Brèves 

L’enquête publique valide le BHNS Bordeaux-Saint-Aubin, sous réserves

La commission d’enquête publique sur le bus à haut niveau de service (BHNS) entre Bordeaux et Saint-Aubin du Médoc a validé le projet, à condition cependant de poursuivre la concertation et certaines études. Avant la déclaration d’utilité publique du Préfet, l’association Trans’Cub demande des améliorations pour cette ligne et dénonce des « blocages politiques ».

Fin 2019, un autobus haut de gamme mettra la gare de Bordeaux à une heure de Saint-Aubin, et pourra desservir 100000 personnes du cadran nord-ouest de l’agglomération. La commission d’enquête publique a remis il y a un mois son rapport au préfet, validant le tracé choisi. Ce vendredi, Bordeaux Métropole votera une déclaration d’intérêt général, préalable à la déclaration d’utilité publique du préfet, et au démarrage des travaux.

« Mais c’est une enquête publique pour rien », fustige Jacques Dubos, président de l’association Trans’Cub, qui dit n’avoir pas pu obtenir pendant la procédure de rendez-vous avec Bordeaux Métropole, maître d’ouvrage du BHNS, pour soumettre ses propositions. Elle évoque des « blocages politiques » contre l’amélioration du projet.

« Nous soutenons ce projet depuis le début et nous voulons que ce soit un succès, précise d’emblée Jacques Dubos lors d’un point presse ce mercredi. Le trambus est cinq fois moins cher que le tramway. Mais si on veut qu’il apparaisse comme une vraie alternative à ce dernier, il faut que sa vitesse commerciale soit performante. Or la commission n’a retenu aucune des propositions apportées pour cela pendant l’enquête. »

Le tracé du bus à haut niveau de service Bordeaux – Saint-Aubin (DR)

Saint-Médard ou jamais

Le président de Trans’Cub regrette notamment l’absence de voie de bus en site propre à Saint-Médard-en-Jalles, que doit traverser le BHNS :

« Cet axe entre le centre-ville et Gajac est toujours saturé aux heures de pointe, le bus va donc y être englué. »

Maire de Saint-Aubin et vice-président de Bordeaux Métropole en charge des transports, Christophe Duprat considère qu’il faut « faire du site propre chaque fois que c’est possible et pertinent » :

« Ce n’est pas toujours le cas en zone périurbaine, cela n’aurait aucun sens à Saint-Aubin. Faire des acquisitions foncières pour les réaliser ne fait parfois que retarder et renchérir un projet équilibré. L’idée n’a pas été retenue lorsqu’il s’agit de dépenser de l’argent pour faire gagner 30 secondes sur le trajet. »

D’ailleurs, seulement la moitié du tracé de la ligne sera en site propre. Cela ne choque pas forcément Trans’Cub, qui se réjouit du principe de « stations apaisées » sur le parcours : les voitures ne pourront pas doubler le bus lors de ses arrêts, ce qui limitera la circulation devant lui.

En revanche, et toujours du côté de Saint-Médard, l’association déplore que le projet ne passe pas par le quartier d’Issac, ce qui aurait permis selon elle de desservir davantage d’habitants que la commune de Saint-Aubin-du-Médoc. « Seulement voila, Saint-Aubin a un maire, et Issac n’en a pas », raille Jacques Dubos, qui défend deux branches vers le nord.

Avis sous réserve

Le maire de Saint-Aubin, Christophe Duprat rétorque que les travaux vont se poursuivre sur ce dernier point :

« La commission d’enquête publique a rendu un avis favorable avec deux réserves : d’abord il nous faut poursuivre la discussion et la concertation, ce qui nous semble logique,  et deuxièmement nous devons lancer des études plus approfondies pour desservir les quartiers ouest de Saint-Médard, Issac et Cérillan. Cela pourrait être l’objet d’une deuxième phase du BHNS. »

Christophe Duprat défend au passage son collègue Jacques Mangon, l’édile de Saint-Médard, accusé de ne pas avoir prévu d’aménagements pour le BHNS sur sa commune. Il est suspecté par certain de vouloir torpiller le trambus, qui, s’il est plébiscité par ses concitoyens, pourrait délégitimer le projet de prolongement de la ligne D qu’il défend.

« Faux, répond Christophe Duprat. Jacques Mangon a voté toutes les délibérations sur le BHNS. Et cela ne sert à rien de vouloir opposer en permanence le BHNS et le tram, il y a de la place pour les 2, ils n’ont pas la même vocation ni la même temporalité, et le TRI (taux de rentabilité interne) de l’un améliore le TRI de l’autre. On ne va pas reprocher au cadran nord-ouest de l’agglomération, longtemps maltraité, soit bientôt très bien desservi. »

Mais Trans’Cub estime aussi nécessaires certains aménagements du tracé du BHNS dans Bordeaux intramuros, notamment sur deux « points noirs du tracé ». Trans’Cub suggérait de faire traverser la place de la Victoire par le bus, et donc de réduire l’emprise de l’espace public dédié aux piétons, ce qui a reçu une fin de non recevoir du commissaire enquêteur.

Station to station

Du côté  de Mériadeck, deux options sont sur la table, Trans’Cub préconise un passage par la rue Saint-Sernin plutôt que par la rue du Château d’eau, très encombrée. Christophe Duprat répond que celle-ci, située entre la Poste et la Cité municipale, sera bientôt réservée aux transports collectifs, et que la rue Saint-Sernin « n’est pas calibrée pour faire passer des bus ».

Enfin, l’association de défense des consommateurs s’inquiète de la suppression de 72 places de stationnement résidentiel à Saint-Seurin, « sans compensation ».

« On suggère donc de doubler le nombre de place d’un parking de surface près de la barrière Saint-Médard, qui en compte 30 actuellement, avance Denis Teisseire, de Trans’Cub. C’est une inégalité de traitement avec la ligne D du tramway, sur le tracé duquel 300 places de stationnement en parking vont être construites. »

Christophe Duprat dit « s’étonner de l’intérêt soudain de  Trans’Cub pour le stationnement individuel » :

« Je les ai connu promoteur d’une place moins importante pour la voiture en ville. Et je ne les ai pas entendu s’émouvoir de la suppression de places à Saint-Aubin. Cela dit, on fera des propositions. »

D’un coût de 100 millions d’euros pour 21 kilomètres, le BHNS-trambus Bordeaux – Saint-Aubin pourrait en annoncer d’autres sur l’agglomération.

« C’est un impératif dans le contexte actuel de réduction des dépenses publiques, qui a vu Alain Juppé puis Alain Cazabonne évoquer l’abandon des projets de nouveaux tramways, et la nouvelle ministre des transports vouloir remettre à plat les grandes infrastructures de transport, souligne Denis Teisseire. La multiplication des pannes sur les lignes B et C ont aussi montré que lorsqu’un tram est en panne, cela peut paralyser tout le réseau. Ce n’est pas le cas du bus. »

L'AUTEUR
Simon Barthélémy
Simon Barthélémy
Journaliste, rédacteur en chef de Rue89 Bordeaux
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