En Marche mollement disruptif sur les transports de Bordeaux Métropole
Politique 

En Marche mollement disruptif sur les transports de Bordeaux Métropole

Sous l’étiquette Renouveau métropolitain, les 11 candidats aux élections municipales investis par La République en marche dans la métropole bordelaise, ont présenté ce lundi des propositions sur la mobilité fidèles au « en même temps » : hostiles à de nouveaux trams, les marcheurs refusent d’arrêter les projets de ligne votés ;  favorables au vélo et au RER Girondin, ils veulent « faire sauter les bouchons » sans contraindre l’usage de la voiture.

Les marcheurs font le constat qu’avec 1,2 passager par véhicule en moyenne et des déplacements en voiture qui, pour 56% d’entre eux, font moins de 4 kilomètres, il y a de sacré marges à trouver. Mais si Renouveau Métropolitain compte bien mettre en place la zone à faible émission (ZFE) dans les cartons de la collectivité depuis des années, c’est pour restreindre d’ici 2026 l’accès en ville des camionnettes de livraison polluantes, pas celui des SUV (4X4) ou autres voitures de particuliers polluants.  

Cette ébauche de programme sur la mobilité, présenté pour la première fois dans cette campagne par l’ensemble des candidats métropolitains d’un même parti, n’aborde pas non plus la question du stationnement, pourtant levier d’action majeur. Car les marcheurs font le pari de ne pas brutaliser les automobilistes, en les incitant plutôt à changer de mode.

Un des points phares de leurs propositions est ainsi la volonté de faire passer la part modale du vélo de 8 à 25% dans la métropole. 

« Beaucoup de gens voudraient utiliser le vélo mais ne le font pas pour des raisons de sécurité », diagnostique Thomas Cazenave.

Pour les encourager, le leader de Renouveau Bordeaux propose de construire 200 kilomètres d’autoroutes à vélo complètement sécurisées, et équipées de parkings, de box fermés, de lieux de gonflage et de réparation.

Réchauffé

Exceptée la « boucle verte des quartiers » voulue par le candidat sur les cours de Bordeaux, l’ampleur et la carte de ce projet ressemblent furieusement aux 180 km d’autoroutes à vélo présentés en juillet dernier en conseil de métropole, et qui doivent faire partie d’un « grand plan des modes actifs » de la collectivité pour 2020…

Ex délégué interministériel à la transformation publique (il a démissionné récemment), Thomas Cazenave précise le budget : « 200 millions d’euros en 10 ans, soit l’équivalent de 10 kilomètres de tramway ».

Car Renouveau Métropolitain affirme vouloir mettre fin aux projets de tramway…. sauf ceux « déjà programmés et qui ont fait l’objet de délibérations ». L’expression est assez floue : elle peut aussi bien englober l’extension de la ligne A vers l’aéroport, dont les travaux de réseaux ont débuté mais qui est contestée devant le tribunal administratif, que celle de la ligne D vers Saint-Médard, certes approuvée par le conseil de métropole, mais pas encore au stade de l’enquête publique. Cela peut encore concerner des projets tout juste soumis à la concertation préalable (via le vote d’une délibération…), comme la branche de la ligne B vers Gradignan...

Éléphants blancs

Interrogés sur ce point en conférence de presse, les représentants de Renouveau Métropolitain sont restés évasifs. Ce qui peut se comprendre : à Saint-Médard, LaREM devrait se ranger derrière le maire sortant Jacques Mangon, promoteur du tram ; et à Gradignan, le mouvement macroniste n’a pas investi de candidat, simplement un chef de file chargé de négocier avec la majorité municipale sortante de Michel Labardin.

Reste que si tous les projets de tramway dans les cartons sont lancés, cela représentera quelques centaines de millions d’euros qui pèseront sur la capacité à mettre en œuvre d’autres promesses des marcheurs, non chiffrées pour l’heure : deux lignes circulaires de BHNS (bus à haut niveau de services), des barges pour franchir la Garonne, le développement du RER Girondin… Sans parler d’une idée défendue par le seul maire métropolitain En marche, Alain Turby, de Carbon-Blanc : un tunnel de 22 kilomètres sous le fleuve, à 3,5 milliards d’euros. 

C’est cependant le seul éléphant blanc potentiel du programme des marcheurs, pas tellement chauds notamment pour relancer un grand contournement autoroutier de Bordeaux. Afin de décongestionner la rocade, ils plaident notamment pour interdire le trafic des poids-lourds aux heures de pointe, et créer une quatrième voie (sans élargissement, en réduisant les largeurs de voies et en baissant la vitesse autorisée) réservée au covoiturage.

Abonnés à la rocade

Ce sont là aussi deux idées que portent (ou plutôt portait, pour le covoiturage) la métropole sous les présidences successives de Vincent Feltesse, Alain Juppé puis Patrick Bobet. Mais elle s’est retrouvée limitée par la compétence de l’État sur la rocade. Renouveau Métropolitain propose à son tour que l’intercommunalité en prenne le contrôle, et compte peut-être sur la proximité de Thomas Cazenave avec le chef de l’Etat – il était au cabinet d’Emmanuel Macron à Bercy- pour l’obtenir.

Enfin, Thomas Cazenave ne veut pas entendre parler de gratuité des transports en commun, mais souhaite faire baisser les tarifs des abonnements pour les jeunes et les familles. Leur hausse récente avait provoqué la colère de la Fnaut (fédération des usagers des transports), qui souligne comme les marcheurs qu’ils sont déjà beaucoup plus élevés à Bordeaux qu’à Toulouse.

L'AUTEUR
Simon Barthélémy
Simon Barthélémy
Journaliste, rédacteur en chef de Rue89 Bordeaux

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