Covid-19 : on ne rigole plus à Bordeaux et sa métropole
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Covid-19 : on ne rigole plus à Bordeaux et sa métropole

Sommée par le Premier ministre de renforcer les mesures pour lutter contre l’épidémie de coronavirus, la préfecture de la Gironde a annoncé ce lundi une batterie de mesures à effet immédiat visant principalement à limiter sa propagation parmi les jeunes. Elle promet des sanctions plus sévères.

Pour enrayer l’épidémie de Covid-19, la préfète Fabienne Buccio a dévoilé ce lundi un arsenal de mesures. Elle a notamment décidé d’annuler les journées du patrimoine dans la métropole bordelaise, et de ne pas autoriser tous les évènements de types fêtes foraines, brocantes et fêtes des voisins.

La jauge des évènements et réunions est abaissée de 5000 à 1000 personnes, avec pour conséquence immédiate une quart de finale de coupe d’Europe de l’UBB qui se jouera quasiment à huis clos ce samedi. Du côté des petits clubs, les vestiaires seront désormais fermés.

5000 spectateurs pour le premier match de l’UBB de la saison 2020-2021. Ce chiffre ne devra pas dépasser les 1000 spectateurs jusqu’à nouvel ordre (WS/Rue89 Bordeaux)

Par ailleurs, « les « manifestations revendicatives seront interdites si elles ne respectent pas un protocole sanitaire strict », précise également la préfète.

Mais ce sont la vie sociale et la sphère privée qui sont particulièrement visées, avec l’interdiction des rassemblements de plus de 10 personnes dans les parcs, plages et quais de Bordeaux, et la demande faite à chaque habitants de « limiter le nombre de rassemblements familiaux et amicaux à 10 personnes maximum », quitte à reporter les évènements comme les mariages.

Casser la circulation du virus

A partir de ce lundi, la consommation d’alcool sur la voie publique à Bordeaux ou les soirées dansantes dans les établissements recevant du public sont également interdits. A la demande de la préfecture, les fêtes étudiantes seront annulées ou empêchées par les CROUS, présidents d’université ou responsables d’associations.

En ciblant ainsi le public jeune, un des objectifs de ce plan d’action est de « casser la circulation du virus dans la métropole bordelaise », où la Covid-19 se développe particulièrement chez les 15-44 ans, et menace de se diffuser aux autres catégories de population, insiste Hélène Junqua, directrice général par intérim de l’ARS :

« Le taux d’incidence à Bordeaux est de 298 pour 100 0000 habitants sur cette tranche d’âge, contre 158,8 en Gironde. Et l’augmentation du nombre de cas n’est pas seulement due aux opérations de dépistages plus nombreuses, puisque le taux de positivité est de 8,2% (plus de 8 cas positifs pour 100 testés, NDLR) contre 5% dans la région. »

Directeur du CHU de Bordeaux, Yann Bubien a répété que « tous les signaux sont au rouge » – appels au CMU ou passage aux urgences de personnes suspectées d’avoir la Covid-19, nombre de personnes hospitalisées (77) et en réanimation (24, contre 21 mercredi dernier).

Sur les quais, des groupes portent le masque, d’autres non (WS/Rue89 Bordeaux)

Fermeté

« Il nous faut donc être très fermes à l’encontre des comportements à risque », affirme Fabienne Buccio, préfète de la Gironde. Elle indique que des moyens supplémentaires – des gendarmes mobiles puis une compagnie républicaine de sécurité –, seraient déployés pour « contrôler l’effectivité des mesures de protection insistante », dont l’obligation du port du masque dans le centre de Bordeaux et dans un périmètre de 50 m autour des établissements scolaires – désormais étendue aux abords des salles de sport et de spectacle, ainsi que les conservatoires.

Les verbalisations devraient se multiplier – 26 amendes ont été dressées samedi dernier sur les quais de Bordeaux –, tout comme les fermetures administratives de bars et restaurants contrevenant aux règles sanitaires (8 à ce jour). Ces établissements n’auront plus que six heures, contre un jour actuellement, pour apporter le contradictoire. Conséquence : « Un bar contrôlé en infraction le soir pourra être fermé le lendemain. »

Et ces établissements devront faire face à un durcissement des règles : les bars et restaurants de la métropole n’auront plus le droit de diffuser de la musique sur la voie publique, ni d’accueillir du public debout.

« Cela génère une proximité plus grande, justifie la préfète, c’est donc un moyen d’éviter des attroupements, de même que l’interdiction de l’alcool à l’extérieur. »

Plus de musique, ni de public debout, ni de consommation d’alcool à l’extérieur des bars (WS/Rue89 Bordeaux)

Plus de bus contre le virus

Cette même logique a présidé à la décision prise avec Bordeaux Métropole de renforcer le cadençage des transports en commune aux heures de pointe, en envisageant par exemple de doubler la ligne A du tram par des bus supplémentaires.

« L’obligation du port du masque est plutôt globalement respectée dans les transports, il n’y a pas de cluster qui soit parti de là. Cela n’empêche pas le risque quand il y a un attroupement à l’extérieur. Un regroupement pour attendre le bus ou le tram, c’est un cluster potentiel. »

Soulignant son adhésion à ce plan d’actions, Alain Anziani président de Bordeaux Métropole, ajoute que le nettoyage des rames et des bus allait être augmenté, et du gel hydroalcoolique mis à disposition à l’extérieur.

« Nous ferons davantage de pédagogie pour expliquer qu’il vaut mieux faire du vélo ou marcher, d’autant que ces alternatives aux transports en commun sont très bonnes pour la santé. Par ailleurs, nos polices municipales surveilleront davantage le respect des règles sanitaires et n’hésiteront pas à verbaliser. »

Hélène Junqua, Yann Bubien et Fabienne Buccio (SB/Rue89 Bordeaux)

Du côté des Ehpad (15 clusters en Gironde, dont 2 « préoccupent fortement les autorités » dans la métropole), les visites seront désormais limitées à deux personnes par semaine et par résident.

La préfète s’est engagée à mesurer l’impact de ce dispositif à effet immédiat « sous 15 jours à 3 semaines » et, en fonction de l’évolution de l’épidémie, à lever ou renforcer certaines mesures. Elle entend « provoquer une prise de conscience dans toute la population », dont elle attend une « mobilisation générale ».

« Au nom de tous les soignants, nous vous disons merci, intervient Denis Malvy, directeur de l’unité des maladies infectieuses au CHU, apportant ainsi la caution scientifique à ces mesures. Il n’est plus l’heure des applaudissements, respectez cette clause : conservez la distance avec ceux que vous aimez. »

Parallèlement, et afin d’éviter la thrombose des laboratoires d’analyse, l’ARS annonce une nouvelle stratégie de dépistage ciblé sur les publics prioritaires – personnes présentant les symptômes, soignants, cas contacts potentiellement fragile… Un nouveau centre de test devrait prochainement être ouvert à Bordeaux.

L'AUTEUR
Simon Barthélémy
Simon Barthélémy
Journaliste, rédacteur en chef de Rue89 Bordeaux

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