Le visage de la liste Bordeaux Respire ! se précise autour de Pierre Hurmic
Politique 

Le visage de la liste Bordeaux Respire ! se précise autour de Pierre Hurmic

A défaut de parvenir à un accord avec les autres forces de gauche, le candidat à la mairie de Bordeaux a voulu démontré qu’il était actif tant sur la constitution de sa liste, réservée pour moitié à des néophytes en politique, que sur le programme. Plusieurs figures bordelaise, dont l’écologirl Camille Choplin, ont révélé ce mardi leur engagement derrière Pierre Hurmic, qui promet de multiplier les « quartiers apaisés ».

Pierre Hurmic a levé un coin du voile sur les soutiens et le programme qui, espère-t-il, mèneront les écologistes à la mairie de Bordeaux. Ce mardi au Club de la presse, 10 personnalités de la « société civile » ont fait part de leur engagement aux côtés du candidat EELV, selon lui « deuxième étage de la fusée » vers le Palais Rohan.

Après avoir rassemblé autour de lui « les différentes sensibilités » de l’écologie politique, et avant de (peut-être) conclure « dans les prochains jours » un accord avec d’autres forces politiques de gauche (PS, Bordeaux Maintenant !, PC, Génération.s, Place Publique, Nouvelle Donne…), l’avocat a convaincu quelques figures locales de participer à sa campagne, avec la moitié des places sur la liste réservées à des « primo-arrivants ».

Certaines sont bien connues dans les cercles bordelais associatifs et militants. C’est le cas de Joël Hillaireau, co-fondateur de l’association « Oui au Tram D » et du collectif « Vive nos Boulevards ! », également impliqué dans « Dansons sur les Quais ».

Pivot de campagne

Et c’est particulièrement vrai pour Camille Choplin, alias Ecologirl. Ex chargée de com de la Maison écocitoyenne, cette auteure (le roman « Tout le monde ne raffole pas des brocolis »), entrepreneure et blogueuse influente anime un réseau fort de plusieurs milliers d’adhérents sur Facebook. Pierre Hurmic l’a présentée comme « un pivot central de [sa] campagne de la gouvernance future ».

« Je n’ai jamais voulu faire de politique mais agir dans son quotidien a des limites, explique la jeune femme. Nous devons prendre des mesures pour répondre à l’urgence écologique et à l’éco-anxiété. J’aimerais amener des personnes qui ne votent pas ou sont désabusées de la politique, leur faire comprendre qu’elles ont un vrai rôle à jouer dans les décisions, et qu’on propose des choses qui vont changer le quotidien. »

Pierre Hurmic et ses renforts de la société civile (SB/Rue89 Bordeaux)

Même sentiment d’urgence pour Jean-Baptiste Thony, ingénieur Centralien et militant d’ANV-Cop21 :

« J’ai rencontré Pierre Hurmic lors du combat à la Jallère (quartier en zone naturelle où devait être conduite une opération immobilière, annulée sous la pression des écologistes, NDLR). Il y a un grand débat dans les milieux écolos sur les meilleurs méthodes d’action. Doit-on changer personnellement ?  renverser le système ? s’engager en politique ? La situation est pour moi telle qu’il faut agir sur ces trois volets, complémentaires. »

« Changer de route »

Investi dans les mouvements de désobéissance civile comme dans une association de promotion d’ingénierie low tech, cet ancien salarié de Mercedes-Benz entend « porter le message des jeunes écolos » :

« Rouler à vélo, manger bio et utiliser des énergies renouvelables, pour eux ce n’est pas un programme, c’est la base ! Ils parlent désormais d’effondrement, de disparition des espèces, d’approvisionnement en eau potable… L’enjeu, c’est de répondre à leurs angoisses et d’être cohérent. »

« Il ne s’agit pas d’aller moins vite sur la mauvaise route, mais de changer de route », promet ainsi Pierre Hurmic. Le conseiller municipal EELV tient à démarquer son écologie « canal historique » de la « politique des petits pots » du maire de Bordeaux, « pas à la hauteur du défi climatique », comme de celle du marcheur Thomas Cazenave, qui mènent campagne avec un discours très vert.

