Le 1er aout prochain, le tickarte un voyage et la journée de vélo V3 coûteront 1,60 euro au lieu de 1,50 actuellement. Soit une hausse importante de 6,7%. Pour parvenir à une augmentation moyenne des tarifs de TBM de 3,11%, Bordeaux Métropole a réfréné l’inflation par ailleurs : le prix du tickarte 2 voyages ne bouge pas (3 euros), celui du tickarte 10 voyages ne grimpe que de 1,6%, à 12,90 euros, le Pass jeune mensuel de 2,1%, à 19,20 euros.
« La fréquentation du réseau de trams et de bus explose, nos lignes sont prolongées, et c’est pour ça que nos dépenses augmentent (209 millions d’euros de subvention pour TBM, contre 153 millions en 2010), rappelle le président de la métropole, Alain Juppé. Si ce n’est pas l’usager qui paye, c’est le contribuable, il n’y a pas de mystère ».
Bordeaux Métropole espère de cette hausse des tarifs un gain de recettes de 2 millions d’euros. Mais l’augmentation annuelle, prévue dans le contrat de délégation de service public avec Keolis, fait tousser dans les rangs des conseillers métropolitains. Le frontiste Jacques Colombier s’étonne de la hausse de 5,5% des abonnements Cité Pass groupé, qui concernent près d’un usager sur 5.
« Mais ces titres sont réservés aux salariés des entreprises et 50% de leur coût sont remboursés par ces entreprises à leurs utilisateurs ; l’augmentation se traduit en fait pour l’usager par une hausse de 85 centimes par mois », rétorque Christophe Duprat, vice-président en charge des transports.
« Injuste et inefficace »
Plusieurs élus de gauche s’élèvent contre le principe même d’une hausse des tarifs. « Elle est plus forte que l’augmentation du pouvoir d’achat des salariés », estime le socialiste Vincent Feltesse. Elle est « injuste et inefficace », selon le communiste Max Guichard :
« Nous restons convaincus que pour répondre aux défis sociaux et environnementaux, il faut rendre les tarifs très attractifs. Nous aurions aimé que la tarification solidaire aille plus loin, elle ne peut pas se traduire par la remise en cause de la gratuité mais devrait au contraire permettre d’étendre son champ. Le report de 6 mois de sa mise en place doit correspondre au maintien de la gratuité pour les chômeurs. »
« Rendez-vous est pris avec les organisations de chômeurs début juillet pour que ceux-ci ne soient pas lésés », lui répond Christophe Duprat. Car la délibération votée ce vendredi entérine en effet le report au 1er janvier 2018 de la mise en œuvre de cette tarification solidaire. Motif : les retards dans la mise en place de la nouvelle billettique sans contact, initialement programmée en février 2017, et qui ne sera finalement pas opérationnelle avant l’automne prochain (lire ci-contre).
Juppé tacle Thales
Le retard de presque un an dans l’installation de la nouvelle billettique sans contact, un marché à 14 millions d’euros, tout de même, fait jaser en conseil :
« La confusion s’installe avec les anciens valideurs, qui ne sont pas entretenus et sont quasiment hors service, déplore Sylvie Cassou-Schotte, élue écologiste de Mérignac. Nos efforts de lutte contre la fraude, avec l’augmentation des amendes, sont réduits à néant. Il est fort à parier que notre taux de fraude, au plus haut depuis 2011 va encore augmenter. Nous avons fait un erreur dans l’attribution de ce marché de la billettique. Thales a manqué de préparation et nous a utilisé comme cobaye alors que l’entreprise semble aujourd’hui complètement négliger cette filière. »
Alain Juppé déclare alors « partager totalement ce point de vue », et tacle à son tour Thales :
« C’est un comportement inacceptable de la part d’une entreprise qui a pignon sur rue, quelques compétences, mais est incapable de tenir ses engagements. Je souhaite qu’on se prépare à engager une procédure contentieuse. Je ne sais pas si il est encore temps de dénoncer ce marché, mais cela a foiré. Cela donne une image déplorable de notre réseau et de Bordeaux. »
Pas question d’aller vers davantage de gratuité, rappelle le président de la métropole :
« Ce n’est pas de gaieté de cœur que nous augmentons les tarifs, mais il n’y a pas d’autre solution si on veut développer le réseau, mettre en œuvre le SDODM (schéma directeur des déplacements de la métropole), et financer la maintenance du matériel existant, qui a presque 15 ans d’âge. »
Bombe
Mais est-ce bien raisonnable, interroge Vincent Feltesse, prédécesseur d’Alain Juppé à la présidence de la métropole, alors que l’assemblée débat du compte administratif :
« Je pense que c’est de la folie d’avoir 50% de notre budget consacré aux déplacements car cela obère notre capacité à financer d’autres besoins – écoles, piscines, équipements de proximité. Les transports sont en train de bouger de manière radicale – à Copenhague et à Londres, il y a plus de cyclistes que d’automobilistes aux heures de pointe, et la révolution numérique est devant nous pour permettre le covoiturage de proximité. Doit on continuer à aller bille en tête sur un modèle de la fin des années 80, le retour du tramway ? Cela me paraît hasardeux alors que nos communes ont le sentiment d’être de plus en plus asphyxiées. »
Et ce n’est peut-être qu’un début, rebondit Alain Juppé. Evoquant la volonté du gouvernement de réduire les dépenses de fonctionnement des collectivités de 10 milliards d’euros, il lâche une petite bombe :
« La vague deviendra un tsunami. Si cela se confirme, mettons-nous en œuvre le SDODM ? On abandonne le tram, ou pas ? Voila le choix devant lequel on est, et on ne va pas le trancher aujourd’hui. Mais un moment viendra où il faudra se poser la question. Ce sera le choix de la prochaine mandature, ou avant ».
Les vice-présidents Jacques Mangon, maire de Saint-Médard et partisan de l’extension de la ligne D, et Michel Labardin, qui plaide pour un nouveau tram jusqu’à Gradignan, ne sont alors pas dans la salle. Ils auront l’opportunité de réagir dans les mois décisifs qui se profilent.
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