Affrontements violents entre police et étudiants, le blocage de la Victoire contesté
Société 

Affrontements violents entre police et étudiants, le blocage de la Victoire contesté

A l’issue de la manifestation organisée ce mercredi par les étudiants contre les violences policières, des heurts ont éclaté avec les forces de l’ordre. Un journaliste a été blessé. Par ailleurs, des voix s’élèvent parmi les étudiants et les enseignants pour exprimer leur « très vive préoccupation » du fait du blocage du Campus Victoire. Selon un sondage réalisé auprès des étudiants, une large majorité demande la réouverture des portes.

Après les événements du 6 mars à Bordeaux, et les incidents de Montpellier, un appel à manifester a été lancé pour dénoncer les violences policières. Plus de 200 lycéens et étudiants bordelais ont répondu à l’appel.

A 13h30, place de la Victoire à Bordeaux, le cortège a entamé sa marche au rythme des slogans : « Tout le monde déteste la police » ou « Flics, fachos, hors de nos facs ». Arrivés à l’angle de la rue du Mirail et du cours Victor-Hugo, les manifestants ont été accueillis par les forces de l’ordre qui ont bloqué la voie.

 

Visés par des projectiles (pétards, peinture, bouteilles de verre), les CRS ont chargé. Un journaliste travaillant pour Kedistan, un magazine d’informations en ligne, s’est vu confisquer son téléphone par la police alors qu’il filmait le face-à-face. Montrant sa carte de presse afin d’en demander la restitution, il a été frappé à la tête par un policier. Des étudiants ont également été blessés et se sont vu prendre leurs téléphones, qui n’ont pas été restitués.

Atteinte à la liberté d’informer, selon le SNJ-CGT

Dans un communiqué réagissant à l’agression de Sadik Celik, le journaliste turc couvrant les mouvements étudiants en France, le syndicat de journalistes SNJ-CGT « condamne fermement ces agissements et cette répression », et « alerte l’ensemble de la société civile de ce manque flagrant au libre exercice de la couverture de l’information ». Et de s’interroger :

« L’absence ou la carence de couverture médiatique du mouvement étudiant contre la sélection dans les facultés ces derniers mois, expliquerait-t-elle ces manquements graves à l’exercice de la profession, ou assiste-t-on, comme lors des dernières manifestations contre la loi travail à une volonté du gouvernement Macron de réprimer le mouvement étudiant, comme l’an dernier de décourager les manifestants ? »

Les étudiants se sont ensuite dispersés et ont regagné la campus Victoire où s’est tenue une assemblée générale. Les étudiants ont voté pour une nouvelle manifestation ce jeudi 29 mars à 13h12 au départ de la place de la Victoire.

Une matinée animée

Plus tôt dans la matinée, les étudiants avaient installé un blocus temporaire devant le lycée Brémontier à Bordeaux. L’idée était « d’informer les lycéens sur les réformes du bac et du lycée ». Une intervention policière musclée a eu lieu pour couper court à l’initiative.

A l’IUT Montaigne de Bordeaux, plusieurs étudiants mobilisés eux aussi contre la loi Vidal (ou loi Orientation et réussite des étudiants, ORE), ont organisé un moment de sensibilisation.

« Nous travaillons en lien avec les actions de la fac de la Victoire et du reste des mouvements nationaux. On a fermé une entrée de l’établissement, pour que tout le monde rentre par l’autre porte d’accès. Comme ça, nous pouvons interpeller les gens pour leur parler, les informer, les sensibiliser », déclare Ludivine.

Les élèves déplorent un manque de temps pour échanger sur la loi Vidal. Ils ont créé un Comité de mobilisation et réclament un dialogue sur les réformes. Selon eux, certains étudiants ne se mobilisent pas, par peur des conséquences en cas d’absence en cours.

Ils ont profité de la présentation du Festival du journalisme de Couthures par le groupe Le Monde à l’IJBA pour prendre la parole et s’adresser aux journalistes présents.

Statu quo au campus de la Victoire

Bloquée depuis le 15 mars, l’Université de Bordeaux à la Victoire connaît toujours une situation délicate, avec une exaspération croissante d’une partie du personnel et des étudiants.

« La fac déplore que les cours ou activités de recherches ne puissent pas se tenir, estime l’Université. En effet, les enseignements ne peuvent pas avoir lieu car les conditions de sécurité ne sont pas réunies. En cas d’évacuation d’urgence par exemple, il n’y a qu’une seule sortie. »

L’Université a délocalisé certains de ses cours dans d’autres établissements et a renforcé ses enseignements en ligne sur des plateformes numériques.

De son côté, le Collège des sciences de l’Homme s’est également ému de la situation dans un communiqué. Ce texte, signé de « la communauté enseignants-chercheurs et administrative du campus Victoire », rappelle en préambule que l’évacuation de l’amphithéâtre Gintrac par les forces de l’ordre « avait été unanimement condamnée par l’équipe de direction et les directeurs de facultés du collège des Sciences de l’Homme ».

74% des étudiants contre le blocus

Après avoir soutenu le dialogue avec les opposants à la loi ORE, le personnel du campus juge « extrêmement difficiles » les conditions dans lesquelles celui-ci se déroule.

« Nous constatons la dégradation nette et inquiétante de la situation de blocage. Elle clive les étudiants entre eux. Les personnels du site sont dans une situation d’usure très forte. La communauté enseignante et administrative du campus Victoire de l’université de Bordeaux condamne aujourd’hui la façon dont ce moyen d’expression s’abat sur une communauté d’usagers. Elle appelle à nouveau les bloqueurs à faire cesser cette situation. »

Le Collège des Sciences de l’Homme affirme relayer une opinion majoritaire : selon un sondage réalisé par ses soins auprès de 1587 étudiants du Collège des Sciences de l’Homme, représentant le tiers des inscrits, 74% se prononcent pour la reprise des activités et la réouverture des portes (15% sont contre, 11% ne se prononcent pas). Et 82 % souhaitent la mise en place d’espaces de dialogue sur la Loi ORE (7% contre et 11 % ne se prononce pas).

Certains étudiants se sont déjà élevés contre le blocus du campus. Pour Inter’Assos Bordeaux, ses étudiants s’opposent à toute forme de sélection à l’entrée de l’Université de Bordeaux, mais ne cautionnent pas les méthodes des opposants à la loi ORE :

« Le blocus dérange toujours bon nombre d’étudiants et c’est pourquoi nous sommes réticents quant à la pertinence de cette action. Nous espérons la levée de ce blocage dans les plus brefs délais pour mettre en place des espaces de dialogue. Nous continuons d’encourager les étudiants à se renseigner sur la loi Vidal pour se faire leur propre opinion. Cependant, tant que le dialogue entre l’Université et les bloqueurs ne sera pas correctement rétabli, rien n’aboutira selon nous. »

Inter’Assos laisse aussi le choix à ses membres et élus de participer ou non aux différentes marches. Certains ont ainsi pris part à la manifestation contre les violences policières ce mercredi.

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