Extinction Rebellion empêche l’arrivée d’un paquebot de croisière à Bordeaux
Ecologie 

Extinction Rebellion empêche l’arrivée d’un paquebot de croisière à Bordeaux

Enchainés aux barrières et encordés aux traverses du pont Chaban-Delmas, les militants d’Extinction Rebellion ont empêché le paquebot de croisière Le Riviera de rejoindre le port de Bordeaux ce samedi. Une action de désobéissance civile « réussie » pour ce groupe d’activistes non violents qui souhaitait ainsi, en marge du G7, dénoncer les pollutions produites par le tourisme maritime.

« L’ouverture du pont est annulée et il a fait demi-tour ! »

Chapeau cloué sur la tête, téléphone vissé à l’oreille, Alexandre transmet les informations qui lui arrivent depuis l’autre rive de la Garonne à ses compagnons du jour, attentifs. « Une réussite… » glisse-t-il calmement.

Sur le parvis de Cap Sciences, pas d’exultation ni de cris de joie, mais les sourires reviennent sur les mines tendues des activistes d’Extinction Rebellion.

Les banderoles d’Extinction Rebellion accrochées à la balustrade du pont Chaban-Delmas à Bordeaux, le 24 aout 2019 (EB/Rue89 Bordeaux)

Il y a quelques minutes le groupe était en effet entouré de CRS et de policiers sur le pont Jacques Chaban-Delmas. Enchainés aux barrières, certains assis au sol ou d’autres encordés aux traverses du pont, ils sont parvenus à empêcher la levée du tablier, et donc le passage d’un navire de croisière.

Ces militants écologistes souhaitaient ainsi alerter sur la pollution engendrée par ce genre de vaisseaux. Deux d’entre eux, qui avaient pour la journée endossé le rôle de « contacts police », sont en garde à vue.

Organisation millimétrée

Soigneusement préparée, l’opération a commencé vers midi au pied du pont, où la quarantaine d’activistes s’était donné rendez-vous. Pour des raisons de sécurité, celui-ci ne peut en effet s’ouvrir que lorsqu’il est totalement vide.

Organisés en deux groupes ils se sont alors rapidement installés tout le long du tablier central afin de s’encorder et déployer les banderoles de revendications sur les barrières. Une dizaine de militants s’attachent les uns aux autres, les bras dans des tubes avant de s’enchainer aux barrières.

Six autres s’encordent, matériel d’escalade autour de la taille, sur les traverses du pont. Outre le matériel de varappe, les militants ont prévu le ravitaillement alimentaire, l’eau, la crème solaire et les chapeaux.

La main d’un des activistes enchainés au pont Chaban-Delmas ce jour ( EB/ Rue89 Bordeaux)

L’arrivée du Riviera, un paquebot de la compagnie Oceania Cruises était en effet prévue ce samedi, avec levée du tablier du pont entre 12h34 et 14h52. A midi et quinze minutes, tout le monde est en place. Le navire accueille plus de 1200 passagers, il est doté de 16 ponts, de 8 bars, d’un casino, d’un imposant escalier créé par la maison de verrerie de luxe Lalique et évidemment d’une piscine. Surpris et curieux, des passants s’arrêtent, interrogent.

« Le Riviera c’est l’illustration des dérives de notre société, version flottante », lance Florent, un des militant de la team « médics », à un de ses compagnon du jour, drapeau vert signé du sablier noué autour de la tête.

Ils arrivent des quatre coins de la France, certains faisant un stop avant de descendre à Biarritz.

Les militants sont enchainés au pont sous une température extérieure annoncée à 35° à l’ombre selon Météo France (EB/Rue89 Bordeaux)

Dénonciation des pollutions

Alexandre, un des porte-paroles pour cette action explique :

« Le blocage du pont était prévu depuis longtemps car ce genre de bateau c’est du luxe, du superflu. De plus, lorsqu’il est a quai ses moteurs continuent de tourner pour les frigos et tout ce qu’il y a à l’intérieur, produisant une quantité importante de particules fines qui est une des premières causes de mortalité en France. »

Même si à Bordeaux, les premières mesures de qualité de l’air semblent montrer un impact relativement faible des navires de croisière, moins imposants que ceux accostant à Marseille ou ailleurs, le sujet interpelle.

