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Bordeaux Métropole, position tombeau ouvert sur les LGV vers Toulouse et Dax

Le conseil de Bordeaux Métropole a adopté ce vendredi un avenant au plan de financement de GPSO, entérinant un engagement de 354 millions d’euros au bas mot. Les objections de l’Autorité environnementale sur les études d’impact, de parlementaires girondins sur les AFSB et des opposants sur l’inflation des charges pour les collectivités, n’y ont rien changé.

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Bordeaux Métropole, position tombeau ouvert sur les LGV vers Toulouse et Dax
Bifurcation de la Couronne sur la LGV Tours-Bordeaux

La métropole bordelaise et ses contribuables vont donc bien verser à GPSO, le grand projet ferroviaire du sud ouest, 354 millions d’euros fléchés vers la réalisation des aménagements au sud de Bordeaux. Cela va représenter 4,425 millions en 2023, puis 8,85 millions par an jusqu’en 2027.

Pour la suite, c’est plus flou. D’abord parce que l’assemblée issue des élections de 2026 sera amenée à se prononcer sur l’échéancier.

Ensuite parce que ces 354 millions sont « entendus comme après déduction de la fiscalité », c’est à dire des recettes des nouveaux impôts LGV (taxes spéciales d’équipement assises sur la taxe foncière des particuliers et la contribution foncière des entreprises, taxe additionnelle de séjour). Selon les sommes engrangées, le plan de financement stipule bien que le montant dû par Bordeaux Métropole peut aller jusqu’à 505 millions d’euros.

Un projet à 22 milliards ?

Mais cela pourrait être bien plus, a prévenu Denis Teisseire, de l’association Transcub, lors d’une conférence de presse l’avant veille du conseil :

« L’Etat et les collectivités locales s’engagent auprès de SNCF Réseau à réaliser et à financer à 100% de GPSO. Si la contribution européenne n’est pas de 20% des 14 milliards d’euros, mais de 10% comme conseille de retenir le conseil d’orientation des infrastructures, les collectivités auront ainsi 500 millions de plus à leur charge. »

Les dépassements de coûts seront aussi à la charge des contribuables, notamment les hausses liées à l’inflation. Et puisque le plan de financement a retenu en 2020 une inflation de 2% par an, alors qu’elle est supérieure à 7% depuis trois ans, l’addition risque d’être salée, prévient toujours Transcub : 8 milliards d’euros supplémentaires, soit un coût global de 22 milliards, en cas d’hypothèse d’une inflation à 5%.

La droite à fond de train

Mais de tout cela, il n’a pas été question ce vendredi. Le conseil de métropole a davantage été agité par le courrier des parlementaires adressé à tous les élus. Ainsi que le révélait Rue89 Bordeaux, 5 sénateurs et 3 députés de Gironde remettent en cause l’utilité des AFSB et demandent un moratoire sur ce projet.

« J’avais cru comprendre que ce sujet faisait plutôt consensus car il n’est pas uniquement lié au projet de ligne à grande vitesse mais vise à assurer le bon fonctionnement des RER métropolitains », a déclaré Christophe Duprat, conseiller métropolitain délégué à GPSO.

Selon lui, la troisième voie au sud de Bordeaux s’impose, « car il faut des sillons pour les trains, transport de demain ». Passer de 1h15 à 47mn de trajet entre Agen et Bordeaux permettra selon lui à beaucoup de monde d’abandonner la voiture. Son groupe Métropole Commune(s), représentant les élus de droite, a donc apporté son soutien à la délibération, à sa quasi unanimité.

Vitesse et précipitation

Seuls les Pessacais, derrière leur maire Franck Raynal, et la sénatrice bordelaise Nathalie Delattre, cosignataire du courrier aux conseillers métropolitains, ont voté contre, joignant leurs voix au groupe écologiste du maire de Bordeaux.

« Nous avons des divergences qui traversent la plupart des familles politiques représentées, preuve que c’est un débat de fond, a estimé Pierre Hurmic, premier vice-président de la métropole. Faut-il continuer à courir après la vitesse, gagner 30 minutes entre Bordeaux et Toulouse  quoi qu’il en coute pour les finances publiques et pour l’environnement, avec 4830ha d’espaces agricoles, naturels et forestiers et 8 sites Natura 2000 qui seront fragmentés par le ferroviaire ? »

Pour le premier vice-président de la métropole, la donne a changé depuis le vote du plan de financement en 2021 :

« Nous avons l’avis de l’Autorité environnementale qui considère que l’étude d’impact du projet est obsolète (…) et ne permet pas d’informer le public, donc les élus, sur de nombreuses questions de fond – l’artificialisation, le climat, la biodiversité. Nous avons l’avis défavorable du Conseil de protection de la nature. Nous avons l’avis de 5 sénateurs sur 6 et trois députés, nos législateurs, qui nous disent de ne pas voter ce projet en l’état car ils pensent que les voies existantes suffisent. Ce n’est pas possible de ne tenir compte d’aucun de ces avertissements. »

France boutique

Accusée par Claude Mellier, du groupe communiste, pro-LGV, d’avoir une « vision étroite et boutiquière » Nathalie Delattre a défendu le travail du groupe des parlementaires, qui est parvenu à cette position commune à l’issue de plusieurs auditions de SNCF Réseau.

« Nous demandons un moratoire pour qu’une étude indépendante puisse se faire. La SNCF est juge et partie et nous donne des éléments pas tout à fait sincères. »

Président de la métropole, Alain Anziani a balayé l’argument de l’inutilité des AFSB, rappelant qu’ils ont fait l’objet d’une déclaration d’utilité publique (DUP), que « GPSO est en marche et que les travaux préliminaires ont commencé ». Derrière le maire de Mérignac, le groupe socialiste a voté la délibération, adoptée par 61 voix pour, 39 contre et une abstention.

Cela illustre la position des pro-LGV qui misent sur la politique du fait accompli, redoutant un énième changement de pied de l’Etat sur ce dossier, ou que la justice administrative ne casse le plan de financement ou la prolongation de la DUP. Les ultimes recours devraient être examinés en 2024.


#GPSO

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