Work in progress

Mais quel est donc le programme des écologistes ? Celui-ci est encore en construction, avec les soutiens de Pierre Hurmic et ses alliés potentiels à la manoeuvre.

« Nous sommes proches d’arriver à un accord mais ce qui explique ce retard c’est que nous avons souhaité intégrer des personnalités à l’élaboration du programme lors d’ateliers ouverts. Nous sommes convaincus que nous pouvons gagner, il faut donc un accord total, pas seulement sur les places dans la liste, mais sur la politique que nous allons mener pendant 6 ans. »

Le candidat écolo a toutefois révélé le nom de la future liste, « Bordeaux respire ! », référence à « l’urgence climatique et sanitaire de la lutte contre la pollution atmosphérique » ; et un angle d’attaque transversal, celui d’une « ville apaisée », « plus sobre, plus conviviale et accessible à tous ».

Magnetic Hurmic ?

Condamnant « le mythe de l’attractivité et de la compétition des métropoles dites “magnétiques” (…) qui ne correspond plus aux enjeux d’aujourd’hui », il veut « un autre modèle de ville ». L’élu municipal d’opposition entend « multiplier les “quartiers apaisés” où la circulation automobile est réduite 20 km/h, créer des ilots de fraîcheur pour le piéton et aménager des promenades vertes reliant des “îlots de respiration” où les piétons sont prioritaires ». 

« Le but est de réduire les nuisances liées au trafic motorisé, explique Pierre Hurmic, qui affirme s’inspirer de l’urbanisme expérimenté à Barcelone. C’est un enjeu majeur de santé publique et d’urbanité, de donner envie aux gens de se retrouver dans la rue et aux enfants d’y jouer. La voiture est devenue incontournable en ville, et pourtant 30% des déplacements en voiture font moins de 2 km à Bordeaux ! Elle n’est pas incontournable, à condition de donner l’envie et les moyens de se déplacer autrement. Nous aurons pour cela un plan “marchable”. »

Fier d’avoir poussé Alain Juppé à lancer le budget participatif, l’écologiste promet que la « démocratie permanente » sera privilégiée.

« On ne fait pas un quartier contre la vie des habitants, ils seront associés en amont. Il y aura moins de place pour les voitures mais on fera en sorte de mobiliser pour les résidents les parcs relais qui ne sont pas utilisés la nuit, au même prix que le stationnement dans la rue. Une voiture occupe 10 à 12 m2, rendez-vous compte du nombre d’arbres qu’on pourrait planter à la place ! Qu’est ce qui est le plus intéressant ? Se garer devant chez soit ou avoir des arbres qui permettent de se protéger des chaleurs caniculaires ? »

Atmosphère

Pierre Hurmic propose d’expérimenter un « quartier apaisé » dès 2021. Quid des questions sociales ? Il indique que ce volet du programme, et notamment le logement, sera présenté ultérieurement, et notamment le contrôle des prix du foncier.

« Il est impératif que les gens puissent se loger à Bordeaux. Mais parler d’écologie c’est aussi parler de social. Les premières victimes du dérèglement climatique et les plus touchés par la pollution, ce sont toujours les plus pauvres. L’école de Bordeaux la plus pénalisée par la pollution atmosphérique, c’est l’école Anne-Sylvestre à Bacalan, comme par hasard dans une ZEP. »

Avant de dérouler son programme, le candidat écolo devra toutefois détendre l’atmosphère dans son camp, notamment avec les socialistes Emmanuelle Ajon, Matthieu Rouveyre et leurs proches.

« On est conscient qu’on ne gagnera pas avec les seuls écologistes, et on veut rassembler le plus largement possible, indique l’avocat vert. Pourquoi pas avec Vincent Feltesse. Il est dans son couloir, mais on peut avoir des portes dans un couloir. »

Les écologistes sont donné à 31% au premier tour par le premier sondage réalisé, en cas d’alliance avec les socialistes. A 25% sans.

L'AUTEUR
Simon Barthélémy
Simon Barthélémy
Journaliste, rédacteur en chef de Rue89 Bordeaux

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