Christophe, technicien pour Eiffage, est descendu de la tour de commandement du pont. L’air amusé, il regarde les activistes non enchainés arroser les visages de leurs camarades aux mains captives.

« Si il y a des gens sur le pont, je ne peux rien faire. J’ai prévenu mon supérieur. »

Alors en attendant les prochaines consignes, il vient voir ce qui se passe.

L’équipage fluvial des pompiers était présent en complément du GRIMP (EB / Rue89 Bordeaux)

« Quand le bateau arrive à Bassens, le port autonome nous contacte pour la levée du pont. Le bateau sera donc surement mis en attente là bas », poursuit Christophe, sous le soleil de plomb.

Le Batcub, la navette fluviale de transport en commun, klaxonne en passant sous le pont (en signe de soutien ?). Les activistes applaudissent…

Pendant une demi-heure les chants alternent avec les sourires, même si la tension est palpable. Le technicien ne souhaite pas se prononcer sur les revendications du jour mais passe du temps à échanger avec le groupe et espère que cela va bien se passer. « Le reste c’est l’affaire des forces de l’ordre. »

Evacuation dans le calme

Elles arriveront en deux vagues. Vers 12h30 deux voitures de la police nationale débarquent. Les agents évaluent l’état de la mobilisation et parlementent avec les deux personnes désignées comme « contacts police ».

Au centre des échanges, restés cordiaux, il y a les revendications ainsi que le mode d’action non violent des militants d’Extinction Rebellion mais aussi la question des violences policières. Le débat se clôt au bout d’un quart d’heure avec l’arrivée d’une dizaine de fourgons de CRS.

Les « contacts-police » d’Extinction Rebellion échangent avec les forces de l’ordre (EB/Rue89 Bordeaux)

A 12h50, les deux « porte-paroles » du jour sont arrêtés. N’opposant aucune résistance, ils enjambent d’eux même les barrières du pont côté voie de circulation afin de rejoindre les véhicules de police. Puis les forces de l’ordre évacuent les militants par petits groupes. Ceux assis ensemble sont portés les uns après les autres dans le calme. Puis ceux enchainés aux barrières sont détachés à coup de pince monseigneur avant d’être soulevés et repoussés vers la sortie.

Le GRIMP (groupe de recherche et d’intervention en milieu périlleux des pompiers), arrivé sur place, parlemente avec les activistes grimpeurs pendant une demi-heure.

Vers 13h45, les 6 encordés informés du succès de l’opération acceptent finalement d’évacuer les traverses et de regagner la terre ferme. A 14h le pont Chaban est réouvert à la circulation automobile.

La police évacue des militants de XR du pont Chaban-Delmas (EB/Rue89 Bordeaux)

Une petite victoire

« Il n’y a pas eu de blessés, ni de recours aux gaz lacrymogènes », se satisfait Sarah entre deux gorgées d’eau.

Deux des militants sont toujours en garde à vue. Sur place les téléphones s’activent pour savoir ce qu’il en est du bateau que pour avoir de leurs nouvelles.

« Personne n’a opposé de résistance, ils devraient être libérés rapidement », espère Sarah.

Quant au bateau, les horaires de marées et l’annonce de l’annulation de la fermeture du pont à la circulation par Bordeaux Métropole semble sceller la victoire du blocage de XR, sans heurts ni gloriole.

L'AUTEUR
Eloïse Bajou
Journaliste fraichement issue de l'Ecole Publique de Journalisme de Tours (EPJT), photojournaliste au sein du collectif Macadam Press et ex-professionelle de santé dans le social.

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