TransCub veut faire barrage au tramway vers l’aéroport
Société 

TransCub veut faire barrage au tramway vers l’aéroport

Le tribunal administratif de Bordeaux examinera le 6 novembre prochain un recours en référé de TransCub contre l’extension de la ligne A. L’association espère l’arrêt des travaux qui ont démarré à Mérignac. Elle fustige un projet coûteux et une dégradation du service, les dessertes actuelles devant à terme disparaître au profit de liaisons indirectes entre la gare et l’aéroport. 

« Une fois les travaux arrêtés, ce sera un coup mortel pour ce projet », estime Denis Teisseire, un responsable de TransCub.

L’hostilité de l’association aux 5 nouveaux kilomètres de ligne de tram entre Mérignac et l’aéroport n’est pas nouvelle, et sa décision d’attaquer ce projet en justice, pas vraiment une surprise. Elle vient ainsi de saisir le tribunal administratif de Bordeaux en référé, espérant interrompre ainsi le chantier, engagé depuis cet été sur les réseaux d’assainissement, et prévu pour durer jusqu’en 2022.

TransCub défend pour desservir l’aéroport un projet alternatif de bus à haut niveau de service (BHNS), un « trambus » place des Quinconces – aéroport, finalement écarté quoique « 20 fois plus performant sur le plan socio-économique que le tramway Aéroport – Quatre chemins (140 millions d’euros contre 7 millions) ; et ceci pour le même coût d’investissement : 72 millions d’euros. »

« Cet énorme avantage du trambus a été caché aux élus lors de leurs votes, et au public lors de l’enquête publique », accuse l’association.

Jurisprudence Bordeaux à cœur ?

Cette « information tronquée et faussée » est l’un des arguments qui sera développé devant le tribunal pour faire annuler cette déclaration. TransCub invoque aussi une « incompatibilité avec le SCoT (schéma de cohérence territoriale, un document d’urbanisme prescripteur pour l’aire métropolitaine) qui exclut le tramway pour la desserte de l’aéroport ».

En pointillé, le tracé de l’extension (DR)

L’association mise aussi sur un autre angle d’attaque : la « non motivation de la suppression des services existants, et donc du projet retenu ». Cette « non motivation » a permis à une autre association, Bordeaux à cœur, hostile au BHNS Bordeaux – Saint-Aubin, de l’emporter quatre fois contre la métropole devant les tribunaux. 

Favorable au BHNS, TransCub compte elle démontrer que la double mise  en service de l’extension du tram et du nouveau bus Pessac Alouette – Le Haillan via l’aéroport, causera « un service dégradé pour tous les usagers ».

En effet, elle se traduira par la fin des dessertes actuelles, directes entre la gare Saint-Jean et l’aéroport – la ligne de bus Lianes 1+ , dont le trafic a été « multiplié par 2,4 » en 5 ans, et la navette 30’Direct (passée de16 à 22 aller-retours par jour). Elles seront remplacées par deux liaisons indirectes : changement de tram à la Porte de Bourgogne pour prendre le tram A, ou correspondance entre le TER et le « technobus » Pessac Bersol – Le Haillan à la gare de Pessac. Pas simple pour des passagers chargés de bagages.

1% du trafic auto

L’association souligne en outre que « les risques du tramway (ligne bloquée par un incident, retards liés à la voie unique) obligeront les usagers aériens à prévoir systématique jusqu’à une demi-heure de battement, rendant illusoires les gains de temps annoncés ».  Et elle estime, sur la foi des documents d’enquête publique, que le bus partant de Pessac Alouette « n’attirera que 3 nouveaux usagers par voyage en moyenne ». 

Enfin, TransCub considère que les 1700 voyages/jour escomptés dans le tramway ne représenteront qu’une baisse de 1% du trafic automobile actuel dans la zone aroportuaire (200000 véhicules / jour). Et ce alors que la congestion risque de s’aggraver avec la création de 12000 logements supplémentaire ou l’augmentation de 7 à 10 millions de passagers à l’aéroport.

Pour Denis Teisseire, le choix du tram vers l’aéroport, est un choix avant tout « politique », pris par la métropole « à l’encontre des conclusions des deux études réalisées en 2013 et 2016 », et à la demande de son premier vice-président, Alain Anziani, maire de Mérignac. Joint par Rue89 Bordeaux, ce dernier n’a pu répondre à nos questions ce mardi.

Derrière ce projet, Denis Teisseire pense que c’est toute la politique mobilité de la métropole qui est « un leurre » :

« Depuis 2006, avec la phase 3 du tramway, Bordeaux Métropole étend ses lignes tout en sachant qu’elle apporteront peu de nouveaux usagers, et fait croire aux gens qu’elle répond à leurs problèmes de déplacements. Le modèle du tramway est poussé au delà de sa pertinence, et risque de continuer ainsi avec les prolongations vers Gradignan, Thouars à Talence, Bègles ou Saint-Médard. »

TransCub n’est pas en campagne pour les municipales, mais compte bien peser sur les décisions liées aux transports.    

L'AUTEUR
Simon Barthélémy
Simon Barthélémy
Journaliste, rédacteur en chef de Rue89 Bordeaux

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