 84 actions concrètes dont « 27 directement issues du forum ».

La conclusion s’inspire d’une tribune qui a marqué les esprits durant la campagne municipale, « la ville ne doit plus être une vitrine mais un vivier ». Une dernière couche avant de donner la parole à l’opposition : « Il s’agit de faire et non pas de faire semblant. »

La feuille en quelques lignes

Pas de présentation dans les détails de la feuille de route de la politique culturelle au conseil municipal. Celle-ci prévoit, à travers trois ambitions, de « garantir à toutes et à tous le droit de participer à la vie culturelle », amorcer une transformation urbaine en investissant tous les quartiers et l’espace public de la ville, et ouvrir la politique culturelle à d’autres communes « intéressées » de la métropole.

Après une réorganisation de la Direction générale des affaires culturelles et la création d’un bureau de soutien et d’accompagnement des artistes, opérateurs culturels et collectivités, les services prévoient la transformation des guichets de subventions ainsi que leurs principes d’attribution (notamment avec des conventions d’objectif sur trois ans qui regroupent toutes les autres conventions), la transformation des espaces culturels municipaux, la refonte d’une politique événementielle qui s’appuiera sur les ressources artistiques du territoire et qui a l’ambition d’irriguer les quartiers, la mise en place du bureau d’accompagnement, et la préfiguration du mode de fonctionnement des LAC (Lieux d’Art et de Culture).

Verront le jour également, le « permis » d’intervention dans l’espace public, un « laboratoire des droits culturels », « initiative pionnière en France », qui aura ses permanences à la Halle des Douves, et la création d’un portail numérique de l’offre artistique et culturel parallèlement à la poursuite de l’expérimentation du Kiosque culture mobile.

« Tout ça pour ça ? »

Fabien Robert est le premier à prendre la parole. L’ancien élu à la culture d’Alain Juppé, puis de Nicolas Florian, étrille un document « qui donne un sentiment amer ». Il ressort pour l’occasion le programme du candidat Pierre Hurmic en pointant ses promesses et en dénonçant les abandons (la métropolisation de la culture et de l’Opéra, la gratuité des musées…).

Il reproche à la majorité de « repeindre en vert ce qui a déjà été fait ou décidé avant : 76% des décisions datent d’avant 2020 » affirme-t-il, en allusion à la rénovation de la flèche Saint-Michel ou à celle de l’école des Beaux-Arts. « Vous parliez d’un changement d’ampleur, on a envie de dire tout ça pour ça ? »

L’élu Modem s’étonne de « l’abandon d’ambitions : pas une seule fois les collectivités sont évoquées, pourtant à la métropole, au département comme à la région se sont vos amis. Pas un mot sur le privé : Musée Mer Marine, Institut culturel Bernard Magrez, Cité du vin… On ne peut pas les subventionner, mais on peut les associer », poursuit-il. Fabien Robert s’en prend enfin à l’absence d' »impulsion politique » :

« La parole citoyenne doit certes être entendue, mais on ne peut pas la mettre au niveau de la parole de ceux qui ont fait de l’art leur métier. Permettez-moi de vous rappeler que oui artiste est un métier… Si Jacques Chaban-Delmas avait fait un forum, y aurait-il eu Sigma ? Si Alain Juppé avait fait un forum, aurait-il fait installer le Lion bleu ? Si j’avais fait un forum, y aurait-il eu les Bassins de lumières ? »

Question de méthode

De son côté, Guillaume Chaban-Delmas regrette qu’on ne prenne pas « en compte les apports internationaux » et le manque d’ « attractivité, un gros mot » : « à trop regarder le local, on appauvrit la ville » souligne-t-il. Marik Fetouh se pose « la question de la mémoire » et se demande « où est le mémorial public pour la traite négrière » promis par le maire en 2021.

Evelyne Cervantes-Descubes de Bordeaux en Luttes déplore « le gros manquement d’une réelle démocratie directe au service de la culture » et propose « des subventions et des orientations culturelles dans des conseils décisionnaires composés d’acteurs culturels, d’habitants et institutions ».

Le marcheur Thomas Cazenave ironise sur « une déclaration d’intention » tel que mentionné dans la feuille et propose « un projet collectif, un projet commun » à travers la candidature de Bordeaux pour être la Capital européenne de la culture en 2028, « une belle opportunité pour les artistes ».

Le socialiste Baptiste Maurin, conseiller municipal délégué auprès de Dimitri Boutleux, monte au filet et assure ​qu’ « il y a des choses qui vont bouger ». « On n’a pas peur de faire une erreur. Si jamais on considère qu’il y a des choses à rectifier, on le fera. » Autre conseillère municipale déléguée, Marie-Claude Noël, affirme que « c’est la question de la méthode qui est importante ». « La politique ce sont les artistes qui la font, et nous voulons donner aux artistes les moyens d’exercer leur politiques dans les meilleurs conditions. »

Le mot de la fin revient à Pierre Hurmic : « Il y a des années qu’il n’y a pas eu une telle volonté de doter Bordeaux d’une feuille culturelle » prenant pour preuve les 3000 participants au Forum.

L'AUTEUR
Walid Salem
Walid Salem
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